equateur11052016

La biomédecine est une discipline scientifique médicale impliquant les principes biologiques naturels à une pratique clinique, et cette branche a le vent en poupe en Équateur, pays sud-américain, dont la richesse de la biodiversité offre des perspectives pour le milieu de la santé. Au centre Jambatu, situé à San Rafael (vallée de Quito, capitale du pays) qui se consacre à l’étude des amphibiens, les scientifiques, avec le soutien de l’État et de la fondation privée Otonga, ont un objectif avoué, trouver les médicaments de demain pour soigner les pathologies qui minent l’être humain.

Des amphibiens, en particulier des espèces endémiques des Andes en voie de disparition, suscitent l’intérêt des experts, il s’agit donc de les protéger pour espérer mener à bien des recherches pouvant conduire à l’élaboration de biomédicaments.
Pour le sous-secrétaire au Patrimoine naturel de l’environnement, Miguel Sáenz, les 9 % d’amphibiens que possède l’Équateur sur son territoire (sur un total mondial) constituent une richesse, et les sécrétions de ces derniers pourraient offrir des solutions thérapeutiques aux maladies dans les prochaines décennies (d’ici 20 à 30 ans).

Le directeur du centre Jambatu, Luis Coloma, a de son côté affirmé que les grenouilles et les crapauds représentent un univers de connaissances intarissable : « On dit généralement que les grenouilles sont des pharmacies ambulantes, elles possèdent de nombreuses ressources chimiques d’intérêt biomédical », par exemple certaines sécrétions de crapauds sont cent fois plus puissantes que la morphine, sans effets secondaires, mais en raison de sa puissance, son application ne peut pas encore bénéficier à l’homme.

Le traitement de la maladie d’Alzheimer est un autre exemple de recherche fondée sur les sécrétions des amphibiens. Le chercheur sait que le processus pour produire des traitements biomédicaux est complexe et qu’il s’inscrit dans la durée.
« On a besoin de recueillir les grenouilles ou de les élever en laboratoire, les molécules de la peau sont étudiées, elles sont synthétisées, et sont soumises à des essais bactériologiques sur des micro-organismes, des animaux et éventuellement par la suite chez l’homme ».
Ceci est « un processus qui peut durer durant des décennies et nécessite une recherche approfondie avant que le produit ne puisse être commercialisé », a-t-il déclaré.
Coloma a ajouté que les peaux de crapauds abritent des « glandes qui les protègent contre les virus, les champignons, les bactéries », mais les grenouilles ne sont pas seulement une source de connaissances pour lui.
« Chaque centimètre carré de ce pays est plein de bio-organismes avec un potentiel bio-médical, mais toute la vie bactérienne est pratiquement inconnue ».

Des pratiques non validées par le milieu médical, qui d’ailleurs n’écarte pas des risques potentiels sur la santé, sont déjà utilisées en Amérique du Sud par des communautés natives. Traditionnellement, les Katukinas, les Kaxinawa et les Ashaninka, parmi d’autres groupes indigènes du Brésil, utilisent les sécrétions du kambó lors des rituels pour stimuler le système immunitaire.

Des chamanes utilisent la substance hautement toxique de la Phyllomedusa bicolor, aussi appelée grenouille kambó pour se protéger des prédateurs. Surtout présent en Brésil, cet amphibien d’un vert éclatant peuple la forêt amazonienne et peut également être retrouvé en Bolivie, Guyane, Pérou, Vénézuéla et en Colombie.
L’Institut Butantan a mis en garde contre les risques du vaccin-crapaud, technique indigène qui promet de fournir de la force, de l’endurance et même de guérir diverses maladies, dont le cancer et la dépression. Selon le professeur Carlos Jared, directeur du Laboratoire de biologie cellulaire Butantan, il n’y a pas d’études qui confirment l’efficacité globale du poison de la grenouille Phyllomedusa bicolor. Le commerce de son venin est interdit par l’ANVISA (Agence de surveillance sanitaire du Brésil) et l’utilisation à grande échelle constitue un risque environnemental, car sa capture aveugle peut causer son extinction.

D’ailleurs, en Argentine la ministre de la Sécurité nationale, Patricia Bullrich, a annoncé le 9 mai une opération anti-drogue au cours de laquelle neuf personnes ont été arrêtées alors qu’elles détenaient « des produits hallucinogènes à base de la sécrétion de ladite grenouille Kambo qui est bien connue au Pérou et en Amazonie ».
« C’est la première fois que nous voyons l’utilisation de ces rituels amazoniens en Argentine, derrière cela se cache le commerce de la drogue », a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse.

« Il y a neuf détenus de cette organisation et un certain nombre de substances ont été confisquées, elles contiennent des substances interdites par le décret sur les précurseurs chimiques, dont la DTM (Dimetriltriptamine) », a déclaré le ministre.
Parmi la prise, la ministre a parlé également de « cactus et champignons hallucinogènes », l’usage de ces produits stupéfiants était destiné à une rave party de deux journées organisée à Buenos Aires.

Vous l’aurez compris, ce qui est naturel n’est pas synonyme de légalité et d’absence de toxicité, les scientifiques sont là pour extraire le meilleur de la Nature à coup de recherches méticuleuses et prolongées, alors les pratiques hasardeuses sont davantage une menace pour la santé, prudence donc avec les vendeurs de rêve surtout lorsqu’ils ont des allures de dealer…