Le Parlement bolivien a approuvé, fin juin, une loi qui autorise le travail des enfants dès l’âge de 10 ans sous certaines conditions, jusqu’alors l’âge minimum légal pour travailler était fixé à 14 ans. En Bolivie, de nombreux mineurs sont contraints de travailler pour apporter leur contribution au sein de leur foyer, cette mesure avait été défendue par le propre président de la République Evo Morales, qui lui-même a travaillé enfant pour aider sa famille : « Travailler lorsque l’on est enfant crée une plus grande conscience sociale », avait argumenté le chef de l’État pour justifier sa position.

bolivie17072014-1« A titre exceptionnel, la Defensoría de la Niñez y Adolescencia autorisera, dans des circonstances déterminées et dûment justifiées, incluant une estimation préalable de la situation socio-économique de la famille, le travail de mineurs âgés de moins de 14 ans », voilà ce que l’on peut lire dans un communiqué de la Chambre des sénateurs qui indique, dans ces cas-là uniquement, que l’emploi « ne devra pas nuire au droit à l’éducation de l’enfant ni même menacer son intégrité physique et son développement ».

De nombreux enfants en personne ont réclamé auprès du gouvernement, fin 2013, leur droit à travailler pour améliorer leurs conditions de vie. Le nouveau Code du travail pour les mineurs a été promulgué par l’Assemblée nationale, il fixe à l’âge de 10 ans l’âge minimum pour justifier le travail infantile, une activité qui doit dès lors s’exercer dans des « cas exceptionnels » et dans un cadre légal parfaitement défini.

« La limite d’âge définie de façon formelle par le Code sur l’enfance et l’adolescence est fixée à 14 ans, mais deux exceptions ont été soulevées : le travail à son propre compte (c’est-à-dire que l’enfant ne dépend pas d’un employeur), à partir de l’âge de 12 ans, ce qui est admis dans les accords internationaux, et le travail à son propre compte à partir de 10 ans », ce sont les mesures annoncées par le sénateur Adolfo Mendoza.

Le parlementaire a souligné que la nouvelle loi, approuvée de façon consensuelle par les différents secteurs, établit la validation de plusieurs points « dans le but de garantir la santé mentale et physique des mineurs et pour éviter l’exploitation infantile ».
Premièrement, le consentement de l’enfant doit être acquis, deuxièmement l’autorisation des parents, tuteurs ou responsables doit être requise, et troisièmement, une autorisation des Defensorías de la Niñez doit être accordéeIl va de soi que la question de la volonté individuelle soulève la polémique lorsque l’on sait qu’il s’agit de jeunes enfants !

bolivie17072014-3Dans ce nouveau Code, l’âge minimum de 14 ans avait été établi sans aucune exception, mais des mouvements de protestation de plusieurs entités réunissant des travailleurs mineurs ont poussé les autorités à revoir leurs fondements, car en Bolivie les enfants ont l’habitude très jeune de mener une activité rémunérée pour venir en aide à leurs familles, la pauvreté expliquant bien sûr en partie cet état de fait. L’objectif aujourd’hui est donc d’éradiquer l’extrême pauvreté pour enrayer le travail des enfants, même si de nombreux politiques s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de pauvreté.

bolivie17072014-2L’Organisation Internationale du Travail a informé qu’elle étudierait cette nouvelle législation bolivienne avec attention en soulignant que l’abaissement de l’âge légal du travail jusqu’à 10 ans l’inquiétait et faisait craindre des abus. La limite de 14 ans imposée par les traités internationaux avait suscité en Bolivie de nombreuses protestations, de jeunes syndicalistes revendiquant alors leur droit à travailler de façon encadrée tout en poursuivant leur scolarisation. Le débat autour de la loi a généré une forte polémique, mais le président en personne a souligné que, culturellement, en Bolivie, les enfants ont pour habitude de travailler « dans les zones rurales, un enfant qui sait marcher aide sa famille. Ce n’est pas de l’exploitation, c’est un sacrifice, mais c’est une question de survie même… J’ai déjà exposé cette expérience, mais personne n’a jamais voulu entendre », déclarait le chef de l’État il y a quelques mois.
L’État bolivien s’est engagé à éradiquer l’exploitation infantile enregistrée essentiellement dans les secteurs miniers et agricoles, selon des chiffres de 2001 près de 116 000 enfants de 7 à 14 ans travaillent dans le pays sans recevoir la moindre rémunération.

En Bolivie près de 850 000 enfants âgés de 5 à 17 ans travailleraient, un chiffre qui, selon plusieurs organisations, pourrait même atteindre 1 million.

« La nouvelle loi nous protégera les enfants et adolescents travailleurs, car la journée de travail est limitée à 6 heures, ainsi nous pourrons étudier parallèlement, c’est un aspect qui nous semble conforme », a indiqué satisfait le représentant de l’Union des enfants travailleurs de Bolivie (Unatsbo), Kevin Yucra, âgé de 15 ans.
bolivie17072014-4Historiquement, le thème du travail infantile a généré de nombreuses polémiques en Bolivie, mais aussi dans d’autres pays andins, comme le Pérou, où on pense qu’il est normal pour des enfants de collaborer dès petit à différentes tâches pour venir en aide à la sphère familiale.

« Dans cette région, les enfants sont considérés comme membres actifs de la société et de l’économie familiale et dès leur plus jeune âge ils jouent un rôle au sein de la communauté », a déclaré une porte-parole du bureau andin de l’ONG en charge de la défense des droits des enfants Save The Children.

« Si les enfants de 10 ou 12 ans sont autorisés à travailler, ils vont manquer l’école et entreront sans s’en rendre compte dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’analphabétisme auquel il n’est pas facile de mettre fin », s’insurgent de nombreuses organisations de protection de l’enfance.

Ces nouvelles mesures sont adoptées alors que ce pays sud-américain a ratifié en 1997 la Convention 138 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui fixe l’âge minimal pour travailler à 14 ans.