perou05082015

Une équipe d’interprètes du ministère de la culture péruvien a amorcé à la mi-juillet une approche pour prendre contact avec les communautés indigènes mashco-piro vivant volontairement isolées du reste du monde dans la région de Madre de Dios. Cette information a été donnée par la vice-ministre à l’Interculturalité, Patricia Balbuena, une décision qui a été prise après que les natifs aient pris le risque à cinq reprises au cours de ces derniers mois d’entrer en contact avec des populations communautaires de la région limitrophe avec la Bolivie et le Brésil. Au mois de mai passé, un petit groupe de la communauté mashco-piro a tué d’une flèche dans la poitrine un intégrant de la communauté Shipetiari n’hésitant pas à attaquer d’autres membres sur le chemin.

Ce même groupe avait été pris à partie à différentes reprises sur les rives du fleuve Alto Madre de Dios toujours à proximité du territoire Shipetiari. L’année dernière, les autorités ont enregistré 70 intromissions d’indigènes isolés dans des villages obligeant parfois les locaux à abandonner provisoirement leur habitat sous la pression, en effet armés d’arcs et de flèches ils ont insufflé un vent de panique.

Balbuena a déclaré, lors d’une conférence de presse, que les traducteurs du ministère de la Culture on réalisé une étude sur le terrain pour en apprendre davantage sur leurs préoccupations et leurs besoins afin d’assurer leur intégrité physique.
« Nous avons estimé que nous sommes face à une situation particulière que nous devons traiter. Et cette famille ou d’un clan qui a émergé, dans les faits, il semble qu’il ne se déplace pas (mais) plutôt qu’il cherche à s’établir dans la zone », a déclaré la vice-ministre à la Multiculturalité.

Une mise en contact non contrôlée pourrait avoir un impact catastrophique sur les populations isolées qui ne bénéficient d’aucune défense immunitaire contre les maladies « étrangères ». La vice-ministre précise que le Pérou répertorie environ 5000 Indiens dans un état d’isolement ou de premier contact dans toutes les régions amazoniennes.

Des natifs yine de la région, qui s’expriment dans langue proche à celle des Mashco-Piro, vont tenter de communiquer avec la tribu.

Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, s’est exprimé sur la décision du gouvernement péruvien d’entrer en contact avec ces natifs isolés dont le comportement a surpris ces derniers mois en invoquant des règles élémentaires :

1) Si des équipes médicales spécialisées et des auxiliaires de santé ne se trouvent pas déjà sur place en prévision d’un contact, ils doivent s’y rendre immédiatement après avoir été mis en quarantaine le temps nécessaire, et après avoir reçu la formation et l’équipement adaptés aux circonstances propres à la phase de contact initial. Ils doivent rester sur place pendant une longue période, mais ils doivent s’assurer de ne pas favoriser la dépendance des peuples indigènes à leur égard.

Cette recommandation, bien qu’elle soit élémentaire, a peu de chances d’être respectée.

2) La terre de la tribu doit être protégée afin que sa propriété et son utilisation lui soient garanties et ses frontières doivent être surveillées pour empêcher que des personnes non autorisées s’y introduisent. Ces dernières doivent également être tenues à distance si les peuples ont volontairement franchi les limites de leurs propres terres.

Le contact doit être initié par la tribu elle-même et non pas lui être imposé, puisque presque tous les contacts causent des victimes.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a affirmé : « La reconnaissance des droits territoriaux est la clé pour empêcher l’anéantissement des tribus amazoniennes – tous les peuples indigènes isolés encourent la catastrophe si leurs territoires ne sont pas adéquatement protégés. Les droits territoriaux des Mashco-Piro sont inscrits dans la législation nationale et internationale et la survie de la tribu dépendra largement de la manière dont leurs droits seront respectés ».

Survival s’oppose également aux appels lancés par les anthropologues américains Robert Walker et Kim Hill dans la revue Science Magazine à un « contact contrôlé » puisque cela risquerait de conduire à des contacts forcés avec d’autres communautés isolées.

Un deuxième groupe de Mashco-Piro, plus nombreux et apparemment en bonne condition physique, a suscité l’intérêt de la presse mondiale en abandonnant la forêt luxuriante et en demandant des biens à une communauté indigène sédentarisée.

Toutefois, comme le souligne Survival, même si quelques tribus isolées font le choix d’entrer en contact à de rares occasions avec d’autres groupes indigènes pour échanger des biens, cela ne signifie pas qu’ils souhaitent se sédentariser ou entrer en contact permanent avec la société dite « moderne ».

La Fédération native du Río Madre de Dios et affluents (Fenamad) avait indiqué lors de la dernière incursion d’indigènes isolés que ces derniers étaient contraints d’adopter un comportement radical en raison de l’invasion de leurs propres terres par des trafiquants de bois, ou encore des mineurs clandestins, un trafic qui gangrène la zone. L’organisation Survival a sollicité à différentes reprises le président de la république péruvien, Ollanta Humala, afin qu’il protège les terres ancestrales des Mashco Piro comme celles d’autres communautés natives ayant fait le choix de vivre isolées selon leur propre mode de vie et croyances ancestrales.