La leader indigène Ruth Buendía, appartenant à la communauté asháninca* du Pérou, a obtenu, fin juillet, le XXIII prix Bartolomé de las Casas qui depuis 1991, date de sa création, est remis par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération espagnole ainsi que par la Casa de América pour récompenser le travail effectué en faveur des natifs dans le cadre de la promotion de leurs droits et de leur patrimoine ancestral.

perou25082014-1Les membres du jury ont souligné la capacité de leadership de Ruth Buendía, actuelle présidente de la Central Asháninka del Río Ene ou CARE (mandat qui doit perdurer jusqu’en 2016), une organisation qui réunit 17 communautés indigènes et 33 groupes annexes évoluant dans le bassin du fleuve Ene, la population réunie dans cette région englobe plus de 1600 habitants de l’ethnie Asháninka. Les communautés liées se trouvent dans le district de Río Tambo et de Pangoa, toutes appartiennent à la province de Satipo, dans le département de Junín. 12 des communautés affiliées résident dans la zone du parc national Otishi.
La représentante Ruth Buendía a été contrainte, il y a plusieurs années, d’abandonner sa communauté pour s’installer, avec sa mère et ses frères et sœurs, dans la ville de Satipo alors que le mouvement terroriste du Sentier lumineux menaçait la Selva centrale (1980-2000), son père a lui-même été assassiné alors qu’elle n’avait que 12 ans , c’est de là qu’elle a commencé à s’engager en faveur des organisations indigènes CARE (Central Asháninka del rio Ene) et ARPI SC (Asociación Regional de Pueblos Indígenas de la Selva Central). Elle a depuis eu l’occasion de se déplacer à maintes reprises au contact de la population dont elle est originaire pour mettre en place des projets avec les chefs des communautés.

Très mobilisée, elle est parvenue à paralyser le projet hydroélectrique de Patizipatango pour préserver l’environnement et les communautés locales qui dépendent directement de leur habitat (par exemple les fleuves peuplés de poissons, ou encore les forêts abritant une faune abondante et une flore diverse dont de précieuses herbes médicinales) pour survivre, cette construction menaçant d’inonder les terres de 10 communautés.

Actuellement la CARE se mobilise en faveur du projet forestier indigène de la ville de Satipo dans le but d’améliorer l’exploitation forestière au sein des communautés natives, ce projet se réalise avec le financement de l’Union européenne et de la coparticipation de la WWF, CESVI, Ibis et AIDESEP.

perou25082014-2Le prix Bartolomé de Las Casas a été créé en 1991 par le Secrétariat de coopération internationale et la Casa de América (Maison d’Amérique) ou palais de Linares, dans le but de saluer l’engagement d’individus, d’institutions ou d’organisations qui se mobilisent en faveur du respect des droits indigènes, et qui s’investissent au quotidien pour valoriser, entre autres, leur patrimoine linguistique, culturel, environnemental ou encore spirituel.

Tous ceux qui se sont penchés sur la Conquête et la colonisation espagnoles sur l’actuel territoire latino-américain connaissent le nom de Bartolomé de Las Casas (né en 1484 à Séville), figure de proue de la lutte en faveur des indigènes au XVIe siècle. Ce prêtre dominicain, qualifié de « défenseur des Indiens », pointa du doigt avec force et détermination les abus et même les crimes dont était victime la population indigène sous le joug des colons espagnols avides de s’enrichir et exploitant sans état d’âme la main-d’oeuvre autochtone sous le couvert d’une mission évangélisatrice. Figure marquante de la célèbre controverse de Valladolid organisée sous le règne de Charles Quint, Las Casas s’opposa fermement aux théories du théologien Sepúlveda qui justifiaient la guerre de conquête par la thèse aristotélicienne de la servitude naturelle. Selon lui, la barbarie des indigènes les condamnait à être dominés par les peuples civilisés, un assujettissement qui devait mettre fin aux violations de la loi naturelle, en particulier l’idolâtrie et les sacrifices humains, et faciliter la conversion.

En recevant ce prix, Ruth Buendía a reçu une médaille à l’effigie de Bartolomé de las Casas et la somme de 50 000 €. Cette année elle a également reçu le prestigieux prix Goldman, à San Francisco (aux États-Unis) récompensant les 6 plus grands défenseurs de l’environnement à l’échelle mondiale. Le Ministère de la femme et des populations vulnérables au Pérou (MIMP) a également rendu hommage à cette combattante pacifique asháninka.

perou25082014-3« La menace grandit autour de nos fleuves : le trafic de drogue, l’extraction de pétrole et de gaz », a affirmé la dirigeante en évoquant la fragilité de son environnement face à l’avancée des grandes multinationales souhaitant exploiter à tout prix des ressources naturelles de cette région. Elle a alors ajouté « seule l’éducation nous donnera le pouvoir de nous développer en harmonie avec l’environnement dans lequel nous vivons en maintenant notre culture », cette dernière se bat pour l’alphabétisation et la scolarisation au sein des communautés natives de l’Amazonie péruvienne.

En recevant ce prix, elle a déclaré : « Cette lutte n’a pas seulement été la mienne, mais celle des frères ashaninkas, des chefs, des leaders et des autorités ».

*Les Asháninka représentent l’une des plus importantes communautés indigènes d’Amérique du Sud. Leur territoire s’étend sur une vaste région, depuis le cours supérieur du Rio Juruá au Brésil jusqu’à la ligne de partage des eaux des Andes péruviennes.