Les fortes pluies qui frappent le Nicaragua depuis une quinzaine de jours ont fait au moins 28 morts et des milliers de sinistrés, c’est le triste constat émis par les autorités du gouvernement nicaraguayen, pays d’Amérique centrale particulièrement sujet aux intempéries entre le mois de mai et le mois de novembre. Ce sont plus de 60 000 personnes qui sont affectées et près de 5500 personnes qui ont dû être évacuées pour échapper aux inondations et glissements de terrain meurtriers, des informations données par le porte-parole du gouvernement, Rosario Murillo.

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Victime à Managua

6380 maisons ont été partiellement ou totalement détruites, et ce sont 1082 familles qui ont trouvé refuge dans les 105 abris provisoires mis à disposition des sinistrés.
Malgré les dégâts occasionnés par les précipitations, les autorités espèrent que ces pluies vont se prolonger, car le pays a enduré une terrible sécheresse de plusieurs mois. Plus de 5000 paquets alimentaires ont été mis à disposition des sinistrés dans la zone Caribe Norte pour venir en aide aux 25 000 personnes affectées, des informations données par la coordinatrice au conseil de communication et de la citoyenneté.

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Aide apportée aux sinistrés

« Nous avons préparé quelque 5018 paquets alimentaires solidaires pour la zone Caribe Norte et ses 25 000 personnes placées en situation d’urgence par les autorités régionales en raison des pluies et de la crue des cours d’eau ». Les pluies qui ont frappé ces derniers jours le Nicaragua ont affecté 17 départements, 14 d’entre eux avec des dégâts significatifs pour un total de 63 municipalités et 210 communautés. Pour répondre à l’urgence, 20 hébergements provisoires ont été mis à disposition ainsi que 82 maisons solidaires qui font office de refuge, 1013 familles sont hébergées à Managua et 5065 dans le reste du pays. Concernant les dommages matériels, 5852 maisons ont été endommagées, 4805 foyers ont été inondés, 102 maisons ont été totalement détruites, 64 partiellement endommagées et les habitants de 391 maisons ont été évacués préventivement en raison de leur emplacement à risque. Ce sont 224 km de routes et chemins qui ont été partiellement affectés ainsi que des ponts.
Concernant les cultures, les autorités font mention de la perte de 805 parcelles de cultures de riz, de haricots, de maïs et d’arbres fruitiers en raison de la crue survenue au niveau de l’embouchure du Rio Grande.

La saturation des sols desséchés a été rapide et pour cause, le Nicaragua a traversé cette année la pire sécheresse enregistrée dans le pays depuis 30 ans, il s’agirait des conséquences directes du phénomène climatique El Niño.
« Le comportement des précipitations de l’année 1976 et 1992 est très similaire d’un point de vue climatique aux conditions de l’année 2014 », affirmait il y a quelques mois le directeur de la météorologie de l’Ineter, Marcio Baca. Le manque de précipitation qui a été enregistrée jusqu’à la mi-octobre a causé la mort de plusieurs milliers de têtes de bétail et la perte de nombreuses cultures. Le secteur agricole et l’élevage ont été fortement impactés par la sécheresse, or ces secteurs représentent respectivement 18 et 10 % du produit intérieur brut du Nicaragua.
Au mois d’août, le gouvernement du Nicaragua recommandait même à la population d’élever des iguanes pour la consommation de leur chair afin de faire éventuellement face à un manque alimentaire engendré par une sécheresse prolongée. Guillermo Membreño, spécialiste en agroalimentaire soulignant la haute valeur nutritive de la viande d’iguane avec 24 % de protéines contre 18 % pour la viande de poulet. Les habitants ont également été invités à semer un arbre appelé marango, qui nécessite peu d’eau et dont les feuilles peuvent être consommées.

nicaragua27102014-3Comme au Nicaragua, la chasse et la vente de ce type de reptiles sont interdites à certaines époques de l’année, les autorités recommandent à la population de créer des vivariums appelés « iguanarios » pour ne pas mettre à mal les populations de reptiles qui évoluent librement dans la nature.
Depuis le début de la période pluvieuse, les précipitations enregistrées se sont réduites de 50 % comparés à celles accumulées lors des années précédentes, la sécheresse s’est accompagnée d’une augmentation des températures de 6 à 7°C.
La sécheresse est à l’origine de conséquences dramatiques dans les secteurs économiques, sociaux et environnementaux, les populations les plus affectées sont les enfants ainsi que les personnes âgées qui, face à la perte des cultures, voient l’approvisionnement en aliments se réduire au sein de leur foyer.

Le besoin en aliments est urgent, le programme alimentaire mondial des Nations unies a préparé durant l’été 46 000 paquets alimentaires contenant des haricots rouges, du riz, du maïs et d’huile pour les remettre aux familles les plus démunies dans les zones rurales.
« Le changement climatique est à l’origine de phénomènes multiples qui exigent une attention immédiate pour prévenir la détérioration de la santé et la nutrition des personnes, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées. La sécheresse est l’un des phénomènes les plus spectaculaires qui frappent un foyer. Lorsque les cultures sont affectées par le manque de pluie, les familles perdent la possibilité de percevoir un revenu et d’avoir des réserves en nourriture nécessaire pour le reste de l’année », a déclaré le représentant du PAM au Nicaragua, Helmut W. Rauch.

nicaragua27102014-4« Nous croyons que l’impact de la canicule prolongé et très inquiétant et menace la sécurité alimentaire et la nutrition dans les régions d’El Salvador, Guatemala, Honduras et Nicaragua », déclaraient dans un communiqué commun le directeur régional  du Pam (Programme alimentaire mondial), Miguel Barreto, et le coordinateur méso-américain du FAO, Ignario Rivera, à la fin du mois d’août.

45 % de six millions de Nicaraguayens vivent dans la pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour.

L’intensité des précipitations de ces 15 derniers jours ont d’autant plus surpris les autorités qu’il ne s’attendait pas à cela après quatre mois de sécheresse qui ont mis en péril la sécurité alimentaire de 45 000 familles dans la zone du Pacifique nord appelé le « Couloir sec » ou Corredor seco ».

Des pluies très attendues donc, mais qui ont pris la vie à 28 personnes.