Chaque année, en cette première quinzaine de février, la population de Puno au Pérou vibre au rythme des festivités dédiées à la Vierge la Chandeleur. La ville de Puno, située à 3870 m d’altitude sur les rives du lac Titicaca, mérite plus que jamais son titre de capitale folklorique du pays sud-américain et de l’Amérique.

En cette période de l’année, en plein été austral, le carnaval rythme les journées de ce lieu des Andes, berceau de la civilisation inca; les rues sont envahies de fidèles, de musiciens, de danseurs parés de vêtements colorés qui rendent hommage à la Sainte patronne de la ville, la Vierge de la Chandeleur aussi connue sous le nom de « Mamacha Candelaria ». Une croyance ancestrale qui trouve ses racines dans les traditions préhispaniques, et qui aujourd’hui témoigne du syncrétisme d’une population qui a fait face à la colonisation et à l’évangélisation espagnole en conservant son patrimoine d’exception. Il s’agit de l’une des plus grandes manifestations religieuses d’Amérique du Sud, les croyants en liesse prient, honorent et sollicitent la Vierge pour qu’elle leur accorde ses bonnes grâces.

perou07021014-3Les célébrations s’étendent sur deux semaines au moyen de manifestations artistiques comme la danse et la musique, les habitants dévoilent avec joie, ferveur, et énergie leur attachement et leur respect envers la Terre nourricière, la « Pachamama » dont l’image se confond avec celle de la Vierge. Les costumes des groupes folkloriques préparés pour les jours de fête par chaque communauté peuvent être observés par les milliers de visiteurs dans l’enceinte du « Colosse de pierre » du stade Torres Belón. Les mélodies entêtantes des sikuris, le son des tokoros et des flautas reçoivent pour écho les applaudissements de l’assistance où se mêlent touristes nationaux et internationaux ainsi que locaux. Ce sont près de 50 000 danseurs et musiciens vêtus de leurs habits de lumière qui sont attendus cette année pour les célébrations.

Dimanche 9 février, le concours régional de danses aura lieu au stade, 83 groupes et artistes sont attendus en cette veille de la grande parade organisée en l’honneur de la Vierge sur l’avenue Simon Bolivar. Mercredi 12 février, ce sera au tour de la parade très attendue des Sikuris (groupes musicaux traditionnels des Andes témoignant de la culture aymara), un moyen de conclure en beauté un carnaval unique au monde !

Ce ne sont pas moins de 30 000 touristes qui sont attendus, en ce début de mois dans la ville qui s’est mise sur son 31, pour assister à ce défilé de couleurs, de sonorités, de foi et traditions !

L’UNESCO prête à inscrire cette manifestation sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité

C’est ce patrimoine culturel singulier et fascinant qui pourrait être prochainement reconnu par l’UNESCO, en effet les autorités péruviennes, par la voix de son ministère de la Culture, ont annoncé que cette manifestation pourrait être inscrite au sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité dès le mois de novembre. Cette inscription récompenserait trois ans d’efforts menés conjointement par le ministère de la Culture et les institutions publiques et privées de la région de Puno. La ministre de la Culture, Diana Álvarez-Calderón Gallo, devrait prononcer un discours officiel dans ce sens, dimanche 9 février, à l’occasion du concours de danses.

Groupe de danseurs
Groupe de danseurs

Soledad Mujica Bayly, directrice du Patrimoine immatériel du ministère de la Culture a précisé que cette demande auprès de l’UNESCO a été réalisée avec le soutien de la population de Puno, toute la région à travers ses institutions s’est mobilisée pour obtenir cette reconnaissance mondiale. La mention des festivités de la Chandeleur (Candaleria) sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO constituerait un point transcendantal dans la reconnaissance des 200 groupes de danses, qui, chaque année, se présente devant le public pour témoigner de leur ferveur et de la survivance des croyances andines.

Les festivités de la Vierge de la Chandeleur puisent leurs racines dans les invocations ancestrales faites par les populations andines envers leur Terre mère, mais aussi le tio supay (le diable des mines), cette célébration a été déclarée patrimoine culturelle de la Nation par l’Institut national de culture, le 2 septembre 2003. Il s’agit bien sûr également d’un événement important pour le tourisme national et international.

"Pago" à la Pachamama
« Pago » à la Pachamama

Les festivités de la Vierge de la Chandeleur sont le symbole du métissage culturel qui constitue aujourd’hui l’identité andine, un syncrétisme qui mêle croyances ancestrales et culte catholique. Une vision andino-religieuse où le sacré, la Nature, les éléments s’entremêlent pour donner vie à une autre forme de spiritualité, celle des natifs de l’Altiplano qui honorent la terre, l’eau, le feu, les montagnes.

Des communautés quechuas et aymaras qui n’ont jamais oublié le culte de leurs ancêtres, la Pachamama, la déesse Terre, source de vie et de fertilité pour les habitants de ces hauts plateaux confrontés à un environnement rude.

(Aline Timbert)