Hier, dimanche 12 octobre, ce sont 5 971 152 Boliviens qui ont été appelés aux urnes pour les élections générales visant à élire le chef de l’État, le vice-président et à rénover le Congrès pour la période 2015- 2020 (36 sénateurs et 130 députés). Cinq candidats étaient en lice pour briguer la plus haute fonction, dont le président sortant Evo Morales, et c’est ce dernier qui a remporté haut la main les élections présidentielles pour la troisième fois en s’imposant dès le premier tour avec 59,5 % des bulletins de vote (sur 84 % des suffrages dépouillés).

bolivie12102014-1Derrière le chef de l’État de 54 ans, l’homme d’affaires Samuel Doria Medina, candidat de l’opposition Unidad Democrática, n’a réuni que 24 % des voix, il est suivi du candidat du Partido Demócrata Cristiano, l’ancien président Jorge Quiroga qui a totalisé 9,6 % des suffrages. Les deux autres candidats en lice étaient l’ex-maire de La Paz, Juan del Granado, et le leader indigène Fernando Vargas, qui ont obtenu respectivement 2,7 et 3 % des voix.
Avec cette réélection, le président Morales va devenir l’homme d’État qui restera le plus longtemps au pouvoir en Bolivie (un pays historiquement instable depuis l’Indépendance), il a dédié sa victoire au leader de la révolution cubaine, Fidel Castro, et au président du Venezuela décédé, Hugo Chavez et à tous les peuples qui luttent contre le capitalisme en Amérique latine.

Après avoir eu connaissance des résultats, Evo Morales a célébré sa victoire devant une multitude de personnes réunies devant le Palais du gouvernement : « ici ce sont deux modèles qui ont été débattus, la privatisation et la nationalisation. La nationalisation a gagné avec plus de 60 % », a alors déclaré le vainqueur de la soirée. Il a remercié sur un ton populiste le peuple bolivien pour sa confiance « merci mes frères, et mes soeurs de Bolivie ».
La veille de la journée électorale, des pirates informatiques ont publié la nouvelle selon laquelle le président Morales était décédé dans un attentat, ce dernier a alors pris la parole directement pour démentir cette fausse information en accusant l’opposition d’être à l’origine de ce mouvement de panique « nous sommes vivants, il n’y a aucun accident. Nous sommes en vie pour poursuivre démocratiquement ces élections nationales ».
Les élections générales se sont déroulées dans le calme sans incident grave ou manquement, les bureaux de vote ont ouvert à 8 h du matin et, selon la législation en place en Bolivie, dès lors la circulation motorisée a été interdite, c’est donc à pied ou à vélo que les votants ont pris la direction des urnes pour accomplir leur devoir civique. Cette norme est en vigueur depuis 50 ans et elle vise à interdire l’instauration de modes de transport gratuit « offerts » par les partis politiques.

Un troisième mandat pour Evo Morales dont la victoire était annoncée

bolivie12102014-2Plus de 50 000 policiers et militaires ont garanti le bon déroulement des élections, au début de journée, le président du tribunal suprême électoral, Wilma Velasco a appelé les électeurs boliviens à se rendre avec « civisme » aux urnes. Hier, les citoyens boliviens de l’étranger ont également pu manifester leur choix, ce sont plus de 272 000 personnes résidant dans 33 pays étrangers qui ont participé aux élections, en majorité en Argentine, en Espagne et au Brésil. À cet effet, 1200 bureaux de vote ont été mis à disposition des ressortissants à l’extérieur du pays.

Evo Morales a été le premier candidat à voter, dans l’État de Cochabamba au Chapare, et en guise d’apaisement (le mot d’ordre de ces derniers mois) le vice-président, Álvaro García Linera, a été chargé d’envoyer un signal fort aux États-Unis en déclarant que la Bolivie était disposée à renouer ses relations diplomatiques interrompues depuis 2008.
Le président en place peut se targuer de sa réussite en matière économique et sociale, en 2013 ce pays sud-américain a obtenu une croissance de 6,78 %, la plus forte enregistrée jusque-là. En 2005 près de 60 % de la population vivait dans la pauvreté, en 2011 ce chiffre est tombé à 45 %. Une croissance qui s’explique surtout par les revenus générés par l’exploitation du gaz alors que les prix ne cessent d’augmenter sur le marché. Le candidat Morales a également bénéficié des dissensions au sein de l’opposition qui n’a pas été capable de présenter un candidat unique pour lui faire face, la dispersion des voix sur quatre autres candidats assurait quasiment la victoire du chef de l’État socialiste (parti MAS).

Une croissance qui explique sa réélection à la tête de l’État plurinational de Bolivie

Pour la première fois, Morales s’est même imposé dans le département prospère de Santa Cruz, une région qui jusque-là n’avait jamais été favorable à ce gouvernement et qui a même été un bastion du mouvement autonomiste en Bolivie.
Les candidats de l’opposition ont reconnu leur défaite et ont annoncé qu’il veillerait à ce que le président réélu ne s’éternise pas au pouvoir contre la législation en place qui, normalement selon la Carta Magna (promulguée en 2009) ne légitime pas plus de deux mandats successifs à la tête de l’État. Mais la nouvelle candidature du président a été validée par le Tribunal Constitutionnel.

La mobilisation hier a été forte, il faut savoir que le vote est obligatoire, et que ceux qui n’accomplissent pas leur devoir civique sont punis par une amende et l’incapacité d’effectuer des transactions bancaires pendant trois mois.
Deux jours avant les élections, la vente et la consommation de boissons alcoolisées sont interdites pour éviter tout trouble à l’ordre public.
Des représentants (200 observateurs internationaux) de l’Organisation des états américains (OEA), de l’Union des nations sud-américaines, et du Parlement européen se trouvaient sur place pour veiller au bon déroulement du scrutin.

bolivie12102014-3Sous l’égide du mandataire d’origine aymara Evo Morales, le pays a su réduire la pauvreté d’une façon spectaculaire, la nationalisation d’entreprises pétrolières, minières et de gaz, mais aussi de télécommunications ont permis le financement de programmes sociaux venant en aide aux plus démunis, mais aussi le financement d’ouvrages publics. Au-delà du soutien de bon nombre de communautés indigènes, Morales a su convaincre, au fil de ses années passées au pouvoir, les autres secteurs de la société. Il est à noter une forte implication des communautés indigènes, afro-boliviennes, des femmes et de la jeunesse lors de ce processus électoral, des informations données par le Haut commissaire pour les droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies, Dennis Racicot.

« C’est un État plurinational, des élections démocratiques, la mise en œuvre de la représentation interculturelle, qui sont des éléments nouveaux dans un pays qui progresse quant à l’intégration des peuples autochtones », a noté Racicot tout en rappelant que le processus électoral en Bolivie est unique.

(Aline Timbert)