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Au Chili, les autorités ont réalisé en ce mois de janvier le survol d’une zone éloignée du sud de la Patagonie afin de trouver les causes du décès d’environ 330 baleines, un échouage massif découvert il y a quelques mois dans un fjord.
Les recherches prennent une nouvelle dimension avec « un vol de l’Armée chilienne », c’est au mois d’avril que 20 baleines de l’espèce Sei (pouvant mesurer jusqu’à 16 mètres de long et peser 30 tonnes) échouées ont été découvertes par un groupe de scientifiques dans le Golf de Penas, à environ 1950 km au sud de Santiago, puis une nouvelle expédition scientifique effectuée en juin a permis d’identifier près de 330 baleines sans vie.

Les chercheurs souhaitent déterminer si les cétacés sont décédés de causes naturelles ou s’il y a une cause humaine de type pollution et également si les deux échouages s’expliquent de la même façon.
Mauricio Ulloa, chargé de préserver les espèces protégées sur le territoire national a rappelé que le nombre de cadavres retrouvés était vraiment impressionnant « il s’agit d’un record mondial. Jamais il n’y a eu un échouage qui inclut autant de spécimens de cette taille et de ce poids dans un même lieu, lors d’un même évènement »À ce jour, les causes restent une énigme pour la communauté scientifique, les autorités chiliennes avaient annoncé au mois de décembre un travail conjoint avec des experts étrangers pour identifier les origines de ces morts.

La présence du Niño en cet été austral pourrait avoir un impact, en effet le réchauffement des eaux océaniques réduit les sources d’alimentation des baleines. L’acidification des océans en raison de l’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère affecte également les baleines, car il réduit le plancton dont elles se nourrissent.
En effet, El Niño, résultant de l’interaction entre l’océan et l’atmosphère dans les régions de l’Est et du centre du Pacifique équatorial, peut avoir des effets dévastateurs, et a déjà provoqué la disparition de 90 % des iguanes marins, 50 % des phoques, 75 % des pingouins et de presque tous les bébés phoques de moins de trois ans aux Galapagos (à 1000 km des côtes équatoriennes).

Malheureusement, il est prévu que les effets globaux du changement climatique dépassent largement celles causées par El Niño « avec les événements de 1982-83 et en 1997-98, deux des trois phénomènes les plus forts depuis 1950 », a déclaré dans un récent rapport un représentant du Parc national des Galapagos .

Autre fait inquiétant, ces derniers jours les cadavres de milliers de calmars géants (Dosidicus gigas) ont été retrouvés sur le littoral de l’île Santa María, situé face aux côtes de la province d’Arauco (au Chili), et encore une fois l’influence du phénomène météorologique El Niño n’est pas totalement écartée par les scientifiques.

10 000 céphalopodes géants ont envahi les plages de cette petite île, une alerte sanitaire a été déclarée, et les habitants comme les experts se montrent inquiets devant cet échouage massif inexpliqué et ces cadavres en décomposition saturant l’air d’une odeur de putréfaction.
Il n’est pas rare à cette époque de l’année (été dans l’hémisphère sud) que les morts de mollusques et de poissons soient en augmentation en raison des températures, mais jusqu’à présent il n’y a eu aucun événement de cette ampleur concernant les calmars géants. Si l’augmentation de la température de l’eau est fortement soupçonnée en raison de la puissance du Niño 2015-2016, les experts n’écartent pas les effets d’une éventuelle pollution ou encore la présence d’un virus.

El Niño se produit à un intervalle de 2 à 7 ans, et se manifeste par le réchauffement des eaux du Pacifique au large des côtes équatoriennes, en Amérique du Sud cela provoque, suivant les régions, de forts épisodes de sécheresse ou au contraire des pluies diluviennes.

Les scientifiques n’excluent pas également un effet de « bloom », ou efflorescence algale, comme cause de ces décès multiples, une marée rouge est évoquée (augmentation rapide de la concentration de phytoplancton toxique).

Les techniciens du Service national chilien de la pêche et de l’aquaculture (Sernapesca) ont recueilli des échantillons de calmars morts et d’eau pour procéder à des analyses dans des centres spécialisés.
Triste constat, mais le changement climatique frappe les baleines qui, paradoxalement, favorisent la croissance de la plupart des plantes qui absorbent le CO2 grâce à leurs excréments.