La ministre de la Santé au Venezuela, Nancy Pérez, a affirmé mercredi qu’il n’y a « aucun virus ou maladie inconnue » sur le territoire malgré les informations relayées par certains médias qui imputent la mort d’au moins neuf personnes à l’hôpital central de Maracay, (État d’Aragua) à une maladie « rare et non identifiée ».
« Si nous enregistrions une maladie inconnue, la population serait informée. Ce n’est pas la politique de l’État de cacher quoi que ce soit », a affirmé la fonctionnaire qui a, par ailleurs, annoncé que le gouvernement allait intensifier la campagne permettant de lutter contre la prolifération des moustiques sur le territoire afin de prévenir la propagation des virus de la dengue et du chikungunya en cette période pluvieuse à haut risque.

La ministre n’a pas hésité à condamner les médias privés qui se font l’écho, selon elle, de « mensonges » après qu’ils aient publié les déclarations du Dr Ángel Sarmiento, directeur du collège de médecins d’Aragua, en faisant mention du décès suspect de huit patients de causes jusqu’alors indéterminées, à Maracay, et en faisant appel au soutien d’organismes internationaux de santé pour déterminer les origines.

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Hôpital central de Maracay

Près d’une centaine de médecins ont défendu leur collègue, lundi dernier, et ont accusé le président en place Nicolás Maduro de dissimuler sciemment des faits sur ces morts « les résultats des premières autopsies devraient déjà être annoncés et nous n’avons toujours aucune information », a affirmé Douglas León Natera, président de la fédération de médecine vénézuélienne.
Les premières victimes étaient quatre adultes et quatre enfants qui sont arrivés à l’hôpital en présentant les mêmes symptômes, des petites hémorragies, accompagnées d’une forte fièvre et qui sont finalement mortes en 72h d’une hémorragie massive. Deux nouveaux cas auraient déjà été notifiés à Maracay, mais aussi à Caracas.

Le chef de file de l’opposition au pouvoir, Henrique Capriles, a, quant à lui, signifié que le gouvernement devait donner une explication sur ce qui s’est exactement passé à Maracay en accusant les autorités de toujours vouloir politiser le moindre sujet.
Le gouverneur de l’État d’Aragua, Tareck al Aissami et la ministre communication, Delcy Rodríguez, font mention d’une stratégie « diffamatoire » visant à « angoisser la population ».
De son côté Ángel Sarmiento, avait affirmé le 11 septembre : « c’est un virus que nous ne connaissons pas et les victimes présentent des symptômes similaires : de la fièvre, des douleurs aux articulations, des tâches sur la peau, et des hémorragies ».

Le secrétaire à la santé d’Aragua, Luis López, a affirmé que les décès des patients n’étaient nullement imputables à un virus ou encore à une bactérie méconnus « pourquoi allons-nous admettre quelque chose qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’urgence, pas d’épidémie Ebola ou de mort collective ou encore une bactérie qui engendre la mort, il n’y a aucun cas de méningocoque. Si quelque chose se passait, nous serions les premiers alertés ».

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Dr Ángel Sarmiento

Les personnes décédées pourraient avoir été atteintes par la forme la plus virulente du chikungunya (fièvre hémorragique) un virus d’origine africaine véhiculée par le moustique particulièrement virulent dans les Caraïbes depuis plusieurs mois. Selon l’Organisation mondiale de la santé, dans les pays où le virus est très présent en ce moment, comme le Venezuela, 90 % des personnes qui présentent de la fièvre, des douleurs aux articulations et des taches sur la peau souffrent du chikungunya.

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Tareck El Aissami

L’État d’Aragua présente de nombreux cas de maladies tropicales, or le secteur de la santé au Venezuela connaît actuellement l’une de ses plus grandes crises, le pays manque cruellement de médicaments et de nombreux médecins réclament au gouvernement le statut d’urgence sanitaire. Les autorités ont reconnu la pénurie de médicaments et les difficultés vécues au sein des hôpitaux, mais ont affirmé que déclarer l’état d’urgence sanitaire serait disproportionné.
Il y a quelques jours le chef de l’État a dénoncé avec le gouverneur Tareck El Aissami, « une guerre psychologique » jamais vécue encore : « je n’aurais de cesse de dénoncer à partir d’aujourd’hui avec des noms et des visages ceux qui essaient d’apporter une guerre biologique au Venezuela et une guerre psychologique que nous n’avons jamais connue jusque-là ».
Les autorités dénoncent une manipulation de certains membres du corps médical (membres de l’opposition) et parlent de cas cliniques différents pour chacune des victimes mentionnées, évoquant par exemple décès de l’un des enfants d’une forme de leucémie.

Le président Maduro
Le président Maduro

Visiblement pas à une contradiction près, pendant qu’il nie la présence de toute maladie inconnue à l’hôpital Central de Maracay, Nicolas Maduro crie à la guerre bactériologique ! « On nous a dépêché des experts de la guerre bactériologique pour qu’ils puissent dire avec exactitude ce que la droite fasciste a essayé de faire dans l’Aragua », a affirmé le président vénézuélien.
« Ils ont inventé des maladies au Venezuela et nous sommes en train d’enquêter. Des médecins amis venus de partout dans le monde, dont notre sœur Cuba, qui nous a envoyé des experts en matière bactériologique pour déterminer ce qu’a essayé de faire à Aragua la droite fasciste. Le Venezuela est fort dans l’ensemble des aspects de sa vie sociale », a-t-il dit hier lors d’une cérémonie officielle à Caracas.

Il a ajouté lors de son discours « il y a une guerre internationale, une guerre qui prétend mettre le Venezuela à genoux », pendant ce temps les familles des huit victimes attendent les conclusions des analyses quant aux circonstances exactes de la mort de leurs proches.