Elle s’appelle Filomena Taipe Mendoza et ses papiers d’identité (Documento Nacional de Identidad) indiquent qu’elle est née le 20 décembre 1897, cette vieille dame chétive vivant dans le département de Huancavelica aurait bel et bien 116 ans. Elle est à ce jour la femme la plus âgée du Pérou dont elle est originaire, mais peut-être aussi du monde.

En effet, si son âge est validé officiellement, elle est née trois mois avant celle qui détient jusque-là le record de longévité, la Japonaise Misao Okawa considérée jusqu’à nouvel ordre comme la femme la plus âgée du monde (née le 5 mars 1898) selon la liste établie par le GRG (Gerontology Research Group). Cette centenaire d’Amérique du Sud n’a pourtant pas eu la vie facile, loin de là, et elle est bénéficiaire depuis deux mois seulement de la retraite Pensión 65 accordée par l’État péruvien aux personnes âgées les plus démunies du pays dont le montant est fixé à 250 nuevos soles mensuels soit environ 60 $.

« Cette aide leur permettra d’assurer leur subsistance en contribuant à limiter les risques engendrés par un manque de soins, par une alimentation déficiente et par une situation de précarité économique et d’isolement » avait  déclaré le ministre de l’Économie en 2011.

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Carte d’identité de Filomena Taipe Mendoza

C’est justement sa date de naissance et le fait qu’elle ne soit enregistrée nulle part qui a posé problème à la Banque de la Nation pour le reversement de sa pension, car normalement il se fait de façon automatique pour tous ceux qui peuvent prétendre à la Pensión 65, mais le logiciel était programmé pour admettre sur les registres des gens nés à partir de 1900. Or, ce petit bout de femme est né en 1897, elle a donc tout simplement été oubliée des administrations.

Pourtant comme elle l’affirme fièrement, elle a une existence bien longue qui mérite qu’on s’y attarde, « Je ne suis pas du siècle passé, jeune homme, mais de l’autre », a-t-elle revendiqué au fonctionnaire l’accompagnant pour toucher sa première allocation vieillesse. Elle a alors déclaré « Je suis heureuse monsieur, je vais chercher ma retraite que je vais l’utiliser pour ma nourriture et pour m’acheter des vêtements et des chaussures qui sont bien usés ».

Bien sûr, comme à chaque fois que l’humanité apprend l’existence d’un record de longévité, tout le monde s’interroge alors sur les raisons de cette vie prolongée, ce à quoi la très vieille dame, qui se déplace à l’aide d’une canne, confie que « c’est grâce à une alimentation naturelle » ajoutant « je me suis toujours nourrie de pommes de terre, d’oca [l’oca du Pérou est une plante de la famille des Oxalidacées, originaire des plateaux andins où elle est cultivée pour son tubercule comestible], de capucines tubéreuses [ tubercule comestible des Andes], de viande de chèvre et de mouton, de lait, de fromage de chèvre et de haricots. Moi, tout ce que je fais cuire provient de la ferme, je n’ai jamais mangé de nourriture en boîtes de conserve ni même bu de boissons gazeuses ». Reste à savoir si son régime alimentaire va faire des émules parmi tous ceux qui souhaitent passer le cap des 100 ans !

perou05052014-3Filomena Taipe Mendoza a vécu de façon très humble dans une petite maison faite de boue séchée, sans le moindre confort moderne, située dans le village de Pocuto, à une demi-heure du district d’Acoria (où vivent majoritairement des indigènes quechuas), dans le département de Huancavelica, et bien que veuve depuis plusieurs années, elle peut compter sur le soutien de ses voisins. La solitude ? C’est un mot qu’elle ignore tant la solidarité se manifeste !

Elle a confié aux médias « ma vie a été dure. J’ai été veuve très jeune et j’ai dû travailler dur pour élever mes neuf enfants. Seuls trois d’entre eux sont encore en vie, l’un d’eux vit à Huancavelica, mais il est malade, un autre réside à Huamanga, il est aussi souffrant, quant au dernier il vit près d’ici et il a également des problèmes de santé, lui, oui, il vient me voir souvent, il s’appelle Valerio ».

Filomena Taipe Mendoza
Filomena Taipe Mendoza

Parmi les petits plaisirs de Filomena, discuter avec ses voisins qui passent quotidiennement pour la saluer ou encore les enfants du village qui vont et viennent pour se rendre à l’école « tous me saluent avec tendresse, me respectent et m’aident quand ils me voient fatiguer. Ils viennent tous à la maison, en vérité je ne suis jamais seule, il y a toujours quelqu’un, un adulte ou un enfant prêt à m’aider ».

Filomena Taipe Mendoza fait partie de ce groupe de 400 centenaires, majoritairement andins, qui vivent au Pérou et qui sont bénéficiaires d’une retraite versée aux anciens en raison de leur extrême pauvreté, la plupart des paysans des hauts plateaux qui ont vécu humblement de leurs récoltes. Après Filomena Taipe, figurent au Pérou deux autres personnes âgées de 113 ans, Venancio Mendoza Gamboa et Felicitas Huaras Mantila.

Malgré la rudesse de son existence, celle qui a tout pour devenir officiellement la nouvelle doyenne de l’humanité ne se plaint pas, elle est entourée et profite de l’existence, elle a néanmoins manifesté un seul regret, celui de ne plus avoir de dents « si, j’aimerais avoir à nouveau des dents », déclare-t-elle avec spontanéité.

Carmelo Flores avec le président bolivien Evo Morales
Carmelo Flores avec le président bolivien Evo Morales

Décidément les Andes vont devenir un pôle d’attraction, puisque durant l’été 2013 on apprenait qu’un Bolivien d’origine aymara prénommé Carmelo Flores Laura serait âgé de 123 ans, un âge qui ferait de lui l’homme le plus au monde si l’authenticité de ses papiers d’identité est finalement avérée. Cet habitant aurait vu le jour le 16 juillet 1890 et vit tranquillement et surtout modestement à près de 4000 m d’altitude non loin du célèbre lac Titicaca.

Après la vallée de Vilcabamba, surnommée la « vallée des centenaires » (son altitude, comprise entre 1 500 et 1 600 m, lui permet, sous une latitude équatoriale, d’avoir toute l’année un climat tempéré avec des températures comprises entre 18 et 24°C), une localité de la province de Loja située en Équateur, les aspirants centenaires risquent de prendre de l’altitude pour espérer vivre le plus longtemps possible, la Cordillère est devenue un sanctuaire où le mode de vie et l’environnement semblent favorables à l’être humain.

La Direction régionale de la santé de Huancavelica a par ailleurs indiqué que les personnes âgées continueraient de pouvoir compter sur le soutien du gouvernement et qu’elles seront prochainement prises en charge par des médecins de la région. Dans la région de Huancavelica le taux de pauvreté est passé de 88 % en 2002 à 49,5 % en 2012 (chiffres de l’INEI) grâce à différents programmes sociaux.

Au Pérou, l’espérance de vie moyenne a été évaluée en 2012 à 74,52 ans.

(Aline Timbert)