La célébration du Pawkar Raymi a été ressuscitée il y a environ une quinzaine d’années par des villageois de la communauté indigène de Peguche, située dans les Andes équatoriennes, une tradition qui avait été oubliée sous l’influence espagnole. Depuis 1995, José Manuel Quimbo a redonné vie à cette fête du Pawkar Raymi qui marque l’époque de la floraison (Sisay Pacha) dans cette région du monde, l’occasion pour les « campesinos » de rendre hommage à la Terre nourricière, la Pachamama et de revendiquer avec fierté leur identité indigène et leurs racines culturelles.

Cette période très attendue de l’année marque le début de la récolte, par exemple à Saraguro, l’une des 16 municipalités qui forment la province de Loja (sud des Andes), les quelques 10 000 natifs se préparent dès le mois de février à célébrer Pawkar Raymi comme d’autres provinces d’altitude habitées majoritairement par les communautés indigènes quechuas.

equateur27022014-1
Offrande à la Pachamama

Le mois de mars est associé à la floraison, aux récoltes, à l’abondance, il s’agit donc pour les habitants de remercier la Terre-Mère, la Pachamama ou encore la Allpamama qui préside à la fertilité du sol et à la fécondité du bétail, qui nourrit les humains de ses bienfaits. En raison de ses origines andines, la célébration se pratique également en Bolivie ou encore au Pérou.
La fête commence le 1er mars avec le bain purificateur, le Capac (organisateur) se débarrasse alors des énergies négatives pour se concentrer sur la floraison, le 21 mars (jour de l’équinoxe d’automne) il remettra alors le bâton de commandement à un autre Capac qui organisera la cérémonie pour l’année à venir.

Les habitants élaborent également la Chacana (figure en forme de croix) sur laquelle il dépose des fruits, des graines de céréales et des fleurs, à la fin de la cérémonie ils partagent le « pinzhi » ou encore le repas communautaire composé de pommes de terre, de maïs, de cuy (viande de cochon d’Inde), de fromage, de pain et de bière locale à base de maïs fermenté (la chicha). Les 120 habitants de la localité de Gunudel  accueilleront près de 400 invités et touristes étrangers qui assisteront à cette fête, ils parcourront à cette occasion 5 km en empruntant des sentiers étroits où surgissent des maisons en adobe et où l’on peut voir de vastes champs de pommes de terre, de quinoa (céréale déjà cultivée sous l’ère inca), de maïs et autres cultures à cycle court.

equateur27022014-3
Pawkar Raymi, Peguche Tiyu 2014

Autre lieu d’Équateur où le Pawkar Raymi est plus que jamais d’actualité, Peguche, d’ailleurs le 14 janvier 2014, l’affiche du « Pawkar Raymi, Peguche Tiyu 2014 » a été dévoilée, il s’agit de l’une des célébrations les plus importantes réalisées au sein de cette communauté indigène située à Otavalo (nord du pays), à 2 530 mètres d’altitude dans le nord de l’équateur. Les festivités se déroulent cette année entre le 15 février et le 2 mars. 

La gastronomie andine constituera l’un des plus grands pôles attractifs de ce rassemblement, mais les traditions indigènes seront également mises à l’honneur à travers la musique, par ailleurs le sport  joue également un rôle majeur, ainsi à un tournoi de football indigène aura lieu. Au sein de cette communauté située au coeur de la Sierra, les visiteurs peuvent découvrir la célèbre cascade de Peguche, son eau est d’ailleurs utilisée pour l’acte purificateur appelé « Tumarina ».

La Tumarina et le rituel de l’eau (Ritual del agua), le Aya qui représente les forces de la Nature, se dirige vers le secteur de Chimbaloma pour lancer l’appel ‘Hayllaryakuy wamprakuna, rickcharichi’ (« jeunes gens levez-vous avec enthousiasme ! »). Il s’agit d’une activité millénaire ayant trait à la cosmovison indigène : l’eau et les fleurs sont au centre de ce rituel qui invoque l’être humain pour qu’il soit en parfaite harmonie avec la Nature. Les principaux protagonistes de cette célébration sont les femmes, les anciens et les enfants de la communauté.

Rituel de Tumarina
Rituel de Tumarina

Le rituel s’assimile à une messe, à à une bénédiction faite aux fruits, à la terre, et aux fleurs, durant la cérémonie les femmes récoltent des fleurs et de l’eau sur les versants sacrés de la Magdalena afin de procéder au rituel. En partageant cette tradition avec les plus jeunes, les membres de la communauté espèrent pérenniser ce rituel qui se fonde sur la symbiose qui unit l’homme à son environnement naturel, une relation basée sur le respect et l’échange. Le rituel consiste à déposer un petit peu d’eau et des fleurs (fleurs de lupin, de maïs ou de ñachac essentiellement) sur la tête d’une autre personne, ainsi les enfants agissent de la sorte avec leurs aînés que ce soit leurs parents ou leurs grands-parents. Il s’agit d’un acte cérémoniel de purification qui permet une renaissance et qui marque un nouveau cycle.

(Aline Timbert)