Un groupe d’indigènes isolés identifié comme le peuple du Rio Xinane a pris contact, de façon pacifique, avec une communauté indigène installée au bord du fleuve Envira, dans l’État brésilien d’Acre, à la frontière avec le Pérou.

perou31072014-1Des intervenants de la Fondation nationale de l’Indien (la Funai, un organisme gouvernemental brésilien) ont filmé il y a environ un mois les premiers contacts avec le monde extérieur de natifs qui, jusqu’alors, vivaient totalement isolés dans l’État d’Acre, une zone de la région amazonienne, des informations confirmées par une vidéo dévoilant cette rencontre. On y voit des natifs dénudés et armés d’arcs et de flèches gesticulant et se tapant sur l’abdomen pour manifester leur faim tandis que d’autres membres vêtus de shorts remettent des régimes de bananes aux deux représentants de la tribu isolée en signe de bienveillance.
« La vidéo représente l’une des scènes enregistrées au moment où les indigènes isolés sont entrés en contact avec l’équipe de la FUNAI et des Ashaninkas. Il s’agit du second jour de contact, le 30 juin », a expliqué Carlos Travassos, le directeur du département de la FUNAI.

Cette entité de protection des natifs a informé qu’elle était parvenue à prendre contact avec ce groupe d’indigènes isolés grâce à la médiation de membres de la tribu ashaninka qui sont installés au village de Simpatia, près des berges du fleuve Envira et qui reçoivent l’attention sanitaire de la Funai. La première rencontre a eu lieu le 26 juin, ils sont alors apparus en train de traverser la rivière Envira près du village de Simpatia. « Ils sifflaient et faisaient des bruits d’animaux », révèle Carlos Travassos directeur du département des Indiens isolés de la Funai au site G1 de Globo.

perou31072014-2Les anthropologues assurent pour le moment méconnaître les raisons exactes qui ont poussé ces indigènes isolés à chercher le contact avec les Ashaninkas en quittant la forêt, il se pourrait toutefois que ces derniers subissent la pression de trafiquants en tout genre qui les incitent à se déplacer. Les non contactés possédaient un fusil, probablement soustrait à un bûcheron ou abandonné en pleine forêt par l’un de ces mercenaires agissant en toute illégalité au coeur de la selva.

Ces contacts imposés par des étrangers seraient à l’origine de cas de grippe, des médecins ont fait le déplacement pour soigner les malades et les ont mis en quarantaine durant 15 jours afin d’éviter toute contagion aux conséquences désastreuses au sein de la communauté d’environ 50 membres. Selon Carlos Travassos les contacts établis ont été pacifiques et d’autres natifs ont accepté de se rendre à la base de la Funai pour être vaccinés dans les prochains jours contre le syndrome grippal, une maladie qui peut être fatale aux natifs du fait qu’ils ne possèdent aucune immunité contre les maladies « étrangères ».

La vulnérabilité des communautés indigènes isolées préoccupe de plus en plus, l’intromission illégale de trafiquants de drogue, orpailleurs, et trafiquants de bois sur leur territoire menace clairement leur intégrité physique et leur survie même. Souvent contraints d’abandonner leurs terres, les indigènes subissent une déstructuration forcée, Nixiwaka Yawanawá, un indigène de l’État d’Acre au Brésil qui a intégré l’équipe de Survival à Londres, a souhaité tirer la sonnette d’alarme en affirmant : « Je suis originaire de la même région qu’eux. Je suis très inquiet pour ces gens qui sont mes frères. Cette histoire est révélatrice de l’injustice à laquelle, nous les Indiens, sommes confrontés aujourd’hui. Ces Indiens isolés sont encore plus vulnérables que nous parce qu’ils ne peuvent pas communiquer avec les autorités. Les deux gouvernements doivent agir immédiatement pour protéger mon peuple et arrêter une catastrophe humanitaire ».
perou31072014-3De son côté Stephen Corry, directeur de l’O.N.G. Survival, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes a tenu des propos alarmants et a souhaité une nouvelle fois éveiller les consciences en affirmant : « Le Pérou et le Brésil se sont engagés à arrêter l’exploitation forestière illégale et le narcotrafic qui forcent les Indiens isolés à fuir dans de nouvelles régions. Ils n’ont pas tenu leurs promesses. Les trafiquants ont même occupé un poste gouvernemental destiné à surveiller leurs agissements. Les Indiens isolés sont désormais confrontés au même risque génocidaire de maladies et de violences qui a caractérisé l’invasion et l’occupation des Amériques au cours des cinq derniers siècles. Nous n’avons pas le droit de détruire ces Indiens ».
Au sein de l’Amazonie brésilienne, près de 67 groupes indigènes réunissant entre cinq et une centaine d’individus vivent de façon isolée.

Des experts brésiliens estiment que les indigènes isolés repérés par la FUNAI en 2006, appartenant au groupe linguistique « pano », ont franchi la frontière péruvienne après avoir subi des pressions exercées par des bûcherons clandestins et des narcotrafiquants. Selon le natif Jaminawa José Correia, l’un des individus à être entré en contact avec des représentants de la communauté non contactée, ces derniers seraient à la recherche d’armes et d’alliés pour se défendre contre les intrus.
« Ce peuple est en quête de technologie. C’est important pour leur vie parce qu’il y a une ‘guerre’ interne entre eux et en raison du contact avec des groupes non indigènes, a affirmé l’anthropologue Terri Aquino de la Funai précisant « Ils ont raconté avoir été attaqués par des non-indigènes et beaucoup sont morts après avoir contracté la grippe et la diphtérie ».

perou31072014-4Les indigènes isolés du Pérou sont confrontés à des dangers multiples qui menacent leur survie, car les autorités de ce pays sud-américain ont cédé 70 % de la forêt amazonienne pour l’exploration du pétrole et du gaz, y compris les terres ancestrales des indigènes isolés. Au Brésil, le niveau de déforestation au mois de juin 2014 a été considérable, 843 km² ont été détruits, soit 358 % de plus par rapport au mois de juin 2013.

(Aline Timbert)