venezuela29012016

Avec le vote de la majorité des députés vénézuéliens à l’Assemblée nationale, le statut de « crise humanitaire » a été déclaré cette semaine sur le territoire « en raison du manque de médicaments, de la pénurie de fournitures médicales et de la détérioration des infrastructures de santé ».
Avec l’adoption de ce texte, le Parlement, contrôlé par l’opposition depuis le 5 janvier, exige que le gouvernement national de Nicolas Maduro, « garantisse de façon immédiate l’accès à la liste de médicaments de base qui sont essentiels, indispensables et devant être accessibles à tout moment ».

L’accord permet à l’exécutif « que des personnes résidant dans des pays étrangers puissent envoyer des médicaments au Venezuela, au sein même du pays », une possibilité qui était jusque-là interdite par les autorités. L’opposition a également demandé une série de réunions « publiques » au sein du Parlement afin d’évaluer « les plans à court et moyen terme auxquels devra faire face le système de santé ».
L’accord définit la mise à disposition le plus rapidement possible de 150 médicaments essentiels signalés par l’Organisation mondiale de la santé, et la publication du bulletin épidémiologique nationale qui avait été interrompue depuis le mois d’octobre 2014.

Le président de la Fédération pharmaceutique du Venezuela (Fefarven), Freddy Ceballos, avait affirmé il y a plusieurs semaines que le pays sud-américain « connaissait une crise humanitaire » en raison de la pénurie de fournitures et de médicaments : « Au Venezuela il y a une faille dans l’approvisionnement de 80 % des fournitures médicales et de médicaments. Certains médicaments servant à suivre certaines thérapies sont inaccessibles. C’est une situation jamais vue, car quand on était face à une pénurie de 15 %, c’était déjà un signe d’alerte pour le secteur pharmaceutique, mais maintenant la situation est extrêmement grave et encore plus si le gouvernement ne prend pas des mesures », a signalé M. Ceballos.

Freddy Ceballos évoque une véritable « crise humanitaire » pour faire part de la gravité de la situation : « Malheureusement, des patients sont en train de mourir à cause du manque de médicaments. Il n’y a pas de matériel pour la chirurgie parce l’État refuse d’accepter ce qui arrive dans le pays. Il faut clairement élever la voix et dénoncer ce qu’il se passe. Ces problèmes peuvent être résolus grâce à des organismes internationaux ».

Il a également évoqué le besoin pour le Venezuela de relancer la production nationale de médicaments pour ne pas être dépendants et faire des économies « c’est plus rentable et cela permettra d’économiser quatre milliards de dollars au gouvernement national ».

« Une femme peut attendre jusqu’à huit mois ou un an pour être traitée par un cancer, un mois pour obtenir un rendez-vous dans un hôpital, et pour réaliser une biopsie il faut s’acheter le matériel nécessaire, il y a entre deux et trois mois d’attente pour être opéré; le cancer ne peut pas attendre des devises, nul besoin d’être médecin pour comprendre qu’une maladie comme le cancer ne doit pas attendre ». Pour alerter l’opinion publique, le député Olivares a donné quelques chiffres en soulignant que l’Argentine et la Colombie accordent respectivement 8 et 9 % du PIB au secteur de la santé, et la Bolivie consacre 6 % de son PIB alors que le Venezuela investit seulement 4,3 %.

Le Venezuela souffre d’un cruel manque de devises aggravé par la baisse du prix du pétrole, cette crise a de sévères répercussions pour les habitants qui affrontent de terribles problèmes d’approvisionnement en nourriture, en médicaments, mais aussi en produits permettant d’assurer la protection sanitaire des citoyens comme des répulsifs et insecticides. Une nouvelle plutôt inquiétante alors que l’Amérique latine assiste à la propagation du virus Zika, une maladie transmise par le moustique Aedes aegypti (celui qui transmet également la dengue et le chikungunya) et qui s’avère dangereux pour les femmes enceintes (une multiplication des malformations cérébrales sur des nouveau-nés laisse craindre une influence du virus sur le développement des fœtus).

Les pénuries de médicaments ne permettent pas de combattre les symptômes de Zika qui peut se manifester par une éruption cutanée, de la fièvre, de la conjonctivite et des maux de tête et des douleurs aux articulations. Le phénomène météorologique El Niño particulièrement fort en cet été austral et induisant une importante sécheresse sur le territoire national pousse la population à faire des réserves eu eau, ce qui peut aggraver la présence du moustique près des zones d’habitation.
« Il est nécessaire d’activer tous les mécanismes pour recevoir l’assistance sanitaire internationale et résoudre cette crise dès que possible », a ajouté la Fédération vénézuélienne pharmaceutique
En raison du ralentissement économique qui touche le pays, huit pharmacies sur dix ne sont pas en mesure de proposer aux malades des médicaments essentiels, selon la Fédération de pharmacie du Venezuela (Fefarven).

Le gouvernement de Nicolas Maduro doit plus de 3 000 millions de dollars à divers laboratoires pharmaceutiques qui ont dû limiter leurs importations dans le pays. La coalition au pouvoir a déploré le fait que l’opposition « ait transformé la souffrance humaine en show médiatique » et s’est abstenue de voter la motion de « crise humanitaire ».