Au Venezuela, le leader de l’opposition Henrique Capriles, qui a affronté lors des dernières élections présidentielles l’actuel chef de l’État Nicolás Maduro, a appelé la population à poursuivre sa mobilisation contre le gouvernement en place.

Le politicien, gouverneur de l’État de Miranda, a convoqué une nouvelle marche, samedi prochain, pour protester contre les problèmes d’approvisionnement que rencontre le pays. En effet, le Venezuela est confronté depuis plusieurs mois à de sérieux problèmes de pénurie dans les magasins, à la vie chère, à cela s’ajoute un climat d’insécurité qui a valu des protestations importantes depuis plusieurs semaines.

Henrique Capriles
Henrique Capriles

C’est un climat de tension qui règne dans ce pays d’Amérique du Sud entre les opposants au système en place et les défenseurs de la révolution bolivarienne incarnée par le président Maduro dans la lignée de son prédécesseur Hugo Chavez. Les manifestations se multiplient et les étudiants ont été les premiers à crier leur mécontentement dans les rues. Les affrontements entre les autorités et les protestataires ont fait un bilan officiel de 18 morts et de plus de 250 blessés ainsi que des centaines de prisonniers, 73 d’entre eux seraient encore incarcérés à l’heure actuelle.

La « Protestation des casseroles vides » est prévue le 8 mars par l’opposition

Henrique Capriles a sollicité lundi le soutien des Nations unies en demandant à l’organisme international la possibilité d’aborder la réalité de ce pays « nous avons sollicité l’ONU pour qu’elle nous permette de rendre compte de la VÉRITÉ sur ce qui se passe » précisant que le gouvernement ne transmettait que des « mensonges », un message publié sur le réseau social Twitter.

Cette démarche intervient alors que le ministre des Affaires étrangères vénézuélien, Elías Jaua, revendique devant le Conseil des droits de l’homme que le pays est victime d’une « guerre psychologique » fomentée par les médias nationaux et internationaux dans l’objectif de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro.

Le Venezuela a été secoué par une vague de protestations importantes qui a été à l’origine de heurts violents, des manifestants  ainsi que des policiers ont perdu la vie. La prochaine manifestation qui aura lieu porte le nom de « manifestation des casseroles vides » et aura lieu symboliquement le 8 mars, la Journée internationale des femmes.

Ce mouvement aura pour but de protester contre la hausse des prix, l’inflation, les pénuries alimentaires, le manque de médicaments et de produits de première nécessité, comme a tenu à le signaler le responsable du parti la Mesa de la Unidad (MUD). L’insécurité et la corruption sont également des thèmes qui tiennent à cœur à l’opposition, les manifestations débutées le 4 février étaient d’ailleurs menées par des étudiants qui ont poussé un coup de gueule contre la criminalité croissante dans le pays. Le mouvement a très vite pris de l’ampleur dans les villes comme Caracas, Valencia, et Maracay.

« Les graves problèmes que vit notre pays unissent les Vénézuéliens, c’est quelque chose que le gouvernement ne veut pas. Il ne veut pas que le mal-être social s’exprime », a déclaré Capriles sur le site de microblogging.

Arrestation de Leopoldo López
Arrestation de Leopoldo López

De son côté, l’opposant du parti Voluntad Popular, Leopoldo López, arrêté pendant une marche de protestation et placé en détention provisoire (il a été accusé en premier lieu « d’acte terroriste », une charge qui a été abandonnée, même s’il est toujours accusé d’incendie criminel et d’incitation criminelle), a tenu à rendre hommage depuis sa cellule militaire de Ramo Verde aux 18 victimes qui ont perdu la vie pendant les manifestations.

« Nous souhaitons rendre hommage aux 18 morts victimes de la violente répression des organes de sécurité du régime de Nicolás Maduro », a-t-il écrit dans un message transmis par sa femme via son profil officiel Twitter. Comme Capriles il invite les Vénézuéliens à poursuivre leur mobilisation dans les rues pour maintenir « l’esprit de la lutte » contre la politique inefficace du gouvernement.

Un clivage politique très marqué

Le 3 mars, un groupe de dirigeants politiques de l’opposition, des étudiants, des journalistes et des citoyens se sont rendus au siège de l’Organisation des états américains, OEA, à Caracas pour remettre une lettre dans laquelle ils exigent que l’organisme se prononce sur les problèmes que traverse le pays. Le maire de la capitale, Antonio Ledezma, espère que l’OEA sera capable de faire en sorte que la démocratie prévale au Venezuela « nous exigeons qu’il y ait une séparation des pouvoirs, que les étudiants arrêtés soient libérés ainsi que les prisonniers politiques comme Leopoldo López et Iván Simonovis ».

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Etudiants protestataires

La députée María Corina Machado a rappelé que l’OEA a toujours défendu la démocratie devant les dictatures du continent et regrette aujourd’hui que de nombreux pays, pour des raisons idéologiques ou politiques, tournent le dos à la population vénézuélienne.
« Nous sollicitons une réunion avec l’OEA pour évoquer la situation du Venezuela… Nous savons que le gouvernement fera tout son possible pour que cette réunion n’ait pas lieu, conformément à ce qu’est en train de faire le ministre des Affaires étrangères Elías Jaua avec sa tournée à travers le continent », ont déclaré les opposants au leader socialiste. N.Maduro a succédé à Hugo Chavez après le décès de celui-ci d’un cancer il y a tout juste un an (5 mars 2013), mais il est loin de jouir du même charisme. Des élections présidentielles remportées de justesse par Nicolás Maduro  (avec 50,6 % des voix) dont les résultats ont été contestés sans succès par l’opposition, cette dernière criant à la fraude électorale.

Le gouvernement en place dénonce une tentative de déstabilisation émanant de la droite radicale, une manipulation visant simplement à renverser le président, une théorie du complot souvent utilisé par le pouvoir pour justifier, entre autres, un contrôle des médias.

Le porte-parole du HCDH, Rupert Colville, a affirmé lors d’une conférence de presse donnée à Genève après les premiers affrontements « Nous avons également reçu des informations selon lesquelles des journalistes auraient été intimidés, leur matériel confisqué. Des journalistes locaux et internationaux auraient également été attaqués alors qu’ils couvraient les manifestations. Certains manifestants auraient été arrêtés et risquent d’être poursuivis sur des accusations de terrorisme ».

Plus que jamais le pays est divisé et au bord de la fracture politique.

(Aline Timbert)