colombie07052016

L’urgence sanitaire a été déclarée dans près de la moitié des établissements pénitenciers de Colombie, cette mesure a été prise jeudi par les autorités au vu de l’absence de soins dans 74 prisons du pays. Le ministère de la Justice a informé que la population carcérale doit être prise en charge de toute « urgence ».

« Cette déclaration d’urgence sanitaire dans les prisons est fondamentale (…), à l’heure actuelle de nombreux centres de réclusion ont des problèmes concernant la prise en charge de la santé de détenus, ce sont des vies humaines qui sont en jeu », a affirmé le ministre Jorge Londoño.

Le fonctionnaire considère comme « inquiétant » qu’il n’y ait « pas de service de santé au sein de 74 prisons ». De fait, jusqu’au mois de décembre prochain, des équipes d’assistance médicale auront en charge de renforcer les services de santé dans ces prisons où les zones de soins seront réhabilitées.

« Le problème est de savoir comment nous allons résoudre cette situation et quel système nous allons appliquer dans ces prisons », a déclaré Londoño.

Avec ce plan, certains détenus seront traités en « priorité » interne, il s’agit de prisonniers atteints du virus du sida (611 cas), du cancer (89 cas), du diabète (1112 cas), et de maladie pulmonaire obstructive chronique (188 cas), mais aussi de troubles psychiatriques (2884 cas), selon des chiffres publiés par le Ministère.

En Colombie, il y a un médecin pour 496 détenus et 55 % des prisons ne disposent pas suffisamment d’accès aux médicaments.

En outre, 88 % des établissements n’adoptent pas les protocoles pour la collecte des déchets médicaux, selon les statistiques de l’Ombudsman, qui considère la mesure comme « insuffisante » .

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné que la « situation humanitaire catastrophique » dans les prisons en Colombie remonte déjà il y a quelques années.

Les 134 prisons de Colombie ont une capacité de 80 000 personnes, mais sa population carcérale est de plus de 120 000, selon les données du CICR.

Le ministère de la Justice a lui-même reconnu que cette mesure était « un palliatif » et qu’un travail de fond était nécessaire pour résoudre définitivement les lacunes du système carcéral, des propos tenus à Prensa Latina.

La Defensoría del Pueblo a affirmé « il faut faire une auto-critique, c’est fondamental. Il y a eu un manque de gestion et nous devons faire beaucoup plus d’efforts pour résoudre ces problèmes ». La Defensoría del Pueblo, a jugé positive cette prise de conscience, mais estime que la stratégie est limitée et ne permet pas d’éradiquer les problèmes tels que la surpopulation carcérale et la modification globale des services de santé en prison, a rapporté El Colombiano.

Le ministère de la Justice a précisé que la déclaration d’urgence donne des pouvoirs spéciaux au directeur de l’INPEC et l’Unité des Services correctionnels et des prisons (USPEC) afin de prendre des mesures immédiates pour faire face à la crise dans les prisons en termes de travaux d’amélioration des unités de santé, d’approvisionnement en médicaments et des soins d’urgence.

À titre d’exemple, sur les 16 045 prisonniers qui sont détenus dans les prisons de la Costa, 524 souffrent de quatre types de maladies: la varicelle, la tuberculose, le SIDA et maladies psychiatriques. Le chiffre correspond à 3,26 % de la population carcérale, cependant, avec la surpopulation et le manque d’hygiène, la situation risque de s’aggraver, et des épidémies sont à craindre.

En février 2016, une décision du tribunal constitutionnel suprême de la Colombie sur la situation des détenus a été rendue. Par son arrêt T-762/15, il a rappelé qu’un ensemble de points liés à la précarité carcérale était contraire à la Constitution.

La Cour « a invité instamment les institutions de l’État à proposer des solutions et le CICR en tant qu’organisation qui protège les droits des personnes privées de liberté à définir un certain nombre de normes minimales pour accompagner le processus de vérification des progrès, des reculs et des difficultés dans les prisons ».