continent04022016

Le 1er février, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan, a déclaré la propagation du virus Zika comme une « urgence mondiale » au vu de la recrudescence de cas de microcéphalie parmi les nouveau-nés dont les mères ont été contaminées par le virus pendant la grossesse.

« Le virus Zika en lui-même ne ferait pas l’objet d’une urgence de santé publique au niveau international tel que nous le connaissons; car cela n’engendre pas de cas cliniques graves » a affirmé le docteur David Heymann, qui fait partie des experts de l’OMS en ajoutant « mais d’un autre côté, les malformations sont tellement graves (sur les bébés) que nous avons décidé de déclarer cette urgence. Les cas de microcéphalie et autres déséquilibres neurologiques sont tellement graves et constituent une telle charge pour les familles que cela constitue une menace en soi, et c’est pourquoi j’ai accepté la recommandation du Comité ».

Pour le moment, le plus urgent consiste à contrôler et à éradiquer les populations de moustiques porteurs de la maladie, soit le moustique Aedes Aegypty, qui transmet la maladie par ses piqûres.
Actuellement, l’augmentation des cas de microcéphalie chez les nouveau-nés ne peut être relié officiellement à la contagion par le virus Zika, mais les suspicions sont énormes, il faudra néanmoins différentes études pour confirmer ou non le lien de cause à effet. En attendant, il est recommandé aux femmes enceintes d’être extrêmement prudentes en adoptant toutes les précautions possibles dans les zones à risque pour tenir éloignés les moustiques porteurs du virus, le Aedes Aegypti (utilisation de répulsifs adaptés, moustiquaire, port de vêtements longs, pas de stockage d’eau…), ce même moustique qui apporte également la dengue et le chikungunya.

En Amérique latine, selon des estimations, le virus Zika pourrait atteindre 4 millions de personnes, il est déjà présent dans 25 pays du continent américain. Actuellement seuls des traitements prenant en charge les symptômes éventuels peuvent être utilisés, mais aucun vaccin ou médicament ne permet de combattre Zika à la source.

Le virus a été répertorié pour la première fois en Ouganda en 1947, bien que le premier cas observé chez une personne ait eu lieu cinq ans plus tard, « une étude récente a révélé qu’il existe une relation entre ce virus et les anomalies congénitales et les complications neurologiques et auto-immunes ». 404 cas de microcéphalie sur des bébés ont été confirmés au Brésil, et autre source d’inquiétude, le virus Zika pourrait se transmettre aussi par voie sexuelle. Les autorités sanitaires américaines (Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies ou CDC) ont confirmé mardi un cas aux États unis de transmission du virus par voie sexuelle.

Le chef de cabinet du gouvernement brésilien, Jaques Wagner, a fait savoir lundi 1er février qu’il était déconseillé pour les femmes enceintes de se rendre dans le pays à l’occasion des Jeux olympiques qui auront lieu à Rio de Janeiro entre le 5 et le 21 août.

Pour apaiser les esprits malgré la déclaration « d’urgence sanitaire », Tarik Jasarevic, porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a affirmé à la BBC depuis Genève, « Le Zika n’est pas plus dangereux que la dengue. La dengue est beaucoup plus dangereuse pour l’homme que le virus Zika ».

Pour rappel, la dengue est une maladie transmise par les moustiques Aedes aegypti qui a infecté quelque 400 millions de personnes à travers le monde tout au long de l’année 2015. Il produit des symptômes pseudo-grippaux tels qu’une fièvre élevée, des maux de tête graves, des douleurs musculaires, des nausées et des vomissements, et si elle évolue mal, elle peut devenir mortelle. Après un temps d’incubation environ cinq ou dix jours, les premiers symptômes apparaissent et peuvent évoluer dans certains cas vers des complications potentiellement mortelles, appelées dengue sévère. La dengue sévère peut-être à l’origine d’une fuite plasmatique, d’une accumulation liquidienne, d’une détresse respiratoire, ou encore d’hémorragies profuses ou d’une insuffisance organique, des complications qui peuvent entraîner une issue fatale en particulier chez les sujets les plus fragiles.

Voilà donc une nouvelle maladie liée aux moustiques dont les Latino-Américains se seraient bien passés, en effet après la dengue et le chikungunya, voilà que le virus Zika a récemment atteint cette région du monde, les premières personnes contaminées ont été détectées au Brésil au mois de mai dernier avant de se propager à la vitesse de l’éclair sur le continent.

« Les récentes épidémies de Zika dans diverses régions du monde démontrent le potentiel de ce virus à se propager à travers les territoires où l’Aedes aegypti est présent », a affirmé l’OMS.

Au Salvador, pays d’Amérique centrale déjà frappé par la dengue, on teste une méthode pour se débarrasser des moustiques incriminés, et ce sont des poissons qui volent au secours des populations affectées. L’initiative consiste à déposer des poissons prénommés Zambos, friands des larves de moustiques, dans des endroits à risque comme les réserves d’eau et autres conteneurs.

Les autorités de santé ont constaté que dans la communauté de la playa San Diego qui a adopté ce procédé, cela avait permis de réduire les cas de dengue de façon significative.

« Ce que font les poissons c’est de briser ce cycle, ce qui empêche les larves de moustiques se développer », a déclaré un promoteur de l’opération-test menée au Salvador.

En ce début d’année 2016 marqué par la présence d’un phénomène El Niño très fort en Amérique du Sud (en plein été austral), l’humidité accrue et la chaleur augmentent la prolifération des moustiques et compliquent la tâche aux pays concernés.

« Les facteurs météorologiques jouent un rôle important dans la reproduction des moustiques Aedes aegypti qui peuvent transmettre le virus », a déclaré Andrew Monaghan, un chercheur à l’University Corporation for Atmospheric Research. Mais des conditions plus sèches ne signifient pas nécessairement que cela évitera la propagation de la maladie. Dans le nord du Brésil, le Venezuela, la Guyane et le Suriname, le phénomène météorologique est à l’origine d’une sécheresse avec des températures chaudes… mais le virus se propage localement.

Notons que seulement un cas sur cinq infecté par le virus Zika développe des symptômes, et quand ils se manifestent, ils sont généralement bénins : fièvre modérée,  apathie, des maux de tête, des douleurs musculaires et articulaires. Le virus peut également donner une conjonctivite, un gonflement des mains et des pieds, ou encore des jambes, une éruption cutanée.