Le président mexicain Enrique Peña Nieto a reconnu, fin septembre, devant l’assemblée générale de l’ONU, à l’occasion de la première conférence mondiale sur les peuples indigènes, que les communautés indigènes étaient victimes d’inégalités, d’injustices et de discrimination en évoquant « la réalité d’une discrimination latente ». Le chef de l’État s’est donc engagé à éradiquer ces pratiques abusives et à renforcer la coopération internationale en faisant référence à une politique transversale focalisée sur l’amélioration des conditions de vie des 15 millions de Mexicains d’origine indigène qui peuplent le territoire (soit 12 % de la population).

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Enrique Peña Nieto (discours à l’ONU)

« Le gouvernement du Mexique soutient les peuples natifs afin qu’ils accèdent à un véritable développement inclusif qui puisse améliorer leur intégration et qualité de vie sans perdre leur identité culturelle ni même compromettre le patrimoine naturel du pays », a assuré le président de la République. Il a alors affirmé que sa stratégie relative à l’inclusion sociale se fondait sur le programme « Prospera » qui a succédé à celui nommé « Oportunidades » avec lequel les instances administratives prétendent combattre la pauvreté qui atteint plus de 8 millions de personnes d’origine indigène en leur offrant de plus grandes opportunités de développement socio-économique.

Au Mexique ce sont 53,3 millions de personnes qui vivent dans des conditions de pauvreté soit 45,5 % de la population totale selon des chiffres de 2012, ce chiffre grimpe à 72 % parmi les natifs (ce qui représente 8,2 millions de citoyens). Parmi ces 72 %, 45,4 % affrontent une pauvreté modérée tandis que 26,6 % des indigènes vivent dans un état de pauvreté extrême. Les communautés indigènes souffrent de nombreuses carences dans le domaine de l’alimentation, du logement, de l’éducation, de la santé, de la justice, mais aussi de l’éducation.

Il s’agissait de la première allocution du président mexicain devant l’ONU, et c’est donc à cette occasion qu’il a affirmé sa détermination à faire en sorte que les indigènes puissent accéder pleinement aux services que ce soit dans le domaine de la justice, du logement ou encore de la santé.
Au mois de juillet dernier, la CNDH a informé que près de 8334 indigènes étaient enfermés dans des prisons mexicaines et que, parmi eux, très peu ont eu accès à un avocat ou un interprète pour les accompagner dans leur démarche, la plupart du temps ils ignorent même le motif de leur incarcération.

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Ban Ki-moon et le président mexicain

Malgré des inégalités flagrantes entre indigènes et non-indigènes au Mexique, le président a souligné devant l’ONU que la Constitution mexicaine reconnaît et garantit le droit des peuples et des communautés natives à la libre détermination, et par conséquent à l’autonomie pour décider de façon interne de leur mode de vie, de leur organisation sociale, économique, politique et culturelle (en accord avec la convention n° 169 de l’OIT).
Enrique Peña Nieto s’est engagé à construire une société de droit où les citoyens peuvent exercer leurs libertés indépendamment de leur origine éthique. Au Mexique, on estime la population indigène à environ 15 millions d’individus (environ 78 communautés différentes), ce qui place le pays en tête du continent américain, en comparaison, le Brésil compte sur près de 305 communautés indigènes différentes, mais elles réunissent seulement 900 000 individus.

Des représentantes indigènes du Mexique ont d’ores et déjà critiqué le « double discours » à New York du président en l’accusant de ne pas avoir évoqué les abus dont sont victimes les communautés indigènes. Les leaders Martha Sánchez, Felícitas Martínez, Guadalupe Martínez et Bettina Cruz ont affirmé « ce qui se produit réellement au quotidien c’est que les droits indigènes sont violés par les concessions et industries extractives et éoliennes et maintenant la réforme énergétique, et ce sans consultation préalable, libre, et documentée, c’est alors que ceux qui défendent leurs terres et leurs territoires sont criminalisés, réprimés, et enfermés ».
La population indigène est principalement représentée dans les États de Oaxaca, Chiapas, Veracruz, Yucatán, État de México, Puebla, Hidalgo et Guerrero, parmi ces États, figurent les municipalités avec les taux les plus bas concernant le niveau d’éducation, l’accès à la santé ou encore le revenu net par famille (plus particulièrement au sein des États du Chiapas, Oaxaca et Guerrero).

Preuve des tensions qui caractérisent les rapports entre les autorités mexicaines et les communautés natives, pas plus tard que fin septembre les organisations qui composent la Mission d’observation de la consultation à la tribu Yaqui ont dénoncé le gouvernement de l’État mexicain du Sonora pour une supposée « campagne raciste appelant à la haine » contre les membres de cette communauté. Les membres de la Mission ont expliqué lors d’une conférence de presse « que depuis le début de la lutte contre la construction d’un aqueduc Independencia, la tribu a été stigmatisée par le gouvernement lors d’une campagne raciste et haineuse faisant référence aux membres de la communauté comme des criminels en raison de leur engagement à défendre leur droit à l’eau ».

Mario Luna Romero
Mario Luna Romero

L’aqueduc a pour but d’apporter 75 millions de mètres cubes d’eau en provenance du fleuve Yaqui à la ville de Hermosillo, qui a souffert d’épisodes de fortes sécheresses ces dernières années. L’an passé, la Cour suprême du Mexique a informé le gouvernement du Sonora que le projet devait être abandonné s’il devait engendrer des dommages irréparables à la communauté yaqui.

« C’est une politique d’État contre les membres Yaqui, l’un des peuples qui a conservé son autonomie, son identité, sa langue et sa culture, un projet de développement avec sa propre vision… Et tout cela ennuie l’État National », a affirmé Mario Luna Romero, activiste de la communauté. Il a été arrêté par la police le 11 septembre dans la ville d’Obregón, une détention  jugée abusive. 

(Aline Timbert)