colombie01042016

La mauvaise nouvelle a été donnée à la Radio Nacional de Colombia par Javier Rojas Uriana, porte-parole de la communauté Wayuu, qui a annoncé le décès en début de semaine de cinq enfants de la communauté victimes de dénutrition dans le département de La Guajira.

Entre hier (28 mars) et aujourd’hui (29 mars), « nous dénonçons trois morts d’enfants qui sont confirmés avec certificat de décès, par les mères et les communautés concernées. Il y a deux autres enfants qui sont morts à la Sabana de Manaure et nous attendons pour confirmer l’information », a affirmé Rojas.

Les trois cas confirmés à ce jour par la communauté sont Darwin Rafael Pushaina, 6 mois, Johana Andrea Pushaina, 5 mois et Carlos Arturo Piayu de 16 mois, à Manaure. Selon Javier Rojas, délégué indigène chargé des problèmes de malnutrition, ces tristes nouvelles ont déjà été fournies aux autorités, mais l’Institut colombien de protection de la famille n’a pas encore réagi.

Plusieurs cas de dénutrition ont été rapportés dans le département de La Guajira et ont coûté la vie à plusieurs enfants de la communauté autochtone Wayuu, ils ont été dénoncés par la Commission interaméricaine des droits de l’homme qui a ordonné la mise en place de mesures préventives appropriées.

Avec la mort récente de ces enfants, cela porte à 21 le nombre de jeunes mineurs décédés cette année en raison d’une alimentation insuffisante et un manque d’eau potable, une information rapportée par les dirigeants et les centres de santé. Le secrétaire départemental de la Santé, Stevenson Marulanda, a affirmé que la situation est préoccupante et a fait part de son inquiétude face aux enfants qui meurent dans cette partie désertique du pays.

Un enfant sur dix en Colombie souffre de dénutrition chronique, le directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Anthony Lake, a par ailleurs précisé que la nourriture adéquate dans les mille premiers jours de la vie est essentielle pour le développement physique et intellectuel.

Bien qu’« il y ait des enfants qui souffrent de la faim dans tous les pays du monde », Anthony Lake a fait remarquer que ce chiffre est nettement inférieur à celui enregistré en Afrique ou encore en Asie du Sud.

En effet, un enfant souffrant de malnutrition chronique peut présenter un retard de croissance et ses capacités cognitives et intellectuelles peuvent être fortement impactées, avec des conséquences irréversibles pour le reste de sa vie. En Colombie, la situation a particulièrement empiré dans La Guajira, à la frontière nord avec le Venezuela, suite à la grave sécheresse qui s’est installée depuis plusieurs années sur la zone.

Selon le ministère de la Santé de la Colombie, en 2015, 38 cas de décès infantiles liés à la dénutrition ont été enregistrés, selon les données préliminaires.

Les départements les plus touchés par ce fléau sont Magdalena (nord) avec 17,2 % des cas, suivi de La Guajira (nord) et Tolima (centre), chacun avec 10,3 %.

La situation était si critique dans La Guajira que le 10 février dernier, le président de ce pays sud-américain Juan Manuel Santos a visité le département avec plusieurs membres du gouvernent et les autorités locales pour discuter de la situation.

« La mort d’un seul enfant par la faim ou la malnutrition est une honte pour notre pays ! », a déclaré le président à la fin de la visite.

L’Institut colombien de protection de la famille (ICBF) a répertorié au cours de l’année 2015, 898 enfants souffrant de malnutrition dans La Guajira. Arelis Ufiana, représentant Wayuu et membre du haut Conseil d’administration de l’Organisation nationale indigène de Colombie, a déclaré que dans la Guajira, le problème est historique, tout comme le fait que le gouvernement colombien peine à prendre des mesures efficaces, en expliquant même qu’il avait dû recourir aux médias locaux pour sensibiliser l’opinion sur la situation des enfants au sein de ses communautés parce que les organismes de santé ne s’occupent pas des populations vivant dans ces zones reculées.

Au cours de ces 8 dernières années, ce sont près de 5000 enfants de la communauté Wayuu en Colombie qui ont perdu la vie faute d’un accès à l’eau potable et d’une alimentation suffisante, des chiffres publiés par la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Cette communauté native est établie dans le département le plus septentrional du pays sud-américain (La Guajira), fortement marqué par le désert du même nom (à 610 km au nord de Bogota) l’aridité a été accentuée par des projets miniers qui se sont développés (des cours d’eau ont été déviés pour des intérêts énergétiques servant les entreprises) et un climat hostile.