colombie14012016

Si une grande partie de l’Amérique du Sud est victimes de fortes précipitations et d’inondations en raison du phénomène météorologique El Niño, d’autres régions du continent sont au contraire frappées par une forte sécheresse, c’est le cas de la Colombie. En cet été austral 2015-2016, El Niño est particulièrement fort, l’un des trois plus puissants de son histoire avec les épisodes de 1982 et 1997, sa présence engendre dans ce pays sud-américain l’une des sécheresses les plus importantes de ces 20 dernières années.

Durant la première semaine de l’année 2016, la Colombie a battu un triste record avec le niveau de ses principaux fleuves, à savoir le Cauca, et le Magdalena au plus bas, les populations de Honda (département de Tolima) et de La Victoria (Valle del Cauca) sont particulièrement impactées. A certains endroits, le fleuve Magdalena ne mesure plus que 32 centimètres de hauteur tandis que le Cauca atteint péniblement 23 centimètres de profondeur entre Candelaria, (à Valle), jusqu’à La Virginia, (département de Risaralda).

Les ravages de la sécheresse ont également laissé 124 municipalités sans eau et plus de 110.000 hectares dévastés par des incendies de forêt en 2015, soit trois fois la superficie de Medellín. Et mauvaise nouvelle pour les habitants concernés, le Niño pourrait se renforcer un peu plus encore et perdurer jusqu’au mois de mars, ce phénomène s’explique par le réchauffement des eaux de surface de l’océan Pacifique, et la Colombie pourrait enregistrer un déficit en pluie de 70 %. Mais au-delà du Niño, nombreux sont ceux qui pointent du doigt une mauvaise gestion des ressources hydriques sur le territoire national, les autorités environnementales évoquent des ressources naturelles malmenées par les activités humaines et qui abaissent le niveau des fleuves.

Le président de la République Juan Manuel Santos a rappelé aux Colombiens il y a quelques jours d’économiser au maximum l’eau et de faire attention aux dépenses énergétiques, les légères pluies enregistrées récemment ne sont pas suffisantes pour combler le déficit « le Niño atteint son intensité maximale et ces pluies ont un effet quasi nul, ne nous laissons pas duper », a affirmé le chef de l’État.

Lors d’une apparition publique, le président a évoqué la persistance du phénomène au moins jusqu’au mois de mars, sur sa page Twitter il a posté le message suivant « Le #phénomène el Niño durera jusqu’en juin. Je lance un appel urgent à tous les Colombiens pour continuer à économiser l’eau ».

Sur 1100 municipalités colombiennes, 180 sont en situation de forte vulnérabilité et 107 enregistre de sérieux problèmes d’approvisionnement en eau. Dans les régions andines et caraïbéennes, les températures attendues devraient être supérieures de 2 à 5 degrés aux normales saisonnières, des prévisions émises par l’Instituto de Hidrología, Meteorología y Estudios Ambientales de Colombia (IDEAM).

Le président a déclaré qu’au cours des six derniers mois, la Colombie « a réussi à réduire son gaspillage en eau en passant de 7 600 000 mètres cubes à 160 000 mètres cubes, » grâce à des programmes de réduction et des campagnes de sensibilisation. À ce jour, 1,2 million d’amendes ont été distribuées pour cause de mauvais usage de l’eau, des sanctions pour éviter tout gaspillage.

Juan Manuel Santos a cité en exemple Puerto Salgar (Cundinamarca) qui a enregistré une température de 45 degrés « jamais auparavant de telles températures avaient été enregistrées », chaleur intense, manque d’eau, la Colombie souffre en ce début d’été.

Luis Mejia, directeur général adjoint du Département national de planification sectorielle a déclaré que plus de 470 000 hectares agricoles enregistrent une baisse de la production, ce qui pourrait éventuellement conduire à une diminution du rendement d’environ 4 %.

Selon le dernier rapport de l’IDEAM, l’alerte rouge est maintenue en raison des faibles niveaux des fleuves Cauca et Magdalena. Selon l’IDEAM les effets d‘El Niño se feront sentir plus fortement durant le premier trimestre de l’année dans les régions des Caraïbes et des Andes et en tenant également compte de la situation de la déclaration de calamité publique décrétée dans diverses régions du pays, « nous avons publié une circulaire à l’attention des gouverneurs, les maires et des services publics pour éviter les pénuries d’eau et l’économiser », a déclaré le ministre Henao.

Selon les pronostics, les pluies devraient enregistrer un déficit de 40 à 50 % entre avril et mai, deux mois habituellement très pluvieux, Juan Manuel Santos a débloqué un fonds d’investissement de 427, 1 million de dollars pour contrecarrer les effets d’El Niño, et près de 50 millions devraient renforcer ce budget initial.