Les électeurs colombiens devront choisir lors d’un second tour électoral, qui aura lieu le 15 juin, leur prochain président de la République, le premier tour s’est déroulé dimanche 25 mai et ce sont les candidats Óscar Iván Zuluaga et Juan Manuel Santos (président sortant) qui sont arrivés en tête des suffrages.

Le leader de l’opposition, Óscar Iván Zuluaga, du parti uribiste (Álvaro Uribe fut président de la République entre le 7 août 2002 et le 7 août 2010) est arrivé en tête des suffrages en obtenant 29,3 % des bulletins tandis que l’actuel chef de l’État, qui brigue un second mandat, Juan Manuel Santos, a récolté 25,6 % des suffrages sur un total de 99,7 % des bulletins dépouillés. Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité absolue de 50 %, un second tour doit avoir lieu en accord avec la Constitution colombienne.

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Óscar Iván Zuluaga

Les deux prétendants à la présidence ont été dans le passé des partenaires au sein du même gouvernement, mais aujourd’hui de profonds désaccords les animent. Le principal sujet de discorde concerne les négociations de paix menées avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qui gangrènent ce pays d’Amérique du Sud depuis plus de 50 ans en instaurant un perpétuel climat de violence et de tension. Le conflit armé a fait près de 200 000 morts en Colombie et a freiné l’expansion économique de la quatrième économie d’Amérique latine. Or, depuis un an et demi maintenant, l’actuel chef de l’État mène des négociations de paix avec les FARC, ce point constitue d’ailleurs son principal leitmotiv pendant cette campagne électorale. Le président de la République cherche à se faire réélire avec l’espoir de devenir celui qui signera enfin un accord de paix avec les guérilleros qui mènent la vie dure à la population et aux autorités depuis des décennies.

De son côté, le candidat de droite a une tout autre conception, Zuluaga, dauphin politique de l’ancien président Álvaro Uribe, a instauré le doute dans les esprits des citoyens colombiens concernant la volonté des FARC de signer la paix, ce dernier réfute tout accord permettant aux anciens guérilleros de devenir membres du Congrès et de participer ainsi à la vie politique du pays sans répondre de leurs activités terroristes.

Óscar Iván Zuluaga, ancien ministre de l’Economie de 55 ans, a réussi une ascension importante dans les enquêtes à la fin de la campagne, des sondages favorables qui se sont confirmés dans les urnes, malgré un récent scandale qui a éclaté. En effet, il est soupçonné d’avoir maintenu des liens avec un présumé hacker informatique accusé de vouloir saboter les négociations de paix entre l’actuel gouvernement et les FARC.

Après les premiers résultats électoraux, ce dernier a affirmé sur son compte Twitter « Merci la Colombie ! Nous avons une nouvelle opportunité, nous démontrerons que nous pouvons avoir une Colombie différente ».

Les accords de paix avec les FARC sont au cœur du débat

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Juan Manuel Santos, président sortant de Colombie

« L’alternative est claire pour les Colombiens, ils ont le choix entre deux options distinctes : ils peuvent choisir entre ceux qui veulent la fin de la guerre et ceux qui veulent une guerre sans fin », une déclaration faite par M.Santos à l’issue du premier tour présidentiel. Il a ajouté « nous allons choisir entre la peur et l’espoir, entre ceux qui se refusent à la paix et ceux qui sont disposés à la chercher ».

Les deux candidats sont désormais à la recherche d’alliances pour espérer gagner à l’issue du second tour électoral qui se tiendra dans trois semaines, elles seront décisives pour obtenir la victoire finale.

33 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour départager 5 candidats, en troisième position est arrivée la candidate du parti conservateur, Marta Lucía Ramírez, qui a récolté 15,53 % des votes, elle était suivie par la candidate de gauche du Polo Democrático, Clara López, qui a réuni 15,23 % des suffrages tandis que le candidat écologiste de Alianza Verde, Enrique Peñalosa, a convaincu 8,29 % des votants.

Le candidat Santos a d’ores et déjà appelé les listes perdantes à soutenir sa candidature afin de pouvoir concrétiser ses promesses de campagne pour les quatre prochaines années. Aucun accord n’a été pour le moment trouvé.

Le premier tour des élections présidentielles a été marqué par la non-violence, mais l’abstention a été importante, seuls 40 % des citoyens habilités à voter ont effectué leur devoir civique.

Une trêve pendant la période électorale a été décidée unilatéralement par les FARC et l’Armée de libération nationale, la seconde force insurrectionnelle du pays. Comme a tenu à le souligner l’actuel ministre de la Défense, Juan Carlos Pinzón, « nous avons vécu la journée électorale la plus sûre de l’histoire contemporaine ».

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Victoire d’Óscar Iván Zuluaga au premier tour des élections

Le candidat Óscar Iván Zuluaga, a promis lundi 26 mai que, s’il gagnait les élections présidentielles, il suspendrait le processus de paix dès son investiture prévue le sept août, il s’inscrit ainsi dans la lignée du président Uribe. Il se déclare prêt à une « paix négociée » avec la guérilla, mais qui implique  » l’arrêt total de toute action criminelle contre la population » dans le but que les guérilleros offrent des « signaux clairs » de leur « volonté de paix ».

« Aucun colombien ne pourrait comprendre que l’on continue les négociations avec les recrutements forcés d’enfants, des assassinats de soldats et de policiers, des crimes de paysans avec des mines antipersonnels ou encore des extorsions menées contre des éleveurs et des attentats perpétrés contre les infrastructures du pays », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Il a également affirmé que la paix serait obtenue conformément à la justice et à l’accomplissement de la loi et a ainsi affirmé que les guérilleros devraient se soumettre au jugement des tribunaux, tout en affirmant qu’il était disposé à faire preuve de clémence en fixant les condamnations à six ans maximum au lieu des 50 ans actuels.

« Nous ne pouvons pas laisser les FARC imposer leur loi depuis La Havane », a affirmé l’adversaire politique de Santos en insistant sur le fait qu’il cherchera une paix sans impunité pour les « crimes atroces et délits de lèse-humanité de la guérilla ». Le président Santos au pouvoir depuis 2010 pourrait, selon ses adversaires politiques, permettre l’incorporation politique des rebelles sans passer par la case justice.

Si le thème autour des négociations de paix constitue l’axe central des débats de ce second tour, le candidat Santos devra également introduire d’autres thèmes de campagne afin d’accentuer ses propositions en matière d’économie, d’éducation dans le but de convaincre l’électorat centriste du pays qui a voté massivement pour son adversaire politique. La polémique autour du hacker Andrés Sepulveda n’a pas le temps de nuire à Zuluaga pour ce premier tour, mais il n’est pas impossible que de nouveaux éléments viennent entacher sa côte de popularité entre les deux tours.

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Rodrigo Londoño Echeverri

Les FARC se rappellent aux deux candidats dans une nouvelle vidéo

Le combat entre les deux candidats à la présidence risque d’être particulièrement féroce dans les prochains jours. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que les FARC ont décidé de communiquer à nouveau par la voix de Rodrigo Londoño Echeverri, alias ‘Timochenko’ qui a publié une vidéo le 26 mai. Une nouvelle vidéo vient en effet d’être dévoilée dans laquelle le leader signale que la guérilla « ne va pas se rendre de façon humiliante » en ajoutant que les FARC maintiendraient « une lutte sans faille » tant que  » l’oligarchie insistera à empêcher la paix ».

Dans cette vidéo enregistrée en pleine selva amazonienne, aucune référence aux résultats électoraux préliminaires n’a été faite, ce qui laisse à penser qu’elle a été tournée quelques jours avant le premier tour, cependant, le leader de la guérilla fait néanmoins une allusion au processus électoral et remet et nouvelle fois en question le président Santos qui, selon lui, cherche la paix en même temps qu’il donne des ordres aux militaires pour les persécuter sur le champ de bataille.

Il a néanmoins affirmé que les FARC continueraient de dialoguer à La Havane car elles croient « en une paix effective ». Cet apaisement dont rêvent les habitants de Colombie profondément marqués par le conflit armé et ses effets pervers sur la société tout entière.

(Aline Timbert)