perou24032016

L’AIDESEP, l’association interethnique pour le développement de la selva péruvienne (forêt amazonienne), a fait part de sa préoccupation concernant des cas d’hépatites sévères parmi de jeunes enfants indigènes de moins de 5 ans.

L’organisation a fait part de symptômes violents qui ont coûté la vie à des natifs en bas âge parmi lesquels des vomissements, des fièvres à l’origine de déshydratations sévères, Queerven Noteno Oraco, président de la Fédération ORKIWAN (Organización Kichwa Runa Wangurina del alto napo) de l’Aidesep a affirmé « ce n’est pas la première fois qu’autant d’enfants meurent de la maladie du ‘vomi noir’, l’année dernière, 5 enfants de la communauté d’Angosteros ont perdu la vie, ils étaient âgés de moins de cinq ans. En 2015, une Brigade médicale du Ministère de la Santé a été dépêchée sur place, et a précisé les causes de la mort, en affirmant que les enfants étaient morts de l’Hépatite D ».

Selon Sofía González, spécialiste des maladies infectieuses à l’Institut de Médecine tropicale « Daniel A. Carrión » de l’Université nationale de San Marcos (San Marcos), pour que l’hépatite D se développe et provoque la mort c’est qu’il n’y a eu aucun contrôle préalable de l’hépatite B, une absence de surveillance médicale adaptée au sein des communautés autochtones, étant donné que l’hépatite D est activée uniquement sur le terrain de l’hépatite B.

Les enfants de moins de cinq ans ont probablement été infectés par le virus in utero, la mère porteuse de l’ hépatite chronique B sans le savoir peut la transmettre à son bébé, et l’hépatite B chronique peut tourner à l’hépatite D. L’agent delta, découvert en 1977 provoque l’hépatite D. C’est un virus incomplet, transmis par voie sanguine ou sexuelle (piqûre, transfusion, tatouage, piercing et contact sexuel non protégé) qui n’atteint que les personnes présentant une hépatite B chronique du VHB.

« L’hépatite D ne peut pas être prévenue, mais on peut se prémunir contre l’hépatite B dans ce secteur vulnérable. En assurant un contrôle et en donnant des traitements au sein des communautés autochtones, l’hépatite D ne devrait pas se développer. Étant donné les symptômes mentionnés, une étude devrait également être réalisée pour exclure une flambée de fièvre jaune au sein de cette population », a déclaré la spécialiste de l’AIDESEP.

C’est dans ce contexte que les organisations autochtones [Aidesep, la Confederación de Nacionalidades Amazónicas del Perú (Conap), la Organización Nacional de Mujeres Indígenas Andinas y Amazónicas del Perú (Onamiap), la Confederación Campesina del Perú (CCP)…], la Defensoría del Pueblo ont déposé plainte pour exiger que le gouvernement péruvien adopte la loi sur la politique de santé interculturelle, ce qui devrait réduire les lacunes dans les soins de santé.

Le représentant Eduardo Vega, a déclaré que la réclamation a été déposée à la demande des peuples autochtones pour le « retard injustifié dans l’approbation du décret suprême » après la conclusion d’un accord en 2014 s’engageant à donner de meilleurs soins aux communautés natives.

« 18 mois se sont écoulés depuis la signature des accords du processus de consultation. La Defensoría et les peuples autochtones ont envoyé plusieurs requêtes à la présidence du Conseil des ministres (PCM) et le ministère de la Santé et à ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse », a déclaré Vega mardi 22 mars dans un communiqué de presse.

L’accord prévoit par exemple la mise en place d’établissements de santé au sein des communautés autochtones, avec au moins une infirmière ou un médecin parlant la langue de la communauté, et que des traitements contre le VIH, la tuberculose et l’hépatite soient disponibles pour traiter rapidement les malades.

« L’attention médicale est tellement déficitaire que 51,2 % des communautés natives ne bénéficient d’aucun centre de soin. Cela constitue un sérieux problème, car les diverses épidémies présentes dans les milieux indigènes comme les diarrhées aiguës, ou la malaria s’ajoutent à de nouvelles maladies comme le VIH, l’hépatite B ou la tuberculose qui ne sont pas traitées de façon adéquate », a souligné Vega.

Les indigènes sont aussi victimes des contaminations de leur environnement, des pollutions qui ont un impact sérieux sur leur santé, jusqu’à 80 % d’un peuple autochtone au Pérou récemment contacté (les Nahuas) a été empoisonné au mercure à différents niveaux, ce qui constitue déjà une forte préoccupation quant à l’avenir de cette tribu. Un enfant est mort avec des symptômes d’empoisonnement au mercure connexe, rapporte l’organisation de défense des droits autochtones Survival International.

L’AIDESEP tire la sonnette d’alarme et incite le gouvernement péruvien à procéder à des bilans de santé complets sur les Nahuas et d’autres tribus natives de la région et à mener une enquête approfondie sur l’origine de l’intoxication. Le ministère de la Santé a réalisé une étude au printemps 2015, mais les résultats n’ont pas encore été rendus publics.

Stephen Corry, le directeur de Survival, a affirmé : « Les autorités péruviennes ont toujours été indifférentes aux problèmes auxquels sont confrontées les communautés indigènes et la négligence totale dont elles font preuve face à cette situation en témoigne parfaitement. Si cette situation avait eu lieu à Lima, elles n’auraient pas réagi de manière aussi désinvolte et n’auraient pas été aussi réticentes à publier leurs premières conclusions. Il est tout simplement scandaleux que le gouvernement ne fasse pas davantage d’efforts pour solutionner cette crise. Le fait qu’il n’ait pas rendu publiques les informations à sa disposition est également très éloquent ».