venezuela17052016

Les tensions au Venezuela s’accentuent au fil des semaines, et la crise se durcit dans le pays sud-américain gouverné par l’héritier du défunt Hugo Chavez, le chef de l’État Nicolas Maduro a décrété l’État d’exception et d’urgence alors que la grogne populaire ne fait que s’accroître et se manifeste dans la rue. Au milieu des manifestations et pillages causés par la pénurie d’aliments de base, de médicaments, en plus des coupures d’eau et d’électricité quotidiennes et la plus forte inflation enregistrée dans le monde, Maduro a montré des signes de fermeté et d’intransigeance au cours des derniers jours. Vendredi, il a prolongé un décret d’urgence économique en vigueur depuis janvier, mais étonnamment il a aussi promulgué un état d’urgence pendant 60 jours.

« L’État d’exception et l’État d’urgence économique d’urgence sont déclarés (…) en raison des circonstances de l’ordre social, économique, politique, naturel et écologique qui affectent gravement l’économie nationale, l’ordre constitutionnel, la paix sociale, la sécurité de la nation » dit l’article 1 de la Gazette officielle.

« Avec le pouvoir que me donne la Constitution en tant que chef de l’État de la República Bolivariana de Venezuela, je signe un nouveau décret plus complet, plus intégral de protection envers notre peuple, une garantie de paix, de stabilité qui nous permet en ces mois de mai, juin, juillet, mais aussi au long de 2016 et probablement de 2017 de récupérer la capacité productive du pays », a affirmé Maduro.

Au Venezuela, il n’y a aucun moyen de calculer l’inflation réelle parce que les évaluations effectuées par la Banque centrale (BCV) sont basées sur les prix établis dans les magasins et la plupart des Vénézuéliens achètent à des revendeurs, selon l’institut de sondage Datanalisis. « 57 % des Vénézuéliens achètent souvent des produits sur le marché noir (…), des chiffres auxquels la Banque centrale n’a pas accès », a déclaré le président Datanalisis, Luis Vicente Leon, lors d’une rencontre avec la presse internationale. En 2015, le pays a subi une inflation de 180,9 %, l’un des plus importants au monde , et un recul du PIB de 5,7 %, pour la deuxième année consécutive.

Maduro a annoncé officiellement cette mesure en invoquant, comme à son habitude, des menaces perçues contre son administration en criant toujours à la déstabilisation politique et au complot. Le gouvernement justifie l’État d’urgence en mentionnant un complot présumé mené par des dirigeants américains et de l’opposition nationale qui chercheraient, selon lui, l’interventionnisme sous prétexte d’une « crise humanitaire ». Face à ce qu’il qualifie de « menace extérieure », le chef de l’État a ordonné des exercices militaires samedi dernier.

Cette mesure d’exception confère des pouvoirs « extraordinaires » et ce sont les forces armées qui ont pris par exemple en charge la sécurité publique et qui distribuent les rares denrées alimentaires disponibles que se disputent les habitants depuis des mois maintenant.
« Le gouvernement agit de façon autoritaire pour rester au pouvoir », a déclaré le député de l’opposition Thomas Guanipa, lors d’une conférence de presse.

Ces signaux exaspèrent la population, sachant que 68 % des Vénézuéliens n’accordent plus leur confiance au gouvernement socialiste en place.
Le vice-président Aristobulo Isturiz, a rejeté dimanche la possibilité que le président soit révoqué par voie de référendum. « M. Maduro ne va pas quitter le pouvoir suite au référendum parce qu’il n’y aura pas de référendum », a déclaré le vice-président Aristobulo Isturiz lors d’un rassemblement de soutien à la présidente brésilienne Dilma Rousseff.

La coalition menée par Henrique Capriles du Bureau de l’unité démocratique (MUD) souhaite que la consultation pour sa destitution ait lieu cette année. Si elle a lieu après le 10 janvier 2017, quatre ans après le début de mandat présidentiel, et que Maduro perd le référendum, le vice-président gouvernera pour les deux années à venir.
L’opposition vénézuélienne a menacé le gouvernement d’une véritable explosion sociale populaire si ce référendum révocatoire contre le président Nicolas Maduro n’a pas lieu,« si vous obstruez la voie démocratique, nous ne savons pas ce qui peut arriver dans ce pays. Le Venezuela est une bombe qui, à tout moment est susceptible d’exploser. Et par conséquent, nous appelons tous les gens à être mobilisés », a déclaré le chef de file Henrique Capriles lors d’une manifestation dans l’est de Caracas.

Un millier de personnes ont assisté à la réunion du MUD qui contrôle le Parlement et exige que le Conseil national électoral (CNE) respecte les délais légaux et de faire le référendum en 2016.

Le député de l’opposition Tomás Guanipa a estimé que l’état d’urgence décrété par Maduro vise à « déstabiliser » le pays et à empêcher ce processus. Le Venezuela fait face à une pénurie de produits de base que des consultants privés évaluent au deux tiers, une crise aggravée par la chute des prix du pétrole, un secteur qui génère 96 % des devises dans un pays dépendant totalement des importations.

Par ailleurs, la sécheresse qui a frappé le pays a mis à mal le réseau hydro-électrique pas assez développé faute d’infrastructures, et les coupures en électricité exaspèrent la population.