colombie02072015

Le Parc naturel Los Katíos situé au nord-ouest de la Colombie n’apparaît plus sur la Liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO depuis le mardi 30 juin 2015, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture a jugé les mesures de protection adoptées par les autorités de ce pays sud-américain comme probantes.

« Après avoir souffert de dommages étendus en raison de la déforestation, de la chasse et de la pêche illégales, des activités qui ont proliféré dans un climat de conflit armé dans la zone, Los Katíos avait été inscrit sur la liste à la demande du gouvernement de Bogota. Après une observation réalisée par l’Union internationale pour la conservation de la Nature qui a enregistré des progrès, le parc a été retiré de la liste », une information révélée par l’UNESCO à Bonn, en Allemagne où s’est tenue l’assemblée annuelle de son comité du patrimoine.

Même si la pacification n’est pas complète dans cette région, les responsables du parc ont augmenté les patrouilles sur la zone, de même que la coopération avec les communautés locales pour réduire les activités illégales et leurs conséquences néfastes sur l’environnement.

Gabriel Vallejo López, ministre de l’Environnement et du Développement durable a souligné les avancées en matière de conservation des parcs naturels du pays et a affirmé que ce retrait est une victoire qui témoigne des efforts déployés par les employés du parc pour donner une meilleure visibilité à ces lieux emblématiques du territoire national qui offrent un patrimoine naturel d’exception.

Pour parvenir à ce résultat, l’État colombien s’est penché sur chaque menace qui pesait sur cette zone protégée depuis 2009. « C’est ainsi que nous pouvons célébrer une fois encore le fait que l’UNESCO reconnaisse la valeur et le travail sur ce site de l’humanité », a ajouté le ministre durant une allocution donnée dans la capitale colombienne.

Tim Badman, directeur de la UICN a, quant à lui, déclaré « C’est à cela que sert la Liste du patrimoine mondial en péril. C’est un mécanisme constructif pour stimuler des efforts conjoints, nationaux et internationaux, destinés à adopter des mesures concrètes face aux menaces contre notre patrimoine commun ».

S’étendant sur 72 000 ha dans le nord-ouest de la Colombie, le Parc de Los Katios, inscrit en 1994 sur la Liste du patrimoine mondial, englobe des collines basses, des forêts et des plaines humides. Il propose une diversité biologique exceptionnelle et sert d’habitat à plusieurs espèces animales menacées, ainsi qu’à de nombreuses plantes endémiques.

Le parc abrite environ 450 espèces d’oiseaux, soit approximativement 25 % et 50 % de l’avifaune de la Colombie et du Panama. Los Katíos est un lieu d’exception Amérique du Sud pour le grand nombre d’espèces typiquement centre-américaines que l’on peut rencontrer. C’est l’unique aire protégée de cette région de la Colombie et par conséquent l’ultime refuge pour de nombreuses espèces qui, sans lui, pourraient disparaître totalement. Le parc est aussi un abri privilégié pour plusieurs espèces animales menacées telles que le crocodile américain, le fourmilier géant ou encore le tapir d’Amérique centrale. Preuve de sa valeur biologique, près de 20% des espèces végétales qui peuplent le parc sont endémiques à la région du Chocó-Darién.

Le parc est sous la juridiction des départements de Chocó dans les municipalités de Unguía (2 %), Riosucio (63 %) et d’Antioquia dans la municipalité de Turbo (35 %), une grande diversité socio-économique et culturelle anime cette région ou des communautés différentes cohabitent (Afro-Colombiens, indigènes et métis).

Cet espace naturel est situé dans la région de Darien qui comprend 7 des 23 biomes qui existent dans le pays, dont deux d’entre eux se trouvent dans le parc : la forêt tropicale humide, et la forêt tropicale très humide. Le parc présente des zones humides importantes, y compris le vaste Ciénagas de Tumaradó.

Los Katíos a joué et joue encore un rôle prépondérant dans l’histoire biogéographique du continent américain. Sa situation géographique, au nord de la Colombie, en a fait un filtre ou une barrière à l’échange de faune entre les Amériques durant le Tertiaire. Les scientifiques estiment qu’il s’agit d’un refuge du Pléistocène, hypothèse confirmée par la forte présence de plantes endémiques.

« Une fois que le parc a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril, ce que nous a dit l’UNESCO c’était de concevoir une stratégie que nous appelons le plan d’urgence. Nous avons commencé à travailler main dans la main avec les forces de sécurité, avec les communautés autochtones, avec les pêcheurs. Nous devions envoyer un rapport annuel sur la façon dont le plan progressait. Il est également vrai que l’ordre public s’est amélioré et nous sommes entrés en contact permanent avec la communauté autochtone, nous avons établi des accords avec eux », a déclaré la directrice des parcs nationaux, Julia Miranda.

En 1973, Los Katíos est devenu parc national et en 1994 il a rejoint la liste du patrimoine naturel mondial de l’UNESCO pour ses richesses naturelles et sa contribution au développement de la région, entre autres choses. Cependant, en 2009, le gouvernement de la Colombie a demandé à inclure le parc sur la Liste du patrimoine en péril en raison du nombre élevé de menaces.

« Bien sûr, à cette époque, le parc était menacé, mais la situation a beaucoup évolué depuis 10 ans. L’équipe du parc travaille avec la communauté locale, avec les Indiens, avec Afro-Colombiens, avec les pêcheurs. Ceci est pour nous une avancée parce que nous n’étions pas dans le parc et nous avons maintenant le contrôle sur l’exploitation forestière illégale, il y a eu des opérations menées avec l’armée. Dans ce parc et dans tous autres, l’heure est la surveillance, nous devons être vigilants en exerçant un contrôle en freinant les menaces qui existent sans doute dans tous les parcs », a ajouté Julia Miranda.