perou21032016

L’ours à lunettes (Tremarctos ornatus) est le seul ours à vivre sur le territoire sud-américain, assez méconnu il est endémique à la région des Andes tropicales et on le retrouve du Venezuela jusqu’au sud de la Bolivie, c’est une espèce à la fois terrestre et arboricole. Cet ours est omnivore, bien que la viande constitue une partie infime de son régime alimentaire, cet ours également connu sous le nom Ukuku (mot quechua, langue native) ou « ours à lunettes » joue un rôle essentiel dans la cosmogonie (vision du monde) andine, mais aussi amazonienne.

Il est en effet considéré comme un médiateur entre le monde des vivants et des morts, et les Indiens Matsiguenga le considèrent comme le créateur de la vie, le Maeni. Sur le plan international, l’ours andin est également connu de façon originale en tant qu’ours Paddington, un ours de fiction créé par l’écrivain britannique Michael Bond qui a voyagé en Angleterre depuis les terres lointaines du Pérou. Et si aujourd’hui, on ne veut pas que cet ours ne peuple que les mémoires infantiles, il faut se préoccuper sérieusement de sa préservation et cela passe par la protection de son habitat naturel. Cette espèce vit le long de la cordillère des Andes au Pérou, au Venezuela, en Colombie, en Équateur et en Bolivie, elle s’adapte à des niveaux écologiques pouvant aller de 250 à 4 750 mètres d’altitude.

En fait, cet ours est constamment menacé des changements qui sont opérés sur son habitat d’origine, il est victime de la chasse menée par les hommes qui entrent en conflit avec l’animal pour des raisons territoriales, ou encore utilisent des parties de son corps pour la médecine traditionnelle et les rituels. Par ailleurs, sa nature insaisissable empêche de l’étudier en profondeur, de sorte que sa protection et sa gestion impliquent de grands défis. Il convient aussi de préciser que les institutions chargées de la conservation de l’ours à lunettes bénéficient de peu de soutien et de financement.

Fin février, les autorités péruviennes ont organisé à Cuzco, ville emblématique des Andes, ancienne capitale de la civilisation inca, un symposium intitulé « Expériences de conservation de l’ours andin au Pérou et en Colombie », qui a eu pour but de prendre des mesures de protection pour ces mammifères qui peuplent différentes aires protégées du pays parmi lesquelles le parc national Manu.

L’ours à lunettes passe la plupart de son temps à la recherche de plantes, il a besoin dans cette optique à se déplacer sur de grandes surfaces. Selon sa taille, un grand mâle peut avoir besoin de 16 000 hectares de forêt ou d’habitat sauvage, et une femelle jusqu’à 4 000 ha, la déforestation est le principal danger qui pèse sur cet animal unique. À titre d’exemple « L’Équateur a perdu 38 % de la superficie des terres où vit l’ours, car elles sont situées sur des terres utilisées pour l’élevage et l’agriculture de haute montagne, ce qui réduit l’habitat disponible pour l’ours à lunettes », une information dévoilée en 2011 par l’Académie mexicaine des sciences.

Parmi ceux qui ont assisté à cette réunion d’experts le mois dernier, on peut citer des représentants du parc national de Manu, la Wii Foundation de Colombie et  la Société zoologique de Francfort ONG Pérou (FZS Perú), ainsi que le SERFOR Pérou et le gouvernement régional de Cusco.

Ces organisations, à travers des projets, réalisent des études sur la faune et en particulier sur l’ours et les relations qu’il entretient avec les communautés qui vivent dans les Andes.

L’importance de l’ours à lunettes (Tremarctos ornatus) est à la fois écologique et culturelle. Cette espèce stimule non seulement la régénération des forêts et aide à la dispersion des graines, mais il est aussi un personnage central des cultures d’Amérique du Sud, comme Ukuku à Cusco ou Maeni, le grand frère des Matsiguenkas dans la région amazonienne.

L’ours des Andes est également connu sous le nom d’ours à lunettes en raison des taches claires qu’il porte autour des yeux. Il s’agit de l’espèce unique d’ours en Amérique du Sud et il est sans doute le moins agressif des huit espèces répertoriées dans le monde.

Début mars, en ayant recours à la technologie du piège photo/vidéo, la Société régionale autonome de la Valle del Cauca en Colombie a annoncé qu’elle était parvenue à photographier un ours à lunettes, alors qu’il se déplaçait dans la Cordillère centrale à proximité de la réserve naturelle Nirvana, une nouvelle qui ravit les protecteurs de cet animal menacé qui continue d’être persécuté. Il s’agit probablement du même jeune individu de l’espèce Tremarctosornatus d’environ 150 kg qui a voyagé par ce secteur à quatre dates différentes. Tout n’est pas perdu, mais il faut agir vite et bien pour que ce plantigrade ne soit pas un jour qu’un joli souvenir.