Dans un rapport rendu public il y a une semaine, l’ONU a fait part de sa préoccupation concernant la sécurité en Colombie en rappelant que les bandes criminelles menacent l’équilibre et la sécurité de ce pays sud-américain. Les Nations unies font mention de la violence infligée par les bandes criminelles issues de la démobilisation des forces paramilitaires d’extrême droite (comme Las Autodefensas Unidas de Colombia ou AUC) lors d’un processus de paix controversée amorcée par l’ancien président de la République Álvaro Uribe.

colombie23032015-1Aujourd’hui, ces anciens paramilitaires sont mêlés à du trafic de drogue ou encore à des activités minières clandestines, ils opèrent dans différentes régions du territoire et sont souvent liés au crime organisé. Dans le rapport, on peut lire la conclusion suivante : « Le principal objectif en matière de sécurité publique reste la violence des groupes armés surgis après la démobilisation qui ont des liens avec le crime organisé. Cette violence affecte les droits des populations qui vivent dans des zones où les groupes se disputent le contrôle de revenus illicites engendrés par le commerce de la drogue, l’extorsion de fonds, l’activité minière illégale, la prostitution, la traite d’êtres humains, et la migration illégale ».

Todd Howland, le représentant en Colombie du Bureau du Haut-commissariat aux droits de l’homme, a ,de son côté, souligné que la violence engendrée par ces bandes criminelles se fait est visible dans différentes régions du pays avec des menaces et des déplacements forcés de civils, mais aussi des assassinats.

Selon les chiffres communiqués par les forces de l’ordre, trois bandes criminelles opèrent actuellement sur le territoire colombien et réunissent environ 2000 intégrants qui ne militent pas pour une idéologie politique, mais qui sont entièrement motivés par le trafic de drogue. Pendant leur apogée, ces groupes criminels ont pu réunir jusqu’à environ 9000 membres, des actions menées par les forces armées ont permis la réduction de ce chiffre.
 » L’État doit potentialiser au maximum les opportunités économiques et les offres d’emploi pour les jeunes afin d’offrir des alternatives viables et faire en sorte qu’ils ne rejoignent pas ces groupes criminels », préconise le rapport.

Le processus de paix en cours avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), enclenché depuis 2012, fait craindre à plusieurs experts que les zones actuellement occupées par la guérilla soient récupérées par les combattants qui abandonnent les armes dans le but de renouer avec des activités criminelles.
Lors de la présentation de ce rapport, le bureau du Haut Commissariat aux droits de l’homme a incité les autorités colombiennes à mettre en oeuvre une stratégie globale pour combattre ces groupes illicites qui menacent plus directement les défenseurs des droits de l’homme, les leaders de communautés rurales, les agents de l’État et le représentant des forces de l’ordre. Entre janvier et octobre 2014, 45 assassinats d’activistes colombiens ont été reportés ainsi que 18 tentatives d’homicide. Les activités de ces groupes violents et clandestins poussent les populations à l’exil, un déplacement forcé qui a aussi des conséquences sur les conditions de vie des habitants, depuis 2010 près de 250 000 personnes ont été contraintes d’abandonner leurs territoires sous la menace. Certains doivent quitter leur lieu de naissance sous le coup de menaces ou d’autres préfèrent abandonner sciemment leur lieu de résidence pour éviter de se retrouver pris au piège des affrontements entre bandes criminelles et forces de l’ordre. Les communautés rurales indigènes sont les principales victimes de ces déplacements internes et de ces manifestations violentes.

Entre 2003 et 2006, environ 32 000 membres de milices paramilitaires ont été démobilisés en accord avec le gouvernement du président Álvaro Uribe (2002-2010), ils ont alors reçu des peines réduites en échange d’indemnités données aux victimes et d’aveux (confessions de leurs crimes). Cela fait maintenant plus d’un demi-siècle que le conflit armé pollue la vie démocratique colombienne, 220 000 personnes ont perdu la vie et plus de 5 millions d’individus ont subi un déplacement interne forcé.
Parmi les régions frappées par la violence, Buenaventura (Valle del Cauca), zone particulièrement touchée par les actions violentes, Guillermo Fernández Maldonado, représentant adjoint du Bureau du Haut commissariat pour les droits de l’homme a affirmé « l’action policière est indispensable contre ces groupes qui non seulement menacent la sécurité citoyenne, mais qui peuvent aussi ruiner l’un des piliers du processus de paix, à savoir la restitution des terres. »
Concernant ces bandes criminelles, il a précisé : « On prend des mesures préventives pour éviter que les jeunes de ces régions intègrent ces groupes de délinquants en promouvant l’éducation, l’accès à l’emploi, ce sont aussi des moyens de prévenir l’augmentation de la violence dans les recoins du pays, encore plus maintenant avec la démobilisation des FARC, on ne peut pas les laisser intégrer des groupes délictueux comme l’ont fait les paramilitaires ».

L’actuel président de la République de Colombie, Juan Manuel Santos, a annoncé il y a quelques jours la majoration de la récompense promise aux personnes susceptibles de fournir des renseignements pour permettre l’arrestation des protagonistes de la principale bande criminelle du pays, le Clan Úsuga aussi connu sous le nom de bande criminelle « bacrim » . Les Urabeños o Autodefensas Gaitanistas de Colombia sont nés après la démobilisation d’environ 32 000 paramilitaires, il s’agit de la bande la plus structurée et la plus importante du pays. Le chef de l’État a promis une récompense de 570 000 dollars pour la capture du leader Dairo Antonio Úsuga David, alias Otoniel.

« Le clan Úsuga est un objectif précieux, et nous n’allons pas arrêter jusqu’à ce qu’il soit totalement démantelé », a signalé M.Santos depuis Apartadó, une ville de la région Urabá, située au nord-ouest du pays où l’organisation mafieuse a vu le jour.