bolivie22062015

Hier dimanche 21 juin, jour du solstice d’hiver dans l’hémisphère sud, des milliers de Boliviens ont accueilli les premiers rayons du soleil si emblématiques dans ce pays aux fortes traditions indigènes, un événement qui marque le Nouvel An dans les Andes et dans la partie amazonienne. Les communautés indigènes ont ainsi célébré l’année 5523 (selon leurs calculs, cinq siècles de 1000 ans d’existence du Tiwanaku ajoutés aux 523 ans qui marque le début de l’invasion espagnole en 1492).

Le président de la République, Evo Morales, d’origine aymara, a assisté à la cérémonie la plus importante qui s’est tenue au Salar de Uyuni, l’immense mer de sel est située dans le département de Potosi, l’un des lieux touristiques les plus fréquentés du pays qui est également considéré comme un centre énergétique. L’apogée de ce rite a donc été atteint lorsque sont apparus les premiers rayons du soleil qui, selon la tradition andine, arrivent chargés d’énergie pour féconder la terre. À 3600 m d’altitude, le salar d’Uyuni est le plus grand lac de sel du monde avec une superficie de 12 185 km², soit deux fois la surface du Grand lac Salé des États-Unis.

C’est sur la fameuse île de Incahuasi que le chef de l’État a attendu le passage à « Willka Kuti » en rendant hommage par des offrandes, des prières à la Terre mère, la Terre nourricière appelée par les peuples andins Pachamama. Paré d’un poncho blanc confectionné en laine d’alpaga, (animal emblématique dont la qualité de la laine est particulièrement appréciée), afin de supporter les frimas de l’hiver en haute altitude, Evo Morales a demandé de la force, de l’intelligence et de la sagesse, entouré de prêtres et de leaders indigènes, afin que la « Bolivie continue à avancer ».

Ce ne sont pas moins de 200 célébrations qui ont eu lieu dans différentes régions de ce pays sud-américain, en particulier dans des zones considérées comme sacrées par les natifs, parmi lesquels les ruines archéologiques de Tiahuanaco, à La Paz ou encore le Fort de Samaipata, le plus grand pétroglyphe au monde situé dans la région de Santa Cruz.

En Bolivie, le ministre des Cultures a choisi 80 lieux sur tout le territoire national (parmi lesquels Samaipata, Tiwanaku, Kuruyuki, Illampu, Cobija, Isla Incahuasi, Roca Sagrada de los Chimanes, Tarabuco, Konko Wankani, Sabaya Illimani (Ánimas), Qaqaqi Huayna Potosí, Inkallajta, Sajama, Ch’alla Pampa ou encore Isla del Sol), endroits où se tiennent les différentes cérémonies et activités culturelles auxquelles assistent les représentants de l’État.

Le gouverneur de la Paz, Félix Pátzi a ainsi reçu le Nouvel An sur les ruines de Tiawanaku, les mains levées, comme le veut la tradition, vers l’astre lumineux pour capter son énergie, un geste également réalisé par Evo Morales devant les objectifs. C’est à 06:00 que ce geste fort en émotions visant à accueillir un nouveau cycle solaire a été réalisé par le mandataire devant des centaines de participants qui ont souhaité rendre hommage à la Pachamama et au soleil (le dieu Inti selon les croyances précolombiennes appelée affectueusement Tata Inti) au coeur de l’altiplano où les conditions de vie sont particulièrement rudes à l’approche de l’hiver.

Evo Morales a salué pendant cet acte officiel « le triomphe du peuple et la déroute de l’empire (empire espagnol à l’origine de la conquête et de la colonisation) qui pendant de longues années a dominé, pillé les ressources naturelles, humilié et véhiculé le haine en cherchant à éliminer le mouvement paysan des peuples originaires » ajoutant « pour le 5523e Machaq Marka, nous sommes debout comme des soldats de la Mère Terre, comme des soldats de notre processus de changement et nous sommes là pour poursuivre notre libération mes frères et mes soeurs ».

Depuis l’année 2009 (Décret 173 du 17 de juin 2009), Evo Morales a déclaré le 21 juin comme étant un jour férié afin de célébrer le Willka Kuti en bonne et due forme à travers le pays. Le soleil comme élément essentiel à la vie (à la production et à la reproduction) est plus que jamais célébré durant le solstice d’hiver dans l’hémisphère sud où la nuit est la plus longue de l’année. Il s’agit d’un témoignage de la parfaite harmonie et du profond respect qui unit l’homme andin à son environnement naturel, un témoignage de reconnaissance pour des communautés qui respectent et honorent la Nature pour ses bienfaits agricoles entres autres, et non comme une source d’enrichissement qui justifie sa mise à mal.

Le Nouvel An andin, très enraciné dans les cultures aymara et quechua est également célébré au Pérou, au Chili et en Équateur, cette célébration est liée au calendrier agricole et obéi à une conception circulaire du temps selon les experts.