venezuela20042016

Le sort s’acharne sur la population vénézuélienne, frappée par une une inflation fulgurante de 180 % en 2015, une pénurie d’aliments et de médicaments, le pays pétrolier fortement impacté par la chute des cours du brut traverse une crise sans précédent, à cela s’ajoute le déchaînement des éléments. En effet, même la nature met à l’épreuve les nerfs déjà bien fragilisés des habitants.

Avec la sécheresse qui sévit, les réserves en eau du Venezuela fondent comme neige au soleil, et le pays qui produit essentiellement son énergie électrique grâce aux barrages hydroélectriques vit une situation très difficile qui rend le quotidien bien compliqué à l’origine de décisions gouvernementales plus ou moins cocasses.
Au Venezuela, l’approvisionnement en électricité est fourni à hauteur de 60 % par les barrages hydroélectriques, or le sud-est du pays est également touché par la sécheresse, ce qui ne permet plus aux centrales de fonctionner et de fournir du courant.
« Les barrages qui alimentent les villes du nord du Venezuela, où la majorité de la population du pays est concentrée, ont été fermés en raison du manque d’eau », a déclaré le ministre Ernesto Paiva .
« Le barrage de Canoabo et de l’État Falcon (les côtes nord-ouest) sont hors service ou présentent un niveau très faible tout comme le Lagartijo, qui fournit une partie de Caracas et les vallées de Tuy (à l’est) », a-t-il ajouté.
La zone est fournie avec un système « 30 x 150 », à savoir les zones peuplées reçoivent de l’eau partiellement pendant 30 heures, puis en sont privées pendant 150 heures, et le gouverneur régional, Francisco Arias, a averti que les restrictions en eau allaient se poursuivre encore un mois au moins .
La réserve Clavellinos, qui fournit la côte nord-est et l’île caribéenne de Margarita, se trouve dans une situation similaire, tandis que dans Caracas et les villes voisines le nombre de districts frappés par le rationnement d’eau est augmentation.

Les autorités espèrent le retour des pluies pour les mois de mai ou juin, les phénomènes météorologiques qui frappent l’Amérique du Sud en alternance, El Niño et La Niña ont des conséquences sérieuses, cette année le Niño, très fort, a provoqué sécheresse au nord (Venezuela et Colombie) et inondations dans le Cône Sud, le retour de la Niña, annoncé par le gouvernement pour apaiser les esprits échauffés, ose-t-on dire, pourrait apporter des pluies salutaires.

Dans une interview, le ministre Ernesto Paiva a évoqué les conséquences d’El Niño dans le pays en déclarant à PANORAMA « il se passe quelque chose d’extraordinaire dans le pays, on a vécu trois années de sécheresse consécutives. Et en plus nous bouclons ce cycle avec l’influence d’El Niño, qui sur notre territoire induit de la sécheresse. Ce phénomène nous oblige à prendre des dispositions extraordinaires pour pallier les effets de cette grande sécheresse particulièrement grave, surtout au nord du pays en terme d’eau potable. Tandis qu’au sud, la sécheresse a des conséquences principalement au niveau de la réserve électrique de Guri, la principale du pays ». Il a ajouté « le pays n’a pas connu une telle période de sécheresse depuis l’année 1972″.

Le niveau du barrage Guri, où 70 % de l’énergie électrique nationale est fournie, est en chute libre, lors d’une visite au complexe hydroélectrique sur la rivière Caroni dans l’État de Bolivar. Le ministre de l’Énergie électrique, le général Luis Motta Dominguez, a déclaré à Reuters que les prévisions évoquent de probables chutes de pluie (taux de confiance entre entre 70-80 %) d’ici la fin avril ou en mai, ce qui pourrait stopper le déclin de Guri à un niveau critique de 240 mètres. Mais tout ceci reste très aléatoire dans un pays où l’eau est indispensable pour avoir de l’électricité, les caprices du ciel sont à l’origine de nombreuses inquiétudes !

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a annoncé de nouvelles mesures pour rationner l’électricité comme un changement de fuseau horaire « à partir du 1er mai pour augmenter les économies d’électricité » et des sanctions pour certains centres commerciaux afin de répondre aux urgences de l’électricité causée par la sécheresse afin d’éviter « un rationnement dur » : « Je vais changer le fuseau horaire du Venezuela à partir du 1er mai, ce sera une mesure que je vais expliquer dans les prochains jours, mais cela fait partie de la somme de mesures visant à surmonter cette situation », a déclaré le président lors d’un discours prononcé devant des milliers de partisans.

Maduro avait déjà ordonné aux travailleurs publics de ne pas travailler le vendredi au cours des deux prochains mois pour apporter une contribution supplémentaire « À partir de vendredi [8 avril] et pendant deux mois, le vendredi sera un jour férié […] Nous aurons de longs week-ends ». Le chef de l’État a évoqué « une quasi-tragédie environnementale » en ajoutant « nous devons adapter nos manières de vivre ».  L’opposition, désormais majoritaire au Parlement, accuse le gouvernement en place de ne pas avoir anticipé la situation en développant le réseau électrique.