perou11032016

Alors que le premier tour des élections présidentielles au Pérou se tiendra le 10 avril, deux candidats en course pour les plus hautes fonctions ont été écartés par le Tribunal national électoral de ce pays sud-américain, il s’agit de Julio Guzmán, qui selon les sondages se trouvaient deuxième dans les intentions de vote et du millionnaire César Acuña du parti Alianza para el Progreso.

Les membres du Tribunal électoral ont rejeté la candidature de Julio Guzmán, elle a été invalidée en raison de failles administratives lors du processus de désignation de candidat représentant le parti Todos por el Perú « il a sérieusement et irrémédiablement enfreint ses propres règles dans l’élaboration de la formule présidentielle ». Le candidat Acuña ne peut plus se présenter, car il est accusé « d’avoir eu un comportement proscrit en remettant de l’argent lors d’un acte prosélytique dans le but d’acheter les voix des électeurs ». La décision du Tribunal est intervenue le 4 mars, les deux candidats peuvent faire appel pour que celle-ci soit revue.

L’Organisation des États américains a annoncé qu’elle comptait envoyer une mission d’observation électorale et s’est dite inquiète des délais établis par la loi pour légitimer la disqualification des candidats. L’exclusion de Guzmán, qui se classait deuxième dans les sondages devant la candidate Keiko Fujimori a suscité une importante controverse au Pérou. Le propre Guzmán a partagé sur son compte Twitter le message suivant publié par le quotidien La Republica « l’exclusion de Guzmán constituerait le coup le plus dur contre les institutions démocratiques péruviennes… », des propos tenus par le politologue de l’université américaine de Harvard Steven Levitsky.

Dans une interview donnée à El Poder, le spécialiste a affirmé au sujet de ce rejet de candidatures quatre semaines seulement avant le premier tour électoral : « Il y a deux risques principaux. Tout d’abord, la politisation de l’exclusion. Les gens ne pensent pas que les institutions soient neutres, ils soupçonnent qu’elles sont utilisées -et ont été utilisées- à des fins politiques… Maintenant, il y a beaucoup de gens qui exigent l’exclusion de Keiko Fujimori, et avec raison, car il est prouvé que Fujimori a également acheté des voix en offrant des cadeaux. En fait, cela peut être un argument pour exclure la plupart des candidats. Et ce type de prolifération d’efforts pour exclure les candidats, que je qualifie « guerre d’exclusion », me semble très dangereux ».

Il a ajouté : « L’autre risque, encore plus grand selon moi, est la délégitimation du processus électoral. Comme on le sait, les Péruviens ont peu confiance en leurs politiciens. Très peu de confiance dans leur gouvernement et peu de satisfaction envers les institutions démocratiques. Et si l’État sort des candidats qui ont placé les électeurs dans l’expectative, cela va miner davantage la confiance que les gens ont dans le processus démocratique.
Nous ne connaissons pas les conséquences précises, mais la confiance publique dans la démocratie et de ses institutions est érodée un peu plus, et si plus de gens finissent par conclure que les élections ne comptent pas, il est plus que probable que dans futur, les électeurs appuient un populiste autoritaire qui promette d’abattre la démocratie existante dans le style de Hugo Chavez ».

Julio Guzmán, un économiste de 45 ans doté d’un doctorat en politique publique de l’Université du Maryland, est passé d’un groupe de candidats inconnus en décembre à une figure emblématique en quelques mois en affirmant vouloir débarrasser le pays de la corruption générée par les politiciens traditionnels.

Les analystes pensent que l’éviction des deux candidats devrait favoriser la candidate en tête dans les sondages, Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), emprisonné pour crimes contre l’humanité et corruption, elle récolte 33,7 % des intentions de vote. Dans la configuration actuelle, elle arriverait en tête au premier tour des présidentielles du 10 avril. Et même si elle ne devrait pas s’imposer à cette occasion faute d’atteindre plus de 50 % des suffrages, les instituts de sondage la désignent gagnante du second tour qui se tiendra le 5 juin.

« L’éviction de Guzmán place Fujimori contre un adversaire plus faible, Guzmán aurait été un grand défi pour elle« , a déclaré une consultante d’Eurasia Group dans un rapport.

De son côté, l’ancien président et actuel candidat à la présidentielle, Alejandro Toledo a fait part de sa satisfaction le 9 mars sur son compte Twitter en déclarant : « L’État de droit a prévalu au Pérou. Cela redonne de la confiance dans les institutions ».

Le Député Daniel Mora, porte-parole de Todos por el Perú, a considéré que l’exclusion de César Acuña et de Julio Guzmán ne permet plus à six millions de Péruviens appelés aux urnes (sur les 23 millions au total) d’exprimer leur volonté, selon les sondages d’opinion.

« Cela marque le processus électoral, cela apportera de nombreux problèmes futurs. De toute évidence, plus de 30 % des votants est exclu de cette élection », a-t-il affirmé à RPP Noticias en ajoutant « On ne peut pas tolérer que ce soit pratiquement un Jury électoral national qui puisse définir qui va être président de la République ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Péruviens n’oublieront pas de sitôt le processus électoral de l’année 2016, l’incertitude règne toujours quant au nombre de candidats en lice et les règlements de compte occupent davantage les débats que les projets politiques pour le pays.