venezuela17032016

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega Diaz, a annoncé que 17 corps (sur les 28 personnes portées disparues) ont été retrouvés dans l’ État de Bolivar, au sud-est du pays. C’est le 4 mars que des proches de mineurs agissant illégalement dans la ville de Tumeremo à la recherche d’or ont manifesté leurs inquiétudes à la police, et visiblement les individus en question ont été victime « d’un massacre », les conditions exactes de leur mort restent floues, mais les autorités parlent d’un probable « affrontement entre gangs » dans une zone où opèrent de nombreux mineurs clandestins.

Les dépouilles ont été retrouvées lundi dans une fosse commune située à 30 km de la ville de Tumeremo, les proches des victimes ont été tenus à l’écart des caméras, pour leur propre sécurité, alors que les soupçons de meurtre se portent sur quatre hommes.
« Tous ont été exécutés par arme à feu », a déclaré Luisa Ortega Diaz en précisant que 16 des mineurs ont été abattus d’une balle dans tête et un autre d’une balle dans la poitrine.
Elle a également expliqué que les corps étaient habillés et complets et « qu’ils ne montrent aucune trace de mutilation », ce qui contredit les versions données par les autorités locales.

Bien que la procureure Ortega n’ait pas fait référence aux motifs de l’assassinat, le gouverneur de Bolivar, Francisco Rangel a réitéré qu’apparemment il est lié au contrôle des mines d’or soumis à une exploitation illégale incontrôlée.
Des membres des forces de police ont été relevés de leurs fonctions à Tumeremo et font l’objet d’une enquête à la demande des familles des victimes qui les impliquent dans cette tuerie sanglante.

Mercredi, l’ONG de défense des droits de l’homme COFAVIC a rapporté que des actes similaires avaient déjà été signalés dans la région, ajoutant que la loi de l’omerta règne autour des criminels et que l’impunité est malheureusement à l’ordre du jour.
« Ils exercent un contrôle social dans la zone essentiellement parce qu’ils bénéficient de la passivité et de la pleine tolérance des autorités », a regretté l’ONG.

Le gouverneur a reconnu que la présence de gangs criminels dans la région n’est pas un fait nouveau , précisant qu’elle fera l’objet d’une gestion avec le projet d’exploitation d’or Arco Minero qui devrait se développer en collaboration avec l’État et des entreprises étrangères, une façon d’exercer un plus grand contrôle.
Bolivar, le plus grand État du Venezuela, est aussi le plus riche en minerais, mais aujourd’hui cet endroit a pris des allures de Far West des temps modernes, et une forte mortalité liée à l’anarchie qui tourne autour de l’exploitation des ressources naturelles la caractérise : « Or, diamants, cobalt et d’autres minerais attirent de plus en plus de gens, submergés par la mauvaise situation économique du Venezuela, ils préfèrent risquer leur vie pour quelques grammes d’or », a affirmé le journaliste d’investigation María de los Ángeles Ramírez du Correo del Caroni, journal indépendant.

Pour sa part, le défenseur de peuple vénézuélien, Tarek William Saab, a déclaré qu’il est possible que d’autres fosses communes puissent contenir d’autres corps. Les dépouilles des mineurs qui ont retrouvés, ont été remises hier à leurs familles, ils seront enterrés dans les prochains jours.
Le gouverneur de l’État de Bolivar, Francisco Rangel Gómez, qui a d’abord nié un massacre, a déclaré sur Twitter qu’il n’y aurait pas de pardon ou d’oubli pour les responsables de ces actes odieux.

Pendant ce temps Américo de Grazia, député de l’opposition au pouvoir, Mesa de la Unidad Democrática – a fait savoir qu’il souhaitait que Rangel soit interrogé par la commission chargée d’enquêter sur les événements de Tumeremo.
Suite à l’annonce des disparitions et la vague de protestations menées par les familles des mineurs à la frontière avec le Brésil, les autorités ont envoyé un millier de soldats dans l’État de Bolivar sud pour enquêter. L’Assemblée nationale contrôlée par l’opposition a créé une commission chargée d’enquêter sur l’affaire.
Liliana Ortega, directrice de la COFAVIC, l’une des ONG les plus expérimentées des droits humains au Venezuela a fait le point sur la situation des droits de l’homme dans le pays sud-américain, où « les problèmes endémiques ont empiré, plus précisément la situation carcérale, l’usage disproportionné de la force publique, la brutalité policière et la violence, affectant les droits de l’homme de façon transversale », a déclaré Ortega, ajoutant qu’au Venezuela il y a 27 000 homicides annuels et 1044 exécutions extrajudiciaires présumées .

Tous les crimes sont liés à l’impunité que la juriste estime à… 99 % ! « Au Venezuela, il y a des groupes armés qui opèrent en toute impunité », a dénoncé Ortega et elle met en évidence le harcèlement croissant dont sont victimes ceux qui dénoncent la corruption, les pratiques illégales et la violation des droits de l’homme.