Des archéologues de l’université polonaise de Wroclaw ont découvert plus de 150 tombes appartenant à une culture jusque-là inconnue au Pérou. Les vestiges remontent entre le IV et le VIIe siècle après Jésus-Christ , ce qui atteste de la présence d’une communauté agricole dans le nord du désert d’Atacama avant l’expansion de la civilisation du Tiwanaku (cultura Tiahuanaco).

Désert d'Atacama
Désert d’Atacama

L’équipe de l’Institut d’archéologie de l’université de Wroclaw a réalisé des fouilles dans le sud du Pérou depuis 2008, un cimetière a alors été découvert dans le delta du río Tambo (une rivière du Pérou qui fait partie du bassin amazonien et et qui est l’une des deux branches mères de l’Ucayali), dans la zone nord du désert d’Atacama.

« Ces tombes avaient été creusées dans le sable sans structures de pierre, c’est pourquoi il n’a pas été facile de les trouver et qu’elles n’ont pas été victimes de pillage », a déclaré Józef Szykulski, chef du projet de recherche qui a également impliqué des scientifiques péruviens et colombiens.

Les conditions climatiques propres à cet environnement ont permis une bonne conservation du contenu des sépultures, que ce soit les squelettes ou encore les objets « il s’agit de tombes de personnes quasiment inconnues qui ont peuplé la zone avant l’expansion de la civilisation Tiwanaku. Des éléments retrouvés sur place dans les tombes individuelles indiquent que les défunts possédaient déjà une nette division sociale », a affirmé le professeur Szykulski.

perou11072014-2L’ Atacama est une région du Chili s’étendant de la vallée de Copiapó à la frontière péruvienne, du 27e au 18e degré de latitude sud, sur plus de 200 000 kilomètres carrés, le désert d’Atacama constitue l’élément le plus aride du vaste désert côtier déterminé par la double remontée, vers le nord, des hautes pressions et du courant froid de Humboldt. Le désert d’Atacama est cité comme étant le désert le plus aride, le plus sec au monde bien que certains endroits du Sahara notamment le sud de l’Égypte et le sud de la Libye reçoivent une quantité de précipitations comparable à celle du désert d’Atacama. Des conditions extrêmes qui favorisent des découvertes séculaires insoupçonnées !

perou11072014-3Au sein des tombes, les scientifiques ont mis au jour des objets, y compris des sortes de coiffes en laine de camélidés (lamas, alpagas), elles auraient pu avoir la fonction de casques. Certains des corps étaient enveloppés dans des nattes, d’autres dans des linceuls en coton, et d’autres dans des filets, ce qui permet de penser que la pêche tenait un rôle essentiel au sein de cette société évoluant à proximité du littoral.

Dans certaines tombes, on a retrouvé des arcs, des carquois et des flèches à la pointe en obsidienne (une roche volcanique vitreuse et riche en silice). Il s’agit d’une découverte très intéressante, car « la présence d’arcs est très rare au Pérou », comme a tenu à le souligner l’archéologue. Parmi les vestiges d’intérêt, il y a le squelette d’un jeune lama, animal emblématique des Andes, ce qui laisse à penser qu’il aurait déjà été introduit dans la zone beaucoup plus tôt qu’on ne l’envisageait.

Dans certaines sépultures appartenant à des hommes, les archéologues ont trouvé « des masses de pierre avec des pointes en cuivre. « Ces objets ainsi que les arcs étaient des symboles de puissance, ce qui démontre que les représentants de l’élite ont été enterrés ici », a déclaré le professeur Szykulski.

perou11072014-1D’autres éléments ont été récoltés auprès des défunts comme des tissus richement colorés et de nombreuses pièces de joaillerie comprenant des objets en cuivre et en « tumbaga », un alliage de cuivre et d’or. Parmi les autres restes qui ont suscité la curiosité, des tiges en osier placées au niveau des oreilles des morts et qui ressortaient à la surface des tombes. Les scientifiques pensent que c’était un moyen rituel d’établir une communication entre le monde des morts sous terre et celui des vivants en surface.

Les archéologues polonais ont également mis au jour des sépultures de la civilisation Tiwanaku qui ont été datées, de façon préliminaire, entre le VII et X siècle après Jésus-Christ « ces tombes en pierre contiennent des récipients en céramique, des outils et des armes, c’est une découverte sensationnelle, car on pensait qu’à cette période cette civilisation n’avait pas encore atteint cette zone ».

(Aline Timbert)