chili04052016

Les côtés du Sud chilien ont décidément offert un paysage de désolation depuis le début de l’année, des échouages massifs d’animaux marins qui ont interpellé la communauté internationale sans réelle explication scientifique, même si l’augmentation en température des eaux du Pacifique, en présence d’un Niño important, semble être une cause possible de mortalité accrue avec profusion d’algues toxiques et un manque d’oxygène.

Baleines, lions de mer, calmars et sardines ont échoué en masse en cette année exceptionnelle fortement impactée par le phénomène climatique, et une autre catastrophe est à déplorer depuis plusieurs jours maintenant. Le gouvernement chilien a alerté la population de l’augmentation « sans précédent », à la fois en intensité et en surface, de la marée rouge qui pollue actuellement la zone côtière de la grande île de Chiloé, un archipel situé dans le sud de cette nation sud-américaine.

« Compte tenu du cycle de vie des microalgues et des mécanismes de dispersion océanographiques, des courants, l’extension et l’expansion de cette pollution devraient se poursuivre le long de la côte », a affirmé hier 3 mai, le sous-secrétaire à la Pêche et à l’Agriculture.
Selon un rapport émis par ce service, c’est la première fois qu’un tel effet de « bloom » est enregistré sur cette région, en fait il s’agit d’une efflorescence algale causant une augmentation rapide de la concentration de phytoplancton toxique (Alexandrium catenella).

La consommation de fruits de mer contaminés par ce phénomène naturel est nocive pour la santé humaine et peut provoquer une paralysie et même la mort dans les cas extrêmes. En fait, depuis 1972, l’ingestion de fruits de mer contaminés par la marée rouge a tué 23 personnes au Chili.

La semaine passée, la présidente de la République Michelle Bachelet a déclaré « zone sinistrée » la zone côtière de la région de Los Lagos, et l’archipel de Chiloé après avoir analysé la situation locale de l’emploi suite à l’interdiction de la pêche aux fruits de mer. À cet égard, le directeur du Service national des pêches maritimes, Eduardo Aguilera, a recommandé d’éviter la consommation de produits qui ne possèdent pas une origine claire, en particulier les moules, les huîtres, les palourdes et « machas ». La présence de la toxine ne peut pas être détectée à l’œil nu et porter à ébullition les coquillages ne permet pas de les assainir en détruisant les bactéries par la chaleur.
« La toxine n’est pas inactivée par la chaleur, au contraire sous l’effet de la chaleur, elle prend une forme beaucoup plus puissante, sous l’effet de la cuisson, les fruits de mer contaminés peuvent voir leur niveau de toxicité augmenter ». Toutes les précautions sanitaires doivent être donc prises.

Parmi les symptômes, les personnes contaminées peuvent ressentir des frissons, des maux de tête, une faiblesse musculaire, des nausées et parfois une insuffisance respiratoire, dans les cas extrêmes cette détresse peut conduire à la mort. Le Dr. Suarez a affirmé que le laboratoire de Toxines marines de la Universidad de Chile, possède des bureaux qui sont situés à Santiago et Castro, et a précisé que ces événements dans l’archipel de Chiloé apparaissent depuis 2002, mais ont été répétées en 2006, puis en 2009 avec une intensité moindre.

« C’est très complexe, presque impossible de prédire ce problème, mais nous avons des informations sur des cycles annuels plus à risque, entre les mois de janvier et de mai de chaque année où ces cellules prolifèrent et peuvent, dans certains cas, conduire à la présence de toxicités dans les mollusques qui les ont filtrés et accumulés dans leur organisme », ont expliqué les experts.

Les pêcheurs artisanaux et leurs familles, qui vivent de la vente des produits de la mer, ont fait part de leur mécontentement face au dédommagement proposé pour compenser les pertes, un montant de de 100 000 pesos alloué par famille (environ 151 $), une somme jugée insuffisante au vu de la gravité de la situation et du préjudice subi. Les experts ont également noté que la période de désintoxication des ressources peut durer un mois, dans le cas des espèces qui ont de faibles niveaux de concentration toxique, mais pour d’autres il faudra attendre jusqu’à un an, car ils seront toujours impropres à la consommation.

De nombreux magasins et maisons ont manifesté leur solidarité avec les pêcheurs locaux totalement désabusés en accrochant des drapeaux noirs sur leurs fenêtres et balcons. 2 000 pêcheurs artisanaux de Chiloé ont intensifié le 3 mai leurs protestations contre le gouvernement sur l’interdiction de récolter les fruits de mer dans la zone contaminée par la marée rouge.
Les pêcheurs ont bloqué les principaux accès routiers de l’île de Chiloé, la plus grande des îles qui composent l’archipel pour manifester contre le montant de l’indemnisation proposé par le gouvernement.

« La solution que l’on nous donne est pauvre, erratique et honteuse », a souligné le secrétaire du Bureau des artisans pêcheurs de Ancud, Jorge Velasquez à la Radio Cooperativa. Cette interdiction de prélever des coquillages place les pêcheurs et leurs proches dans une situation de précarité, ces derniers réclament 400 000 pesos (soit 600 dollars) par travailleur pour affronter cette crise du secteur.