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L’accord sur la justice transitionnelle scellé par le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mercredi 23 septembre, à La Havane, vient de générer une vague d’optimisme et de satisfaction au niveau international, les deux parties ont en effet annoncé un dénouement imminent au conflit armé qui gangrène le pays depuis des décennies maintenant.
« C’est la meilleure nouvelle depuis longtemps parce que pour la première fois en 150 ans le continent latino-américain sera libéré de la guerre », a déclaré hier le ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Garcia-Margallo. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a qualifié l’accord de « grand pas en avant ».

Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a félicité les deux parties pour un accord qui représente un « Progrès significatif vers un accord final de paix et qui place la Colombie plus proche que jamais de la fin du plus long conflit armé de l’hémisphère ».
Le gouvernement vénézuélien a exprimé sa « satisfaction profonde et historique » après l’annonce de l’accord signé à Cuba. L’accord signé mercredi à La Havane entre le président de la Colombie, Juan Manuel Santos, et le leader des FARC, Rodrigo Londoño, alias Timochenko est une étape importante vers la paix, il doit mettre définitivement fin au plus vieux conflit armé de l’Amérique latine, une guerre qui depuis 50 ans a fait plus de 225 000 victimes et plus de six millions de personnes déplacées.

« Nous sommes convaincus que le XXIe siècle est (un) siècle pour résoudre les différends et les questions en suspens sur le continent par le dialogue », a déclaré le président de la Bolivie, Evo Morales.
La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a exhorté les Colombiens, la communauté internationale et les opposants à saisir l’occasion d’un accord de paix définitif en Colombie. Et si cet accord souffle un vent d’optimisme, l’ancien président colombien Alvaro Uribe a déclaré que l’accord de justice transitionnelle signé entre le gouvernement de son successeur, Juan Manuel Santos, et la guérilla des FARC favorise l’impunité.

De son côté, le président Santos a insisté sur le respect des victimes que, selon lui, cet accord prévoit: « Il y a un an, des représentants des victimes sont venus ici pour discuter avec les négociateurs. Je suis ici pour dire au monde, mais surtout aux victimes que cet accord leur apporte la justice et le respect de leurs droits. La création d’une juridiction spéciale permettra que les crimes ne restent pas impunis ».

Avec cet accord signé mercredi 23 septembre, le gouvernement et les FARC par la voix de son leader Timoleon Jimenez, dit Timochenko, prévoit de sceller la paix dans un délai maximum de six mois à partir d’aujourd’hui, soit au plus tard le 23 mars.
Les deux parties ont également signé un accord sur la justice qui inclut, entre autres choses, une amnistie pour les crimes politiques, la création d’un tribunal spécial pour la paix, et précise que les guérilleros doivent rendre leurs armes dans les 60 jours après la signature de l’accord final.

L’UNASUR et la CELAC ont salué jeudi l’accord conclu sur la justice entre le gouvernement colombien et les FARC mercredi à La Havane dans le cadre d’un processus de paix débuté en 2012 : « L’UNASUR se félicite de l’accord#LaHabana (…) dont le but est de parvenir à la fin de conflit armé sur le territoire de la République sœur de Colombie », a noté l’agence sur son compte Twitter.
Le bloc régional, qui est basé à Quito, a déclaré « continuer à soutenir (le) processus #pazColombia (…) à travers les représentants et les délégués de différents pays ».

La Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), dont la présidence pro tempore est exercée par l’Équateur, a également salué l’accord.
Les ministres des Affaires étrangères de la CELAC a exprimé « sa profonde satisfaction pour les progrès réalisés dans les pourparlers de paix en Colombie », selon une déclaration effectuée à Quito.

L’Armée Colombie-Peuple (FARC) Forces armée révolutionnaires constitue la plus ancienne organisation terroriste du monde. Ses intégrants font régner la violence depuis 1964 sur la base du commerce de la drogue.
L’accord historique sur la justice implique la création d’un tribunal spécial et des procès et des peines de prison pour les auteurs de crimes contre l’humanité, les prises d’otages, les exécutions extrajudiciaires et la violence sexuelle, mais prône l’amnistie pour les crimes politiques.
L’accord annoncé fait référence à la création du « Tribunal spécial pour la paix », qui déterminera le degré de responsabilité en cas de violations des droits humains générés pendant le conflit et sera chargé de juger les auteurs de ces crimes (et ce qu’il s’agisse de combattants de la guérilla, mais aussi de membres de la police et de l’armée).
Les auteurs de crimes contre l’humanité, de génocide, de crimes de guerre, de déplacements forcés, de disparitions forcées et de violence sexuelle ne pourront pas être concernés par les mesures d’amnistie, les peines minimales pourraient être de 5 à 8 ans de prison pour ceux qui reconnaissent leurs crimes et, pour ceux qui n’endossent pas la responsabilité de leurs crimes, les condamnations pourraient aller jusqu’à 20 ans. En revanche, une amnistie sera prévue pour les crimes « politiques ou connexes » dont la portée sera définie par une loi d’amnistie ultérieure.

Le président Santos avait été conforté dans sa volonté de parvenir à un accord de paix en étant réélu dans ses fonctions présidentielles en juin 2014, il avait alors remercié les électeurs pour leur soutien et avait manifesté sa volonté de poursuivre le dialogue de paix ouvert avec les forces armées révolutionnaires : « Aujourd’hui l’unité a triomphé. Des millions de compatriotes ont soutenu un rêve que nous partagions. Ils ont voté pour la perspective de changer la peur en espoir. Votre soutien nous oblige à travailler et à nous améliorer chaque jour un peu plus. Ce qui était en jeu ce n’était pas le nom d’un candidat, mais un tournant pour le pays. Des Colombiens d’aspirations politiques différentes, y compris ceux qui n’étaient pas partisans du gouvernement, se sont mobilisés autour d’une cause, et cette cause c’est la paix. C’est le moment de mettre fin à un long et cruel conflit, de reconnaître et de répondre à toutes les victimes, de reconstruire les régions assujetties par la violence pendant des décennies ». Il a poursuivi en affirmant « c’est le moment de travailler plus, beaucoup plus, pour la justice sociale. C’est le moment de nous unir tous autour d’un projet commun, autour de la valeur suprême de n’importe quelle nation, à savoir la paix. Cela a été le désir et l’objectif exprimés par les candidats ».

Trois ans après l’ouverture officielle des négociations de paix à La Havane en novembre 2012 et sa réélection à la tête du pays, le président Santos pourrait enfin voir ses efforts récompensés en conduisant son pays vers la pacification, le bruit des fusils de ceux qui ont semé la terreur et la confusion ne retentiront-ils plus au printemps 2015 ? Plus que jamais, l’espoir d’une vie sans peur anime les Colombiens, alors que la dernière ligne droite des pourparlers est engagée. La poignée de main historique entre Raul Castro, Manuel Santos et Rodrigo Londoño ravivent plus que jamais l’espoir…

Le ministère des Affaires étrangères français a d’ores et déjà fait part de son optimiste via le communiqué suivant : « La France salue l’accord en matière de justice et de réparations aux victimes conclu le 23 septembre à La Havane entre le président colombien et le chef des « Forces armées révolutionnaires » de Colombie (FARC).
C’est une étape essentielle vers un accord global de paix, après plus de cinquante ans d’un conflit qui a causé des milliers de victimes et des millions de déplacés.
La France soutient activement le processus de paix engagé par le président Santos en novembre 2012 à La Havane avec l’appui de Cuba et de la Norvège. Nous appelons à ce que le dernier volet des négociations, l’arrêt officiel et définitif des combats, puisse être conclu rapidement ».