paraguay28052015

L’Organisation des Nations Unies continue à exercer une forte pression sur le gouvernement paraguayen afin que les autorités de ce pays d’Amérique du Sud autorisent l’avortement d’une petite fille de 10 ans qui est actuellement enceinte de 24 semaines. La fillette a été violée par son beau-père et malgré la mobilisation autour de son cas qui suscite beaucoup d’émotion, elle n’a pas été autorisée à mettre fin à sa grossesse.

Le gouvernement ne semble pas prompt à céder à la pression internationale bien que les experts de l’ONU ou encore d’Amnesty International tirent la sonnette d’alarme en assurant que la fillette met sa santé en danger en portant cet enfant. Au Paraguay, en cas de risque pour la mère, l’avortement peut se justifier, mais jusqu’alors personne n’a pris la décision de légitimer une IVG thérapeutique.

Selon l’ONU, la décision du Paraguay est source de « violations graves » aux droits de l’enfant, un appel a été lancé pour qu’elle puisse avoir accès « à tous les soins nécessaires ».

« Malgré les réclamations de la mère, de la petite fille, et des experts médicaux d’interrompre cette grossesse, qui met en danger la santé de la fillette en situation de risque, l’État n’a pas pris les mesures adéquates pour protéger son intégrité physique et mentale, y compris la vie d’une enfant de dix ans », une déclaration faite par un expert de l’ONU.

La mère de l’enfant a sollicité une interruption de grossesse pour sa fille, mais cela lui a été refusée, au Paraguay l’avortement est interdit sauf si la grossesse met en péril la vie de la future maman, visiblement les autorités ont jugé que ce n’était pas le cas de cette fillette victime des violences sexuelles de son beau-père de 42 ans actuellement en détention.

La ministre de la Santé du Paraguay, Antonio Barrios a déclaré au quotidien paraguayen ABC que l’avortement « a été totalement écarté » car il y a un fort « espoir de dénouement heureux » pour cette grossesse. Le ministre a ajouté que la petite fille était en bonne santé et que sa grossesse était trop avancée désormais pour envisager une interruption.

De son côté Amnesty International a souligné que le temps filait et « que le monde scrutait le Paraguay« . La situation de cette petite fille suscite une vive émotion y compris sur le territoire national, des femmes ont protesté devant des bâtiments officiels pour réclamer des peines plus sévères contre les violeurs.

Selon, l’OMS, le risque de mortalité maternelle est bien plus élevé parmi les adolescentes de moins de 15 ans et les complications à l’accouchement sont fréquentes. Au Paraguay près de 600 adolescentes de moins de quatorze ans tombent enceintes chaque année. Pour sa 21e semaine de grossesse, la fillette pesait seulement 34 kilos, une petite fille de faible constitution, qui a reçu des traitements et des soins afin de prendre un peu de poids.

« Nous ne pouvons pas parler de torture parce qu’il n’y a pas volonté de torturer, mais il s’agit d’un traitement cruel, inhumain et dégradant« , a déclaré Mendez, le rapporteur de l’ONU. « La loi ne peut pas être aussi rigide. L’État paraguayen se doit de trouver une solution à cela. Les institutions sont tenues de concilier le droit à la vie et la santé des gens », a-t-il ajouté.
Le Gouvernement paraguayen a souligné que la santé de l’enfant était surveillée chaque jour, et qu’elle était placée sous la garde de la justice paraguayenne vu que sa mère et son beau-père sont actuellement emprisonnés. La mère de la fillette a en effet été incarcérée, elle est soupçonnée d’avoir caché les abus sexuels que son compagnon lui infligeait.

« Il est incompréhensible que les autorités continuent à ignorer ses obligations internationales en ne voulant pas voir l’urgence de la situation et en ne permettant pas à une jeune fille de 10 ans violée et manifestement enceinte de son beau-père de choisir toutes les options possibles, y compris l’option d’un avortement sûr pour garantir sa vie, et sa santé physique et mentale à court, moyen et long terme », des propos tenus par Amnesty International.

Plus de 150 000 membres et sympathisants d’Amnesty dans le monde ont signé une pétition pour demander que cette fillette ait accès à toutes les options médicales.

« Il est difficile de comprendre un tel acharnement pour obliger une fillette, qui a déjà subi des viols, à mener à terme cette grossesse à haut risque. Les conséquences physiques et psychologiques seront probablement dévastatrices et s’apparentent à de la torture », a déclaré Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

Cependant, le Paraguay est un pays très conservateur et le gouvernement ne semble pas disposé à changer de cap. La propre juge aux enfants chargée du dossier de la fillette en question, Pili Rodriguez, rappelle que les lois du pays sont très claires et que sans un rapport médical précis mentionnant de réels risques pour la santé, une grossesse ne peut être interrompue. Au Paraguay, Pili Rodríguez, a rappelé qu’aucun avortement sur mineure n’a jamais été officiellement autorisé.

« Dans une société pluraliste comme le Paraguay, beaucoup reconnaissent le caractère moral de l’avortement et adhèrent à des politiques publiques qui défendent le droit des femmes de décider des questions liées à leur santé en matière de procréation. Avec des catholiques du monde entier, nous demandons aux autorités du Paraguay de protéger la santé des fillettes dans le pays », a affirmé Jon O’Brien, président de Catholics for Choice.