À l’approche du long week-end pascal, les autorités péruviennes ont émis des recommandations aux vacanciers souhaitant renouer avec la nature dans des petits coins que nous qualifierons d’exotiques. En effet, plusieurs régions du Pérou ont été placées en état d’alerte en raison d’attaques répétées de serpents, une nouvelle qui pourrait en dissuader plus d’un de dresser sa tente.

Les personnes souffrant d’ophiophobie devraient éviter les excursions et autres campements dans les régions de Loreto, Huánuco, Ucayali, Amazonas et San Martín où les morsures de serpents sont en augmentation depuis le début de l’année. En trois mois, des reptiles divers et variés ont mordu 497 personnes. Enfin, n’oublions pas que ces départements du nord-est sont localisés dans le bassin amazonien où une faune abondante et variée, plus ou moins amicale, pullule.

Le Ministère de la santé péruvien (Minsa) appelle à la plus grande vigilance signalant que « les morsures de serpent augmentent à cette période de l’année (Semaine Sainte) causant douleur, inflammation et destruction des tissus » rappelant également que le venin peut « endommager des organes vitaux comme les reins avec des risques mortels ». Au Loreto, 169 morsures ont été enregistrées, 68 à San Martín, 66 à Ucayali, 46 dans l’Amazonas et 25 dans la région de Huánuco, les régions les plus sévèrement touchées par le phénomène.

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perou14042014-4Le spécialiste en infectiologie de l’Institut national de santé (INS), Manuel Espinoza, a signalé qu’à cette période de l’année les morsures de serpent, mais aussi d’autres animaux venimeux, comme les araignées ou encore les chauves-souris augmentaient, c’est pourquoi une campagne de sensibilisation a été mise en place. Le spécialiste a informé, qu’en cas de morsures, la personne atteinte doit être immobilisée et se rendre dans un centre de santé au plus vite afin de recevoir un sérum anti-venin, il ne faut en aucun cas faire des garrots ou encore essayer d’aspirer le venin.

Afin d’éviter cette terrible déconvenue, le scientifique a conseillé aux éventuels campeurs, randonneurs et autres, de prendre toutes les précautions possibles en nettoyant au mieux les abords du campement (pas d’herbes hautes ou encore de feuilles mortes, ni de grosses pierres sous lesquelles peuvent se cacher les araignées), en évitant de s’installer près des arbres, car ils sont véritables refuges à reptiles. Il s’agit également de ne pas laisser de la nourriture en plein air ni même de l’eau, et après les repas il faut éloigner les déchets du lieu de vie. Les marcheurs, quant à eux, doivent s’armer d’un bâton pour faire du bruit et faire fuir les serpents et autres indésirables.

perou14042014-2Manuel Espinoza a également donné quelques pistes pour reconnaître un reptile venimeux en révélant que la tête du serpent venimeux est triangulaire et sa peau opaque, ceux qui ne présentent aucun danger possèdent au contraire une tête ovale et une peau brillante. Parmi les reptiles dont il faut éviter de croiser le chemin à tout prix, on retrouve le serpent Coralillo, une vipère d’environ 90 cm très colorée et attrayante qui est hautement vénéneuse et qui peuple la forêt tropicale (selva) et la côte. Une rencontre avec le Coralillo dont il faut absolument se passer ! Et comme la nature est parfois aussi belle que dangereuse dans ces contrées, le scientifique a rappelé que d’autres bébêtes sont aussi extrêmement dangereuses comme certaines araignées ou encore chauves-souris « si une personne est mordue par une chauve-souris elle doit se rendre immédiatement au centre de santé qu’elles transmettent la rage sylvestre ». Des informations utiles qui peuvent donner envie de renoncer au charme du camping pour un hôtel trois étoiles !

Pour les plus audacieux qui souhaiteraient découvrir en toute sécurité les espèces reptiliennes les plus redoutables du Pérou, il y a le centre de production biologique de l’Institut de santé communément connue comme « Serpentario » dépendant de l’Institut national de santé, un endroit situé à Chorrillos (un des 43 districts de la province de Lima, capitale du Pérou). Dans ce centre, on y élève des araignées, des serpents pour les étudier et bien sûr pour créer des antidotes contre les espèces vénéneuses et les remèdes spéciaux destinés à soigner les malchanceux victimes de morsures. Le perou14042014-3« Serpentario » possède des araignées comme la Loxosceles laeta (une espèce d’araignées aranéomorphes de la famille des Sicariidae), la veuve noire ou la tarentule, mais que les visiteurs se rassurent, bien que vivants, ils sont précieusement enfermés. La loxósceles laeta possède d’ailleurs l’un des venins les plus dangereux, elle peut facilement tuer une personne.

Les serpents sont séparés dans deux sections distinctes, d’un côté les venimeux, et de l’autre les inoffensifs ou presque… En effet, bien que sans venin certains spécimens plutôt costauds peuvent provoquer des morsures douloureuses (plaies causées par les dents de l’animal qui peuvent être à l’origine d’une infection). Les scientifiques extraient le venin de tous les animaux qui en sont dotés pour élaborer des sérums.

Les visiteurs peuvent approcher et contempler toutes ces espèces derrière des vitres sécurisantes, de quoi exorciser leur peur. Enfin, les plus téméraires peuvent toujours opter pour un séjour à la belle étoile en adoptant toutes les règles de prudence nécessaires imposées par un environnement d’exception parfois inhospitalier.

(Aline Timbert)