mexique30092015

L’événement était placé sous le signe de l’émotion, celui d’un trésor du patrimoine volé enfin prêt à regagner ses terres natales… En effet, un précieux pétroglyphe datant de 3000 ans, connu sous le nom de « Bas-relief olmèque de Xoc », d’un poids de 400 kilos et datant de trois millénaires, a été restitué la semaine dernière à Paris aux autorités mexicaines.

La pièce monumentale, a expliqué l’archéologue Dominique Michelet, également représentant de l’Association des Amis du Mexique en France (AAMF), a été dérobée en toute illégalité il y a plus de 40 ans dans la ville d’Ocosingo, dans le Chiapas, situé dans le sud-est du Mexique. « Elle a été prélevée [dans son environnement naturel] et probablement exportée, nous n’avons pas la moindre idée de son parcours tout au long de ces dernières années », a affirmé l’archéologue qui a œuvré pour la restitution de cette pièce d’art au gouvernement mexicain.

Ce bas-relief mesure 220 cm de haut, 115 cm de large et environ 30 cm de profondeur, « il représente un homme de profil avec des traits olmèques, pieds en forme de griffes, avec un masque buccal en forme d’oiseau et une haute coiffe où l’on peut observer des bandes croisées ». On est probablement face à la représentation d’un prêtre officiant durant un acte rituel en rapport avec le culte de la fertilité et concrètement avec la culture du maïs. Cette sculpture a été découverte pour la première fois au début du 20e siècle, elle se trouvait sur une roche naturelle dans un ravin encaissé du Chiapas quand en 1968 une équipe d’archéologues l’a analysée et a rédigé un rapport initial.

« Lorsqu’ils y sont retournés en 1972, ils ont retrouvé la roche nue », a précisé l’expert du CNRS, l’on sait que cette stèle en pierre a fini à un moment donné en possession d’un collectionneur privé.
Ce pétroglyphe qui remonterait à environ 900 ans avant Jésus-Christ est d’une importance majeure pour la culture mexicaine, elle attesterait de la présence des Olmèques au Chiapas. Il a finalement été retrouvé par la Société de ventes aux enchères Binoche et Giquello et l’expert Jacques Blazy qui l’ont fait restaurer et authentifier par Dominique Michelet, avant de le remettre à l’État mexicain.

Si ce bas-relief avait finalement été vendu sur le marché, les enchères auraient pu atteindre 5,6 millions de dollars au vu de sa rareté selon le spécialiste en art pré-hispanique de Binoche et Giquello, Jacques Blazy (spécialiste international d’art pré-hispanique de Méso-Amérique et d’Amérique du Sud). Cette oeuvre de la culture méso-américaine va « permettre d’approfondir les connaissances sur une civilisation relativement méconnue qui s’est développée dans la forêt tropicale de Lacandona, ce qui allait être le territoire maya », a précisé Dominique Michelet.

« C’est la première fois que l’on restitue une pièce archéologique au Mexique depuis la France. C’est un événement dans la restitution d’objets culturels archéologiques ‘mexicana’ des sociétés pré-hispaniques », a affirmé Álvaro Bautista, représentant de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique. La pièce a été présentée jeudi dernier au siège de l’Institut culturel mexicain, à Paris, lors d’une cérémonie de restitution présidée par l’ambassadeur du Mexique en France, Agustín García-López :« Le gouvernement du Mexique, en tant que dépositaire de l’héritage culturel des sociétés précolombiennes, est heureux de récupérer cette importante pièce archéologique qui sera prochainement de retour au Mexique et enrichira le patrimoine culturel de notre pays », a déclaré l’ambassade dans un communiqué.

Ce bas-relief fera son retour prochain sur les terres mexicaines, aucune date n’a été précisée pour le moment, et on ignore encore où elle sera présentée.