argentine26052016

La condition indigène en Argentine est critique, pour ne pas dire alarmante, voilà ce qui ressort d’un rapport émis par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le racisme, la discrimination et la xénophobie, le Kenyan Mutuma Ruteere. Le Rapporteur spécial présentera ses observations sur l’Argentine au Conseil des droits de l’homme en juin 2017.
À ce jour, les manifestations discriminatoires et les problèmes raciaux en particulier contre les communautés autochtones, sont persistantes, le représentant de l’ONU a visité, entre le 16 et le 23 mai, les provinces de Salta, Formosa, Buenos Aires où il s’est entretenu en particulier sur la situation des peuples autochtones, les afro-descendants, et les migrants de la région.

«J’ai eu l’occasion d’écouter toutes les parties concernées par rapport à cette évaluation sur les progrès effectués et sur les défis qui doivent encore permettre d’éliminer le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie», a déclaré Ruteere après sa visite .
Il a par ailleurs affirmé avoir eu « des échanges constructifs avec le gouvernement sur les moyens les plus efficaces de surmonter les obstacles à la mise en œuvre effective des lois, de politiques et de mesures existantes ».
Il a reconnu que l’Argentine a mis au point un cadre juridique et judiciaire complet pour l’élimination de la discrimination raciale. Il a décrit comme positive la protection des réfugiés et des demandeurs d’asile à travers la mise en œuvre du Plan national de lutte contre la discrimination 2005.
Ruteere a souligné que, comme ailleurs dans le monde, les pratiques discriminatoires dans le pays affectent souvent les plus pauvres, et en particulier ceux qui appartiennent également à des groupes minoritaires.
Il a affirmé qu‘ « une grande partie des minorités reste invisible dans toutes les sphères de la société, la situation des peuples autochtones est particulièrement critique et nécessite une attention immédiate ».

« La situation des peuples autochtones dans certaines régions du pays est terrible, parce qu’ils vivent dans l’extrême pauvreté, dans un isolement socioculturel, sans accès aux services de base tels que la santé, un logement décent, et même l’eau potable », a averti Ruteere. En Argentine, il y a environ 18 communautés autochtones qui représentent 2 % de ses 43 millions d’habitants.

« Les indigènes se voient refuser l’accès aux besoins de base tels que l’eau potable, un logement décent, la qualité des soins de santé, les possibilités d’emploi et une éducation adéquate et de qualité. Ils sont généralement exclus de la vie sociale et politique », a-t-il ajouté.

À cet égard, il s’est dit préoccupé par l’absence de représentativité des communautés natives y compris dans les secteurs qui les intéressent « Il y a une absence de représentants des peuples autochtones à des postes clés pour la prise de décision, même dans les organismes spécifiquement consacrés aux questions relatives à ces peuples. Il est nécessaire de simplifier le système d’enregistrement des terres communautaires et de fournir une assistance appropriée lors de ce processus ».

« L’accès à la justice pour les groupes vulnérables, tels que les peuples autochtones, les migrants et les personnes d’ascendance africaine, reste un défi majeur », a déclaré l’expert.

Il a souligné : « Le plus alarmant selon moi c’est ce qui a été rapporté dans diverses parties du pays, la tendance à réprimer la mobilisation des groupes autochtones quand ils revendiquent leurs droits, et les représailles menées contre ceux qui défendent et revendiquent la défense des droits civils des autochtones ainsi que les membres de leurs familles », en précisant « les défenseurs des droits des minorités, y compris les migrants, ont également été soumis à de telles représailles ».
Il a donc sollicité les autorités afin que la situation change dans les faits et sans plus attendre : « Par conséquent, je lance un appel au gouvernement national et aux autorités provinciales pour que des mesures immédiates soient prises afin d’assurer la protection nécessaire des défenseurs des droits civils, ainsi que leurs familles ».

Au début de l’année, La Banque mondiale affirmait déjà concernant la situation des natifs en Amérique latine : « L’Amérique latine a connu une profonde transformation sociale qui a réduit la pauvreté et a contribué à l’augmentation de la classe moyenne, mais les peuples autochtones en ont moins bénéficié que d’autres Latino-Américains », déclarait alors le vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Jorge Familiar, durant la présentation officielle du rapport à la présidence du Panama en ajoutant « la région doit lutter contre la discrimination et à l’exclusion de tous les Latino-Américains, pour qu’ils aient tous les mêmes chances d’avoir une vie meilleure ».