Le Conseil national électoral du Panama a proclamé, mercredi 7 mai 2014, Juan Carlos Varela comme le nouveau président de la République élu de ce pays d’Amérique centrale lors d’une cérémonie officielle à laquelle n’a pas participé le président sortant Ricardo Martinelli. Dimanche dernier, les électeurs panaméens ont élu, au suffrage universel direct à un tour, le candidat de l’opposition Juan Carlos Varela avec 39 % des suffrages, devant les candidats José Domingo Arias et Juan Carlos Navarro qui ont obtenu respectivement 32 % et 27 % des voix.

« Après avoir dépouillé les 40 actes du circuit de la République du Panama, le Conseil national électoral proclame comme président et vice-président élu Juan Carlos Varela et Isabel Saint Malo de Alvarado », a déclaré le président de la JNE (Junta Nacional de Escrutinio), Víctor Cucalón. Ricardo Martinelli n’a pas assisté à cet acte de proclamation célébré au centre des conventions Atlapa, situé dans la capitale panaméenne, en raison d’une « incompatibilité dans son emploi du temps », selon Cucalón. C’est la première fois qu’un chef de l’État panaméen ne participe pas à la proclamation d’un président élu depuis l’intervention nord-américaine de 1989 qui a mis fin au régime militaire de l’ancien dictateur Manuel Antonio Noriega. Le président sortant, qui ne pouvait pas prétendre à un nouveau mandat, (car la loi interdit de briguer un deuxième mandat consécutif), a soutenu de façon active la campagne du candidat Arias, représentant du parti jusqu’alors en place.

Des résultats électoraux qui ont surpris beaucoup de monde puisque le dernier sondage sur les intentions de vote donnait vainqueur le candidat social-démocrate du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), Juan Carlos Navarro, avec 37,2 % des voix, suivi du représentant du parti au pouvoir José Domingo Arias (Cambio Democrático), et enfin l’outsider, le conservateur Juan Carlos Varela crédité de seulement 29,1 % des voix.

Ricardo Martinelli
Ricardo Martinelli

L’absence de Ricardo Martinelli à la cérémonie ne surprend guère quand on sait combien la haine est tenace entre le président sortant et celui qui lui succède (vice-président élu qui a été ministre des Affaires étrangères entre 2009 et 2011 sous la présidence de Martinelli avant d’être destitué par ce dernier), même si l’un et l’autre tentent de faire bonne figure en multipliant les déclarations cordiales depuis les résultats.

Martinelli a d’ailleurs fait savoir dans un communiqué justifiant son absence qu’il souhaitait que l’administration de Varela « soit un succès » ajoutant « que si le gouvernement gère bien, ce sera bénéfique au peuple ».

Lors de son discours, le nouveau chef de l’État a aussi fait preuve d’apaisement en déclarant « aujourd’hui je ratifie mon engagement à respecter l’équilibre pour lequel le peuple a voté dimanche 4 mai et j’en appelle à un gouvernement d’unité nationale basé sur le consensus et le dialogue afin que cela puisse apporter la paix et la prospérité à tout le peuple panaméen ». Juan Carlos Varela a promis de mettre en place un gouvernement « honnête et humain qui puisse défendre les intérêts des personnes les plus humbles » et qui aura comme principal objectif « de laisser une démocratie fonctionnelle ».

Juan Carlos Varela a annoncé qu’il amorcera un processus de transition et a sollicité l’actuel gouvernement de Martinelli afin qu’il évite d’approuver « des thèmes innécessaires » jusqu’au 30 juin, date à laquelle prendra officiellement fin son mandat.

Juan Carlos Varela
Juan Carlos Varela

Le président du Tribunal électoral, Erasmo Pinilla, qui entretenait des rapports conflictuels avec le pouvoir en place, a déclaré lors de la proclamation du nouveau chef de l’État « s’en est fini le temps de la politique considérée comme des affaires, nettoyez la maison avec les balais justiciers de vos alliés, nettoyez-la bien avant de vous y installer » ajoutant avec plein de verve et de ressentiment « passez les fumigènes contre l’avarice, l’ambition du pouvoir, la vulgarité et le copinage ». Ce dernier a par ailleurs précisé que cela faisait longtemps qu’une candidature « n’avait pas éveillé parmi les électeurs autant de joie ».

Le nouveau président de la République du Panama, producteur de rhum prospère âgé de 50 ans et fervent catholique, entrera officiellement en fonction le 1er juillet 2014, lors de la proclamation des résultats électoraux, il a affirmé :

« Aujourd’hui la démocratie a gagné au Panama » et a proposé un gouvernement de réconciliation en déclarant « à ceux qui m’ont soutenu et à ceux qui ne m’ont pas soutenu, sachez qu’à partir de ce moment nous somme un seul pays, nous sommes un seul peuple, nous mettons de côté les drapeaux partisans et nous gouvernerons avec le drapeau du Panama ». Une façon de donner une nouvelle direction à la politique du pays, qui jusqu’alors menée par le gouvernement de Martinelli, a été jugée comme autoritaire et conflictuelle.

Ricardo Martinelli et Juan-Carlos Varela
Ricardo Martinelli et Juan-Carlos Varela

Juan Carlos Varela, du parti politique « Pueblo Primero » (Partido Panameñista et Partido Popular), devra néanmoins gouverner avec une très forte opposition à l’Assemblée nationale, la coalition Unidos por más Cambios et le Partido Revolucionario Democrático (PRD) détenant la majorité des sièges. L’alliance Unidos por más Cambios formée par les parties Cambio Democrático (CD) et Molirena, possède 30 sièges tandis que le PRD détient 21 sièges. Le parti Partido Panameñista du président élu se trouve donc dans une situation difficile, pour mener à bien ses projets gouvernementaux il faudra créer des alliances. En effet, en plus de l’élection présidentielle, les électeurs ont élu 77 maires et 71 députés en ce dimanche 4 mai.

Parmi les grands défis qui attendent le nouveau mandataire, les analystes politiques mentionnent en priorité le fait de parvenir à un meilleur équilibre social et d’assurer la gouvernabilité du pays. Le prochain quinquennat s’annonce compliqué dans ce pays de 3,5 millions d’habitants où les inégalités entre riches et pauvres sont gigantesques. Le président Varela a d’ores et déjà affirmé « je ne permettrai pas que de nombreux Panaméens manquent d’eau potable ni même qu’un centime ne soit pas correctement utilisé ». Ce dernier s’est engagé à son arrivée au pouvoir de mettre en place des prix d’urgence pour aider à contrôler le coût de la vie dans un pays où l’inflation a été évaluée à 4 % pour l’année 2013.

Au Panama ce sont environ quatre personnes sur 10 qui vivent dans la pauvreté (36,8 %) et 16,6 %, soit 508 700 Panaméens, se trouvent dans une situation d’extrême pauvreté, la population indigène est particulièrement vulnérable. Une situation sociale d’autant plus critiquable que le pays affiche un succès économique remarquable avec la plus forte croissance du PIB en Amérique centrale (+10,7 % de croissance économique en 2012).

Nicolas Maduro, président de la République du Venezuela
Nicolas Maduro, président de la République du Venezuela

Le prochain mandataire a annoncé également qu’il souhaitait reprendre des relations diplomatiques avec le Venezuela. Le président de ce pays d’Amérique du Sud, Nicolás Maduro, avait annoncé, le 5 mars dernier, la rupture des relations bilatérales avec le Panama et le gel des relations économiques et commerciales en raison, selon lui, d’une trop grande intromission dans les affaires intérieures du Venezuela qui connaît depuis plusieurs mois une crise sociale et politique majeure.

Juan Carlos Varela a annoncé qu’il avait eu l’occasion de discuter avec Maduro depuis sa victoire électorale « je lui ai dit que nous allons rétablir des liens, que mon intérêt c’est de rechercher la paix sociale pour son peuple et l’arrêt des affrontements, je maintiens ma position d’appel au dialogue pour résoudre le conflit interne qui secoue le Venezuela, mais, sans aucun doute, rétablir les relations est une priorité ».

De son côté, les autorités françaises ont apporté leur soutien au nouveau président de la République du Panama en publiant le communiqué suivant « La France félicite Juan Carlos Varela pour son élection à la présidence du Panama et lui adresse ses meilleurs vœux de réussite dans les hautes fonctions qui seront les siennes. Nous assurons les autorités et le peuple panaméens de notre amitié et de notre détermination à poursuivre le renforcement de nos relations bilatérales dans tous les domaines, notamment s’agissant des relations économiques et de la lutte contre les dérèglements climatiques ».