colombie11082016

Au cours de ces 8 dernières années, ce sont près de 5000 enfants de la communauté wayuú en Colombie qui ont perdu la vie faute d’un accès à l’eau potable et d’une alimentation suffisante, des chiffres communiqués par la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Cette communauté native vit dans le département le plus septentrional du pays sud-américain (La Guajira), fortement marqué par le désert du même nom (à 610 km au nord de Bogota) l’aridité a été accentuée par des projets miniers qui se sont développés (des cours d’eau ont été déviés pour des intérêts énergétiques servant les entreprises) et un climat hostile.

La CIDH a ordonné à la Colombie, face à ce triste constat, d’adopter les mesures nécessaires pour « protéger la vie et l’intégrité des personnes », en soulignant que les membres de la communauté wayuú « étaient en danger en raison du manque d’accès à l’eau potable ». Lors d’une réunion qui s’est tenue en début de semaine à la Casa de Nariño en compagnie d’autorités locales, le président de la République et plusieurs ministres ont analysé la situation afin d’établir des projets concrets pour affronter la crise et permettre aux habitants de vivre dignement.

Le chef de l’État a affirmé pendant son discours sa volonté d’éradiquer la dénutrition infantile du territoire national « certains des enfants qui sont morts se trouvaient sous la protection du Bienestar Familiar, on en voit les failles, et on essaie de les corriger… Nous savons qu’il y a encore beaucoup à faire. Plus un seul enfant ne doit mourir des conséquences de la dénutrition que ce soit à la Guajira, ou dans un autre endroit du pays ».

La leader wayuú, María Tiller, de l’Association indigène Alejia Wakuaipa (« Retour à notre culture »), a précisé que les problèmes dans cette région n’étaient pas nouveaux et a accusé l’État d’avoir oublié La Guajira et ses habitants : « Les communautés doivent se rendre jusqu’à la route pour chercher de l’eau… Je parle d’une distance de 15 à 20 km. La réalité de toutes ces communautés qui se trouvent là c’est l’absence de l’État ».
Durant cette réunion, la gouverneure de La Guajira, Oneida Pinto, a expliqué qu’avec les maires, ils allaient devenir garants de l’élaboration de nouveaux programmes de développement régional, qui seront relayés dans un document du Conseil de politique économique et sociale (CONPES).

Selon le président Santos, 45 000 familles vont recevoir la visite d’agents de l’État pour détecter les problèmes sur place et les aider à les surmonter et il a demandé à ce titre la coopération de la population pour transmettre en toute urgence les cas de dénutrition chez les enfants « afin de réagir rapidement et en temps opportun ».
Il a également déclaré qu’il comprenait l’indignation de la population de la Guajira en affirmant qu’« elle est justifiée ».
L’État a pour projet de doubler la couverture des aqueducs à la Guajira, et prévoit une augmentation des projets productifs, comme le développement de l’agriculture et de l’éducation dans la région, principalement axés sur les wayuú.

Oneida Pinto a affirmé que la situation était complexe à gérer en raison de différents paramètres : « Le fait que la population réside sur une zone étendue et vivent de façon éparse nous oblige à l’élaboration d’un plan d’urgence qui nous permettre d’anticiper cette situation (la dénutrition) étant donné que le département ne possède pas toutes les conditions logistiques pour le faire, mais nous comptons sur le soutien des maires et nous savons aujourd’hui que le président fera en sorte que plus aucun enfant ne décède de la malnutrition à la La Guajira ».

L’Institut colombien du bien-être familial (Bienestar Familiar ou ICBF) a enregistré 898 enfants souffrant de malnutrition dans le département de La Guajira (au nord) en 2015, il s’agit du département le plus touché par ce fléau, la faim a tué 11 personnes en janvier Colombie. Les conditions météorologiques exceptionnelles en cet été austral en raison d’un Niño très fort devraient par ailleurs engendrer pour les mois d’avril et de mai une baisse des précipitations de moitié par rapport à la normale, une situation qui complique un peu plus la situation.

Les leaders autochtones ont fait entendre leur voix en signalant qu’il y a des zones, en particulier dans la haute Guajira, qui ne sont pas desservies par les programmes sociaux gouvernementaux.
C’est dramatique parce que les enfants survivent avec une bouillie ou deux par jour. Voilà tout ce qu’ils mangent, a regretté le conseiller à la municipalité d’Uribia, Roberto Palmar, il a évoqué une situation dramatique avec des enfants qui survivent en consommant une bouillie ou deux par jour.

Pour la procureure déléguée à l’enfance et l’adolescence Ilva Myriam Hoyos, a décrit comme « scandaleux » ce qui se passe dans le département de Guajira et estime que près de 15 000 enfants font face « à une situation de malnutrition » dans le département de la Guajira.