colombie23032016

L’Amérique du Sud reste la région du monde où l’on produit le plus de cocaïne, 12 laboratoires ont été démantelés en Argentine et 22 au Chili en 2014. Selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) qui vient de dévoiler son rapport annuel, si au cours de l’année 2013 les efforts du Pérou, de la Colombie et de l’Équateur leur ont permis de réduire la culture de coca à sa production la plus basse en 14 ans, en 2014, la tendance à la baisse s’est poursuivie au Pérou et en Équateur, mais pas en Colombie.

Les surfaces de cultures de coca clandestines en Colombie a augmenté de 42 % en 2015 par rapport à l’année précédente, des chiffres communiqués par la Maison Blanche aux États-Unis, 159 000 hectares ont servis à la culture de cette feuille emblématique du continent dont une partie de la consommation est reconnue pour l’usage traditionnel des communautés, mais qui, transformé chimiquement, devient un stupéfiant dangereux et fait l’objet d’un trafic crapuleux à l’origine d’une forte criminalité.
« Les données du gouvernement américain pour la culture de la coca et la production de cocaïne en Colombie ont montré des augmentations importantes en 2014 et 2015 », indique le rapport.

Par ailleurs, la production potentielle de la culture de coca, à savoir la quantité de cocaïne qui peut être produite grâce aux buissons plantés est estimée à 170 tonnes en plus soit une hausse de 68 %.
Cependant, le gouvernement des États-Unis souligne que « la culture de la coca en Colombie a diminué de 53 % entre 2007-2012 et est restée stable en 2013, les programmes d’éradication aérienne des champs illégaux ont permis cette réduction ».
Par conséquent, les États-Unis continuent de soutenir le gouvernement de la Colombie pour arrêter le flux de drogues produites à l’étranger et réduire les conséquences dévastatrices de la production, du trafic et la consommation.

En outre, le gouvernement continuera de transférer la responsabilité opérationnelle et le financement de la lutte contre les drogues et les programmes de sécurité dans le cadre d’une stratégie plus large de plusieurs années visant à consolider la présence de l’État et le développement économique dans les régions historiquement marginalisées.
Bien que la consommation de cocaïne soit très répandue en Amérique du Sud, la drogue est surtout exportée vers les principaux pays consommateurs en Amérique du Nord et en Europe. L’autorité de surveillance de l’ONU recommande d’ailleurs un meilleur contrôle sur la vente et la circulation des avions qui sont utilisés avec une fréquence croissante pour le trafic de cocaïne à partir de pistes d’atterrissage clandestines dans des régions éloignées d’Amérique du Sud.

Les données indiquent que les stupéfiants dont l’usage est plus répandu sont le cannabis (5,6 % de la population entre 15 et 64 ans a testé au moins une fois au cours des 12 derniers mois), la cocaïne (1,2 %) et les amphétamines et les stimulants (0,5 %).
« La région frontalière entre la Colombie et le Venezuela continue d’être une zone de trafic pour la cocaïne qui part vers des zones d’atterrissage en Amérique centrale et dans les Caraïbes », peut-on lire dans le rapport qui met en évidence que cette région est frappée par la violence liée à la drogue.
« L’augmentation du nombre d’hectares peut être expliquée dans le contexte des négociations de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), après la suspension de la pulvérisation aérienne avec du glyphosate contre les cultures illicites », a affirmé Francisco Thoumi, lors de la présentation de l’étude en question à Bogotá.

En mai 2015, le Conseil national des stupéfiants de la Colombie a approuvé l’arrêt de la pulvérisation aérienne des cultures de coca avec du glyphosate. La décision a été prise à la suite d’une recommandation faite par le Ministère de la Santé et de la Protection sociale de la Colombie après le classement effectué par l’Agence Internationale pour la Recherche sur le Cancer de l’OMS comme agent « probablement cancérogène pour les êtres humaine ».

Le ministre de la Justice, Yesid Reyes, a demandé au cours de la deuxième journée de la réunion sur la Commission des stupéfiants qui s’est tenue récemment Vienne, en Autriche, d’autres mesures que la prison pour les petits producteurs et acheteurs en affirmant que ces personnes remplissent les prisons du monde en étant les maillons les plus faibles de la chaîne, tandis que les gros trafiquants échappent aux autorités.
« Dans la plupart des cas, les plus petits font l’objet de la répression de l’État. Ces infractions sont plus nombreuses que celles des narcotrafiquants de haut vol, et ils sont plus faciles à arrêter pour être traînés devant la justice, mais leur incarcération constitue une contribution mineure à l’interruption des activités des organisations du trafic de drogue ».

Reyes fait essentiellement référence aux petits exploitants ruraux qui se consacrent au marché de la drogue comme un moyen de subsistance pour leurs familles, en notant qu’ en Colombie 77 % d’entre eux veulent arrêter la culture du coca.
Reyes a expliqué que tout d’abord, la politique anti-drogue dans le monde doit être compatible dans tous les pays en accord avec les conventions et traités relatifs aux droits de l’homme.

Deuxièmement, il a insisté sur le fait que le consommateur doit être soumis à une politique de santé publique et non à la répression. « Nous voulons que le consommateur ne soit pas traité comme un criminel, mais comme une personne qui a besoin d’un traitement du point de vue de la santé », a déclaré le ministre.

Troisièmement, il a fait mention d’une politique qui doit permettre « une certaine souplesse dans la mise en œuvre de la politique sur les drogues, de sorte que chaque pays puisse avoir une politique dans le cadre des conventions internationales, mais selon les propres réalités de sa région. »
Sur ce troisième point, le ministre a évoqué l’exemple de la Bolivie, un pays avec des usages traditionnels et ancestraux de la coca, une pratique qui ne se justifie pas en Europe. Avec le soutien de 169 pays sur les 183 qui intègrent la Convention unique sur les stupéfiants de l’Organisation des Nations unies, la Bolivie est parvenue à ce que soit dépénalisée la pratique de la mastication ancestrale de la feuille de coca en 2013.

le Représentant permanent de la Bolivie auprès des Nations Unies, M. Pablo Solón avait précisé que « la Bolivie et d’autres pays andins seraient ainsi autorisés à préserver la tradition millénaire de la mastication de la feuille de coca, sans que leurs habitants soient considérés comme des délinquants au regard du droit international. » César Guedes, le représentant bolivien du Bureau des Nations unies pour le contrôle des drogues et la prévention des délits avait ajouté : « Cela ne signifie pas la légalisation de la feuille de coca, elle figure toujours sur la liste des substances contrôlées. Vous ne pouvez pas quitter le territoire avec vos feuilles de coca et vous rendre dans d’autres pays parce que vous vous exposez aux normes du pays où vous voyagez ».

(vidéo de juillet 2015)