Trois pays d’Amérique du Sud, qui ont pour point commun d’être situés dans le bassin amazonien, ont pris la décision de préserver ensemble le précieux réseau hydraulique de cette région abritant la plus grande réserve d’eau douce de la planète. L’Équateur, la Colombie et le Pérou ont décidé d’agir conjointement pour prendre les mesures nécessaires permettant de protéger les cours d’eau de la forêt amazonienne. Ils témoignent ainsi de l’intérêt qu’ils portent à l’écosystème de cette région privilégiée où la diversité de la faune et de la flore et la richesse de ses sous-sols représentent à la fois son plus grand atout, mais aussi sa plus grande menace.

Colombie, Mocoa, Putumayo
Colombie, Mocoa, Putumayo

Ce joyau naturel attise en effet toutes les convoitises, la déforestation est de plus en plus importante, la pollution n’épargne plus, depuis longtemps déjà, les cours d’eau souillés par les différentes manipulations humaines.

Ces trois pays ont donc pour objectif de mettre en place des actions concrètes pour « garantir la qualité et la quantité d’eau nécessaire à la vie des communautés humaines, animales et végétales de la région », les bassins hydriques de la région vont faire l’objet de toutes les attentions. Le Pérou a ainsi pris la décision d’impliquer la Marine de guerre en Amazonie tandis que l’Équateur souhaite s’investir dans le bassin de Napo, une zone frontière partagée entre les deux pays. L’action conjointe aux frontières doit être primordiale, l’Équateur et la Colombie comptent bien agir dans le cadre de la Commission mixte de coopération amazonienne colombiano- équatorienne dont l’un des plans d’action et la création d’un ordre de Planification et gestion des bassins fluviaux San Miguel et Putumayo. La Colombie, le Pérou et l’Équateur sont décidés à unir leurs forces pour éviter d’endommager l’écosystème qu’ils partagent alors que l’eau est aussi une denrée précieuse dans une région qui n’échappe pas à la sécheresse, l’année 2010 en est d’ailleurs un parfait exemple.

Les actions de préservation sont souvent mises à mal par le conflit armé qui ravage la zone colombienne, et qui empêche l’instauration d’infrastructures dans la région. À titre d’exemple, l’oléoduc Trasandino situé à la frontière entre la Colombie et l’Équateur a fait l’objet, à plusieurs reprises, d’attaques. De récents attentats menés par les Farc ont endommagé un pipeline de pétrole à Putumayo occasionnant une véritable urgence écologique, le déversement d’hydrocarbures affectant deux affluents. Ce sont près 3500 barils de pétrole qui auraient été déversés au mois de novembre 2013 ans par les guérilleros dans le sud-ouest du pays.

Equateur : désastre écologique imputé à Chevron
Equateur : désastre écologique imputé à Chevron

L’Amazonie a également été le théâtre du terrible conflit qui a opposé l’Équateur et la multinationale pétrolière Chevron, qui sous le nom de compagnie Texaco, a opéré sur le territoire entre 1964 et 1992 déversant des produits toxiques qui ont contaminé les sols et les cours d’eau d’Amazonie, une pollution considérée par les organisations écologiques comme l’un des « pires désastres pétroliers dans le monde ».

La gestion de l’eau a également pour but de favoriser le développement des communautés amazoniennes, ainsi le président équatorien Rafael Correa a inauguré le 12 février (journée de l’Amazonie instaurée en 1979 par le président Jaime Roldós faisant référence à la découverte du fleuve  le 12 février 1542 par Francisco de Orellana) le viaduc qui relie désormais les provinces d’Orellana et de Napo à la ville de Lago Agrio. Jusqu’alors les populations étaient contraintes de communiquer entre elles sur des barges. Une construction qui devrait permettre une plus grande fluidité commerciale et, par conséquent, qui devrait permettre le développement local et communautaire.

Le viaduc s’étend sur 475 m de long et sur 11,40 m de large, il a coûté 28,5 millions, ce sont 300 000 habitants des provinces de Sucumbíos, Napo et Orellana qui pourront échanger directement , en évitant la traversée en barge du fleuve Aguarico qui nécessite environ 40 minutes.

Pérou : Les bassins des rios Pastaza et Corrientes, urgence environnementale (octobre 2013)

Une volonté politique manifeste qui devra se concrétiser dans les faits, l’Amazonie n’est pas un sanctuaire préservé,  les contaminations, la déforestation illégale, les contrats passés avec de puissantes compagnies pétrolières, atteignent chaque jour le « poumon vert ». Les objectifs économiques nécessaires au développement étant souvent en parfaite contradiction avec les enjeux écologiques, les États sont contraints de ménager la plupart du temps des intérêts contradictoires qui laissent perplexes…