perou01102015

Des représentants du ministère de la Santé de la région péruvienne de Cuzco ont confirmé la mort de quatre personnes après les affrontements de lundi dans le district de Chalhuahuacho (situé dans la région d’Apurimac), une mobilisation menée en signe de protestation contre le projet d’exploitation minière nommé Las Bambas.

Un porte-parole au secteur de la santé de Cuzco a rapporté lors d’une conférence de presse qu’un homme était décédé au centre médical de Challhuahuacho tandis que les trois autres victimes ont perdu la vie durant le trajet les menant vers les hôpitaux des régions limitrophes à celle de Cuzco, et ce sont par ailleurs 15 blessés qui ont également été pris en charge.

La police est intervenue avec des gaz lacrymogènes et en tirant avec leurs armes de service lors d’une journée de mobilisation tendue. Différentes organisations sociales dénoncent en effet la fiabilité de l’étude sur l’impact environnemental concernant l’extraction du cuivre de Las Bambas, un projet géré par l’opérateur australien MMG, filiale étrangère de China Minmetals.

Vendredi dernier, une grève organisée par les dirigeants et les autorités locales a commencé dans les provinces de Cotabambas et Grau, dans la zone d’influence du projet minier Las Bambas. Selon les représentants du Front de défense du district de Tambobamba, la société minière aurait modifié des points de l’Étude sur l’impact environnemental (EIE) relatifs au projet d’installation d’usines de transformation et des moyens de transport du minerai vers Cotabambas, les opposants craignent que leurs terres soient touchées, la pollution reste l’inquiétude majeure des habitants de cette zone rurale qui vivent de leurs cultures agricoles.
« Notre société a toujours agi conformément à l’application des lois et maintient une volonté permanente de dialogue. Nous rejetons les accusations formulées par des groupes violents qui perpétuent des actes criminels en envahissant nos installations », a déclaré le porte-parole de Las Bambas dans un communiqué.
Le projet minier est situé à plus de 4000 mètres d’altitude, sa construction a été approuvée en août 2010 et devrait commencer à fonctionner au début de l’année 2016.

Le gouvernement péruvien a déclaré mardi l’état d’urgence dans six provinces du sud-est du Pérou, où les violentes manifestations ont été enregistrées : « L’état d’urgence a été déclaré pour une durée de 30 jours ans les provinces de Cotabambas, Grau, Andahuaylas et de Chincheros dans le département d’Apurímac, et les provinces de Chumbivilcas et Espinar dans le département de Cusco. La police maintiendra le contrôle interne pour soutenir les forces armées », indique le communiqué.
Avec cette disposition, les droits à la liberté personnelle et le droit de réunion sont suspendus, de même que l’inviolabilité du domicile, une restriction des libertés individuelles que le gouvernement justifie pour garantir l’ordre.

Le site de Las Bambas devrait produire 6,9 millions de tonnes de cuivre et 10,5 millions de tonnes de ressources minérales (zinc, or, argent) les experts espèrent exploiter plus de 2 millions de tonnes de cuivre au cours des cinq prochaines années.
Ce sont des milliers de personnes qui protestent contre ce projet minier, ils affirment que l’extraction sera à l’origine d’une contamination des ressources naturelles de la région.

Le gouvernement a déployé 1 750 policiers et 155 militaires sur la zone de protestation pour rétablir le calme et empêcher tout nouveau rassemblement protestataire.

Le premier ministre Pedro Cateriano a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a affirmé que le gouvernement ne tolérera aucune pression pour prendre ses décisions dans la région d’Apurimac concernant le projet minier Las Bambas. « Les fronts de lutte, les groupes qui utilisent la force comme moyen de pression pour intenter contre les droits de tous les Péruviens. Nous ne l’accepterons pas », a expliqué le ministre.

« Nous condamnons sévèrement l’usage de la violence. On ne peut pas accepter que, par des mécanismes illégaux, en enlevant des gens, en utilisant de la dynamite ou des armes, on puisse prétendre à la défense de droits environnementaux ou locaux. Nous, en tant que gouvernement, nous avons de tout temps été dans le dialogue avec les autorités locales qui sont les propres habitants de l’Apurimac élus par un vote populaire (…) Pour cette raison, les groupes qui utilisent la force comme moyen de pression pour porter atteinte aux droits de tous les Péruviens ne seront pas tolérés », a-t-il ajouté.

Dans ce pays d’Amérique du sud, les conflits sociaux liés à l’exploitation minière sont récurrents en particulier dans la sierra andina. L’exploitation des ressources naturelles constitue un foyer constant de conflits sociaux menés par les natifs et autres communautés rurales qui accusent les entreprises de ne pas respecter leur territoire et de contaminer les zones où ils vivent, une agitation sociale préoccupante qui rend fébrile les investisseurs. L’activité minière est l’un de ses principaux moteurs de l’économie péruvienne, les revenus engendrés par les exportations de métaux représentent 60 % de la valeur totale des exportations.