honduras08032016

La CIDH, Commission interaméricaine des droits de l’Homme, a émis une demande hier, lundi 7 mars, auprès des autorités honduriennes afin d’assurer la protection de la famille de Berta Cáceres, la leader indigène lâchement assassinée à l’âge de 43 ans jeudi dernier à son domicile.

Caceres, leader et fondatrice du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), a été tuée à son domicile de La Esperanza, apparemment par deux hommes portant des armes à feu, selon des informations préliminaires qui ont été révélées par la presse.

Depuis 2009, la leader indigène bénéficiait de mesures de protection réclamées par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), bien que les autorités du Honduras aient affirmé jeudi que l’activiste avait initialement accepté la sécurité avant de refuser toute protection, une information démentie par sa famille.

Le crime de la leader écologiste a provoqué un vif émoi au sein de la société hondurienne, qui réclame la fin des actes de violence qui tous les jours coûtent la vie de 13 personnes dans ce pays d’Amérique centrale où la criminalité règne. Après l’annonce de son assassinat, des proches, des organisations sociales, des étudiants et des membres de la société civile ont demandé que la justice du Honduras retrouve les assassins de la leader indigène qui a consacré sa vie à la lutte pour les droits des peuples autochtones.

La représentante du FNUAP en Bolivie a déclaré aux médias que Berta Caceres était une « grand leader qui avait reçu des menaces » et a regretté que rien n’a été fait à ce sujet bien que les menaces sur sa vie étaient sérieuses.

« C’est douloureux de le dire, sa mort va aider le Honduras à protéger ses terres, et à faire en sorte que la dignité de ces femmes autochtones ne soit pas détruite », a déclaré la Colombienne Ana Angarita.
Elle a ajouté que le nom de Berta Caceres « représentera la lutte des femmes », en particulier en ce 8 mars, une journée qui marque les actions de nombreuses femmes pour défendre leurs droits à travers le monde.

« La Journée de la femme est l’occasion de réfléchir sur les progrès accomplis, un appel au changement et une célébration des actes de courage de beaucoup de femmes dans le monde », a déclaré par ailleurs la représentante du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) Ana Angarita.

Le Président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, a demandé au Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, d’accompagner l’enquête sur le crime de Berta Caceres. Hernandez a tenu également à souligner que le gouvernement du Honduras a montré des signes d‘ »attachement aux droits de l’homme » et a cité comme preuve la volonté du gouvernement d’assurer la promotion et la mise en œuvre d’une politique nationale et d’un plan d’action en faveur des droits.

Le président hondurien a également déclaré que son gouvernement a demandé aux Nations Unies d’ouvrir un bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme à Tegucigalpa, une entité qui pourrait commencer à fonctionner cette année.

Les rues de La Esperanza, dans l’ouest du Honduras, se sont converties en une véritable marée humaine pour accompagner samedi dernier Berta Caceres vers sa dernière demeure, des milliers de Honduriens ont assisté à ses funérailles, et l’impact de son assassinat a été retentissant au niveau international. L’acteur américain en personne, Leonardo DiCaprio, connu pour ses engagements écologiques, a exprimé son désarroi sur son compte Twitter.

Pour cet ultime adieu, la foule a scandé « Berta est vivante ! Merci Berta, tu seras un exemple pour les générations présentes et futures ». En 2015, Berta Cáceres avait reçu le prix Goldman pour son engagement en faveur de la protection de l’environnement. Lors de la remise de prix, elle avait affirmé durant son discours  : « La Terre Mère militarisée, clôturée, empoisonnée, où les droits fondamentaux sont systématiquement violés, nous oblige à agir. Nous construisons des sociétés capables de coexister dans une manière digne, juste en faveur de la vie. Mettons-nous ensemble et continuons avec espoir de défendre et de prendre soin du sang de la terre et de ses esprits. Je dédie ce prix à toutes les rébellions, à ma mère, au peuple lenca, et la rivière Blanche et aux martyrs de la défense du patrimoine naturel ».

Cité par le journal La Prensa, Gustavo Caceres, frère de l’activiste, a rappelé que « Berta avait reçu des milliers de menaces. Son arme était sa voix, elle n’a jamais été armée, elle était menacée pour sa grande lutte en faveur de la richesse de nos peuples. C’était un trésor dans la lutte pour les droits des peuples autochtones ».

Mère de quatre enfants, Caceres a conduit un mouvement qui, en 2013 et en 2014 a convaincu la Banque mondiale et l’entreprise chinoise Sinohydro, une des plus grandes entreprises de construction du monde, à renoncer à construire un barrage hydroélectrique sur la rivière ouest Gualcarque, considérée par la communauté native Lenca comme sacrée et cruciale pour leur survie (un groupe ethnique mésoaméricain).

La militante a travaillé 22 ans pour obtenir que plus de 400 000 indigènes Lenca puissent se réapproprier leurs traditions, leurs terres et puissent avoir la chance d’améliorer leurs perspectives.

(vidéo du 4 mars 2016)