perou11042016

Le premier tour des élections présidentielles au Pérou, qui a eu lieu dimanche 10 avril, a livré son verdict, la candidate de centre-droit Keiko Fujimori, du parti FUERZA POPULAR, a remporté 39,43 % des suffrages. Des chiffres révélés par la ONPE lors de la publication de son dernier bulletin officiel le 11 avril à 1 h 18.

Le deuxième candidat en tête est Pedro Pablo Kuczynski du parti PERUANOS POR EL KAMBIO, il totalise 24,02 % des votes et affrontera Keiko Fujimori dans les urnes le 5 juin lors du second tour qui désignera le successeur d’Ollanta Humala à la tête du pays sud-américain.
L’ONPE, le Bureau national des processus électoraux, a également indiqué que le taux de participation aux élections a été de 85,01 %, en ajoutant qu’il y a eu 9,92 % de votes blancs et 4,48 % de bulletins nuls.
La candidate du parti EL FRENTE AMPLIO POR JUSTICIA, VIDA Y LIBERTAD, Veronika Mendoza, a réuni 16,57 % des bulletins de vote et se place en troisième position avant le parti ACCION POPULAR qui a convaincu 6,19 % des électeurs.

Un succès électoral donc pour la controversée Keiko Fujimori, fille de l’ancien président du Pérou, Alberto Kenya Fujimori (au pouvoir entre 1990 et 2000) condamné le mardi 7 avril 2009 à 25 ans de prison, par le tribunal de Lima, pour violation des droits de l’homme pendant sa présidence. Cette dernière a mené une campagne acharnée pour tirer son épingle de jeu et faire oublier à la population « les excès » de son père, selon ses propres mots, pour lesquels elle a présenté ses excuses.
Durant cette campagne électorale, elle a promis de lancer le Plan Pérou qui prévoit un programme économique libéral et qui envisage « un boom des investissements dans les infrastructures productives » afin « d’obtenir un impact positif sur la population en terme de pauvreté et d’inégalité ».
Fujimori s’est rapproché néanmoins de l’idéologie défendue par son père en insistant sur le thème de la sécurité et en faisant part de sa volonté de résider « dans un pays où nous vivons en paix et sans crainte ».

Cependant, elle a cherché à se distancer de la figure paternelle, et on comprend aisément pourquoi, en termes de droits humains. Ainsi, elle a obtenu une protection efficace des droits de l’homme, qui inclut l’indemnisation des victimes de violations passées et futures.

Les électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote dans le calme, même si deux attaques attribuées à « des forces résiduelles » de la guérilla maoïste du Sentier lumineux ont entaché le processus démocratique en faisant 7 morts, dont 6 policiers, à Junín. « Le terrorisme et ceux qui s’allient à lui n’ont aucune place dans notre société et notre famille », a affirmé le président de la République sortant qui ne pouvait pas briguer un deuxième mandat consécutif selon la Constitution en vigueur. Plus de 300 observateurs d’organismes nationaux et internationaux ont surveillé le bon déroulement du processus électoral. Près de 23 millions de Péruviens se sont exprimés pour choisir leur prochain président, mais aussi deux vice-présidents, 130 délégués et 15 représentants au Parlement andin pour la période 2016-2021
La leader du parti arrivé en tête a ajouté « En regardant le Pérou dans les yeux, je signe cet engagement d’honneur: je sais regarder l’histoire de mon pays, je sais quels sont les chapitres qui doivent être répétés et ceux qui ne doivent pas l’être ».

Dans son premier discours donné après l’annonce des résultats, la fille de l’ancien président populiste a remercié « les millions de Péruviens » qui ont fait confiance à son parti et a constaté que sa victoire témoigne d’une envie de « réconciliation » et du fait que « les Péruviens ne veulent plus de combats. »
L’ombre de son père n’a donc pas empêché la politicienne de 40 ans de remporter le premier tour dans les urnes, ni même la révélation du nom de l’un de ses lieutenants de la finance dans l’affaire des comptes offsohre Panama Papers. Keiko Fujimori a réussi à s’appuyer malgré tout sur la sympathie que suscite encore son père dans certains secteurs de la population péruvienne, grâce à sa politique populiste, la lutte contre l’hyperinflation et la façon dont il a muselé la guérilla du Sentier Lumineux et le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA ).

L’ancien ministre Pedro Pablo Kuczynski, ancien économiste de Wall Street et de la Banque mondiale, âgé de 77 ans, va avoir pour objectif de réunir les votes des anti-fujimoristes pour espérer s’imposer au second tour en misant sur son expérience pour maintenir l’impulsion dans le pays. Fort du soutien urbain des votants de la capitale Lima, il reste une énigme pour de nombreux habitants des campagnes reculées, connu comme le « gringo », il a promis davantage d’investissements privés. Né d’un père allemand et d’une mère franco-suisse, le leader du PPK est un cousin du réalisateur Jean-Luc Godard et sa vie a été un film: né au Pérou, il a accompagné son père, médecin, pour des œuvres sociales dans des zones reculées du Pérou, mais il a fait ses études au Royaume-Uni, en Suisse et aux États-Unis, ce qui lui vaut surnom quelque peu péjoratif.

« C est une personne très préparée, il a beaucoup d’expérience, à la fois des entreprises privées et de gouvernement », tels sont les mots du prix Nobel péruvien de littérature, Mario Vargas Llosa, se référant au candidat présidentiel du parti péruvien Par Kambio (PPK) Pedro Pablo Kuczynski dont il appuie la candidature.
« Je pense que si elle gagnait les élections, ce serait une légitimation de l’une des pires dictatures que le Pérou ait connues, l’une des plus sanglante et corrompue », a-t-il ajouté en se référant à Keiko Fujimori.

Mais le choix est bel et bien entre les mains des électeurs qui devront trancher pour l’avenir du Pérou, un pays en expansion qui entre 2016 et 2017, devrait enregistrer la plus forte croissance d’Amérique latine (entre 4 % et 5 %), selon Julio Velarde, président de la Banque Centrale (BCR). Ollanta Humala cédera sa place aux plus hautes fonctions le 28 juillet prochain.