Les Colombiens se sont rendus aux urnes, dimanche 15 juin, pour le second tour des élections présidentielles qui a finalement été marqué par la victoire du président sortant, Juan Manuel Santos, qui briguait un second mandat. Le vainqueur a remporté la mise en réunissant 50,94 % des bulletins de vote tandis que son rival, Óscar Iván Zuluaga, arrivé en tête au premier tour, a récolté 45,01 % des suffrages.

Pour ce second tour, l’abstention a été de 52,13 %, soit un chiffre légèrement inférieur au premier tour qui avait été marqué par une abstention de près de 60 % (59,93 %).

Juan Manuel Santos avec l'inscription "Paix" sur la main
Juan Manuel Santos avec l’inscription « Paix » sur la main

Juan Manuel Santos s’est donc finalement imposé devant le candidat « uribiste », Zuluaga, qui avait réuni lors du premier tour 29,25 % des votes (contre 25,69 % pour Santos), des élections très disputées qui ont été marquées par des débats très animés. L’épicentre de la campagne pour les élections présidentielles colombiennes a été marqué par la résolution du conflit armé qui entache le pays sud-américain et par le dialogue de paix initié par Santos. La voie de la pacification adoptée par Juan Manuel Santos a finalement reçu le soutien des électeurs, tandis que son adversaire politique davantage dans la lignée du précédent chef de l’État Álvaro Uribe, ne se montrait pas favorable au dialogue avec les rebelles du FARC, prônant davantage la voie militaire pour mettre fin à la guérilla.

De son côté, le grand perdant des élections avait affirmé ne pas vouloir s’opposer totalement au dialogue, mais le soumettre à certaines conditions « pour que les FARC cessent de commettre des actions terroristes faisant davantage de victimes ». Il se déclarait favorable à une « paix négociée » avec la guérilla impliquant « l’arrêt total de toute action criminelle contre la population » dans le but que les guérilleros offrent des « signaux clairs » de leur « volonté de paix » (soit la fin immédiate des affrontements) et insistait pour que les rebelles soient justiciables. Santos lui se montre favorable à l’intégration politique des FARC, et négocie sur le thème de la justice transitionnelle « Avec la justice transitionnelle il n’est pas prévu de pardonner ou d’oublier », a-t-il déclaré pour justifier ses choix.

Le débat a été âpre entre les candidats qui se sont mutuellement accusés de « menteurs » et tous les coups bas ont été permis.

Depuis 2012, le gouvernement en place soutient des négociations de paix avec le groupe guérillero à La Havane à Cuba, des accords partiels ont jusqu’alors été trouvés sur différents points mis à l’ordre du jour, mais aucun cessez-le-feu n’a été conclu, le reproche majeur adressé par les adversaires de Santos.

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Le processus de paix au coeur de la campagne

Le président réélu Santos a remercié les électeurs pour leur soutien et a manifesté sa volonté de poursuivre le dialogue de paix ouvert avec les forces armées révolutionnaires « aujourd’hui l’unité a triomphé. Des millions de compatriotes ont soutenu un rêve que nous partagions. Ils ont voté pour la perspective de changer la peur en espoir. Votre soutien nous oblige à travailler et à nous améliorer chaque jour un peu plus », a-t-il déclaré en ajoutant « ce qui était en jeu ce n’était pas le nom d’un candidat, mais un tournant pour le pays. Des Colombiens d’aspirations politiques différentes, y compris ceux qui n’étaient pas partisans du gouvernement, se sont mobilisés autour d’une cause, et cette cause c’est la paix ».

Le président de la République a également déclaré « c’est le moment de mettre fin à un long et cruel conflit, de reconnaître et de répondre à toutes les victimes, de reconstruire les régions assujetties par la violence pendant des décennies ». Il a poursuivi en affirmant « c’est le moment de travailler plus, beaucoup plus, pour la justice sociale. C’est le moment de nous unir tous autour d’un projet commun, autour de la valeur suprême de n’importe quelle nation, à savoir la paix. Cela a été le désir et l’objectif exprimés par les candidats ».

Le mandataire a bien sûr souligné que les efforts ne devaient pas être unilatéraux et ne dépendaient pas uniquement du gouvernement, mais aussi de l’attitude des FARC et du FLN (Front de libération nationale) à respecter leurs engagements. Santos a rappelé dans son discours qu’il ne s’agissait pas d’une paix associée à une impunité, mais d’une paix juste « la paix sera votre victoire, et c’est pourquoi tous les Colombiens doivent exprimer leur gratitude et leur admiration aux militaires de l’armée de terre, de l’air et naval et à nos policiers ».

Le vainqueur n’a pas oublié de saluer son rival Óscar Iván Zuluaga, en témoignant son respect envers tous ses adversaires politiques « nous respectons nos différences. Nous ne sommes pas des ennemis à éliminer. Nous ne gardons aucune rancoeur ».

Oscar Ivan Zuluaga et Alvaro Uribe
Oscar Ivan Zuluaga et Alvaro Uribe

L’ancien président de la Colombie, Alvaro Uribe, a sévèrement critiqué dimanche l’actuel président Juan Manuel Santos après l’annonce de sa victoire. Il l’a accusé d’avoir acheté des voix, d’avoir fait pression sur la justice et de ne pas avoir condamné les actions de violence menée par les FARC à l’encontre des partisans du candidat Óscar Iván Zuluaga.

Le poulain de l’ancien chef de l’État s’est montré beaucoup moins véhément, quelques minutes à peine après l’annonce des résultats, Zuluaga a reconnu le triomphe de Juan Manuel Santos « félicitations au président Santos pour sa victoire dans cette bataille démocratique » ajoutant remercier « les 7 millions de Colombiens qui ont cru dans son programme » en faisant référence bien sûr à sa propre candidature.

La commission électorale de l’organisation des états américains en Colombie (OEA) s’est félicitée, lundi 16 juin, du bon déroulement de la journée électorale et a salué les candidats à la présidence et les membres des campagnes respectives pour « leur attitude démocratique ». Pour ce second tour présidentiel, 74 observateurs internationaux avaient été déployés sur 27 départements du pays ainsi qu’à District Capitale.

L’Union européenne a assuré, lundi, qu’elle continuerait de soutenir le processus de négociations engagé entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC, l’Union européenne a aussi félicité la population et les autorités pour des élections « bien organisées » et « pacifiques » témoignant « de la consolidation démocratique de la Colombie », des propos tenus par le porte-parole de l’Union européenne à la politique extérieure UE, Maja Kocijancic.

« L’Union européenne continuera d’appuyer les négociations à La Havane avec les FARC et incite les deux parties à consolider le récent progrès atteint pour arriver à un accord équilibré et complet qui ouvrira une nouvelle espérance et de nouvelles opportunités pour le peuple de Colombie », a affirmé la porte-parole. De son côté, José Manuel Durao Barroso, a confirmé au président Santos la « disponibilité de l’Union européenne à adjoindre un appui financier aux négociations de paix ».

Rappelons qu’en un demi-siècle, le conflit armé a coûté la vie à plus de 200 000 personnes sur le territoire Colombien. L’ex-otage franco-colombienne, Ingrid Betancourt, captive des FARC pendant six ans et demi, et libérée en 2008, a appuyé le président Santos pour sa réélection. Elle a à ce titre affirmé publiquement :

« Je suis convaincue que nous devons ouvrir le pays et l’avenir de nos enfants à l’espoir (…). Par conséquent, je soutiens le processus de paix que mène le président Santos: la paix avant tout ».

(Aline Timbert)