Une étude de la NASA effectuée pendant sept ans dans les zones de forêts naturelles d’Amazonie a permis aux scientifiques d’établir que l’absorption de CO2 par les arbres est supérieure au rejet de CO2 émis par les végétaux morts à l’origine du réchauffement climatique.

Au moyen de la photosynthèse, les plantes absorbent le dioxyde de carbone et produisent de l’oxygène dans l’atmosphère, cependant les arbres morts émettent ce gaz à effet de serre à mesure qu’ils se décomposent d’où l’importance d’un rapport qui mesure le bilan de CO2 en forêt amazonienne. Cette étude est en fait la première à mesurer l’impact des arbres morts naturellement (sans prendre en compte la déforestation humaine bien sûr) dans la selva amazonienne, y compris dans les zones les plus reculées où ont été réalisées des études au niveau du sol.

amazonie02062014-2Ce constat concerne uniquement le processus naturel d’émission de dioxyde de carbone, les activités humaines ne sont pas prises en compte, car elles varient considérablement, selon les scientifiques, en fonction « des mesures politiques et sociales » adoptées dans les pays concernés par la forêt tropicale humide.

Les scientifiques ont ainsi découvert que, chaque année, les arbres amazoniens morts rejetaient environ 1900 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère, mais en comparaison avec l’absorption du CO2, ce chiffre est fort heureusement inférieur. Les arbres vivants compensent les émissions émises par les arbres morts, ce qui permet de donner une tendance de l’effet dominant enregistré dans les forêts naturelles d’Amazonie.

Jusqu’alors, seul le bilan carbone de petites zones de forêt avait pu être enregistré, mais à plus grande échelle le constat est le même, le CO2 rejeté est inférieur au CO2 absorbé.

C’est au début des années 1990 que le débat avait été lancé alors que d’énormes zones de forêt avaient disparu lors de tempêtes importantes appelées « blowdowns ».

Fernando Espíritu Santo, l’un des membres du laboratoire Jet Propulsion à Chorro (JPL) de la NASA, situé à Pasadena, en Californie, et principal auteur de l’étude, observe l’Amazonie depuis 2006 avec le soutien de 21 confrères de nationalités différentes (cinq au total). Il explique donc dans son étude que l’idée était d’identifier au moyen de satellites le cycle des émissions de carbone en Amazonie. Pour parvenir à ses fins, les émissions de carbone émises par les arbres morts (phénomènes météorologiques ou par processus naturel de vieillesse) ont été mesurées, des images aériennes et satellites ont été utilisées et les données récoltées par l’université de Leeds (en Angleterre) ont permis, après 10 années d’observation, d’émettre ce rapport.

« Nous observons que les grandes perturbations naturelles ont un impact très faible sur le cycle carbone dans toute l’Amazonie », telle est la conclusion de Sassan Saatchi, co-auteur de l’étude.

amazonie02062014-1Chaque année, environ 2 % de toute la surface de la forêt amazonienne disparaît de façon naturelle (cycle normal) dont 0,1 % sous l’effet des « blowdowns ». L’impact des activités humaines est quant à lui énorme, rien qu’au Brésil, selon des chiffres officiels du gouvernement, après trois années de diminution, la déforestation avait augmenté de près de 28 % en 2013 par rapport à l’année précédente.

Les gaz à effet de serre ont été identifiés comme responsables du réchauffement global de la planète, ils induisent des modifications climatiques extrêmement importantes. Or, les forêts jouent un rôle primordial, car elles agissent comme des filtres appelés « puits de carbone » : c’est-à-dire comme endroit de stockage de carbone. Les forêts contribuent à hauteur de 80 % aux échanges de carbone entre la végétation, le sol et l’atmosphère. Par leur poids, leur densité et leur envergure, elles représentent en effet une biomasse (donc un stock de carbone) majeure : elles renferment environ moitié du carbone de la végétation terrestre et du sol. La manière de les gérer a donc un impact direct sur la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère et donc sur l’effet de serre.

La forêt d’Amazonie se meurt pourtant très vite. En 2009, 7008 km² de forêts tropicales ont disparu. Au Brésil, plus de 17,1 % de la forêt tropicale amazonienne a déjà été perdue. Selon le WWF, en 2020, la forêt amazonienne brésilienne aura perdu 25 % de sa couverture originelle.

amazonie02062014-3L’Amazonie prélève encore plus de CO2 qu’elle n’en libère, bien sûr au-delà de son importance de poumon vert, la région abrite une faune et une flore directement menacées par l’expansion de l’agriculture (en particulier le soja), l’abattage non réglementé, les feux de forêt, alors que les populations natives sont également les premières victimes des effets néfastes de ces activités incontrôlées …

Il s’agit donc de maintenir l’équilibre entre émissions de CO2 et absorption (en respectant un bilan carbone neutre), c’est tout simplement, selon les scientifiques, « une question de vie et de mort », dans le cas contraire cela induirait, entre autres, une modification du climat et une perte de biodiversité avec des conséquences écologiques désastreuses. L’Amazonie préoccupe d’autant plus que la déforestation a recommencé à y croître fortement en 2013.