mexique16022016

C’est dans la ville fondée en 1528 par Diego Mazariegos, à San Cristóbal de Las Casas, symbole de la colonisation espagnole, que le Pape François, en visite officielle au Mexique, s’est exprimé devant la communauté indigène du Chiapas.

À cette occasion, le Saint-Père a demandé pardon auprès des peuples natifs pour avoir été maltraités et pour souffrir encore aujourd’hui d’exclusion et de pauvreté, il a touché lors d’une messe marquée par les chants, la musique et une atmosphère colorée environ 100 000 fidèles dans une région qui compte près de 15% des communautés indigènes du Mexique. Le pape François a évoqué l’incompréhension dont ont été victimes les natifs et a appelé la société « à faire son examen de conscience et à demander pardon ».

Le premier pape latino-américain a ouvert la cérémonie en récitant  un passage d’un psaume en langue indigène « la loi du Seigneur est parfaite et réconforte l’âme», puis il a cité une phrase du Popol Vuh, le livre sacré des Mayas, qui évoque « un désir de vivre en liberté ».

C’est sur les terres de la révolution menée par l’Armée zapatiste de libération nationale que Le Pape a rappelé également son engagement en faveur de la protection de l’environnement et plus particulièrement la protection des terres indigènes ancestrales, des convictions qu’ils partagent avec force avec les natifs en rappelant que les communautés possèdent une bonne connaissance de la nature , et qu’à ce titre « ils ont beaucoup à nous apprendre ».

Le fait que le Pape ait autorisé par décret l’usage de leur langue native dans l’exercice de leur foi et dans la traduction de la Bible a été salué durant la cérémonie, car elle répond à une volonté des natifs « de pouvoir écouter Dieu et lui parler dans leur propre langue ».

« Plusieurs fois, de manière systématique et structurelle, vos peuples (Indiens) ont été mal compris et exclus de la société. Certains ont considéré comme inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions (…) Quelle tristesse! Cela nous ferait du bien à tous de faire une introspection et d’apprendre à dire: pardon », a déclaré le souverain pontife.

Le Pape en fonction a condamné lundi le pillage et la pollution des terres des peuples autochtones par des personnes « enivrées par le pouvoir, l’argent et les lois du marché ».
À la fin de la messe, un groupe de natifs a exprimé son admiration au Pape en confiant « bien que de nombreuses personnes nous déprécient, tu as souhaité nous rendre visite et nous prendre en compte ». Dans cet état le plus pauvre du pays, les cœurs indigènes ont vibré au son des chœurs qui ont eux aussi raisonné pour exprimer leur foi catholique devant « le Pape des pauvres ».

Un repas a été donné à la fin de la messe, le Pape a déjeuné en compagnie de huit représentants des peuples originaires et il s’est recueilli sur la tombe de Samuel Ruiz, un prête surnommé affectueusement “Tatic” (« père » en langue tzotzil), qui a été le plus grand défenseur des indigènes mexicains. Le Pape François a franchi une étape majeure dans le Chiapas en reconnaissant non seulement les cultures autochtones et leurs langues dans la liturgie, mais en général « la théologie indienne » proche de la théologie de libération promue par le défunt évêque Samuel Ruiz (1959-1999) à San Cristobal de Las Casas.

Selon des chiffres officiels, 11 millions d’indigènes vivent au Mexique, ils parlent 68 langues différentes. Rappelons que la Conquête sur le Continent latino-américain a été justifiée par la mission évangélisatrice de l’Église catholique (Bulle Inter Caetera émise par le pape Alexandre VI, le 4 mai 1493), le système colonial a eu pour but, entre autres, d’annihiler les croyances indigènes, mais le syncrétisme l’a finalement emporté, et aujourd’hui les traditions ancestrales se mêlent au christianisme donnant une forme d’expression religieuse unique sur ce territoire riche de ses diversités.

Ce sont aujourd’hui ces manifestations diverses si longtemps bannies que le Pape François loue, « les jeunes d’aujourd’hui, exposés à une culture qui essaie d’enlever toute la richesse et les caractéristiques culturelles en faveur d’un monde homogène, ont besoin de la sagesse de leurs aînés ». Par ailleurs, les indigènes ont pu contempler durant la messe célébrée hier l’image de la Terre mère présente sur l’autel, un élément clé de la cosmovision maya.