colombie04062016

La Haute Cour de Riohacha a ordonné vendredi au chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos, et à son gouvernement, de prendre des mesures de fond nécessaires pour résoudre la situation humanitaire dramatique dans le département de La Guajira, un rapport complet doit être remis sous 48 heures.
Le président Santos se doit, selon la Justice, « d’engager ou de poursuivre, le cas échéant, un plan d’action, dont la préparation, la budgétisation, les contrats et l’exécution, doit permettre d’aller de l’avant d’une manière articulée et coordonnée » l’objectif est de venir en aide à la population native de La Guajira qui souffre d’une crise alimentaire impactant en particulier les plus fragiles dont les enfants.
« En raison de la situation généralisée de faim et de soif dont souffrent les enfants Wayúu, c’est chaque jour qu’un mineur est largement menacé par des maladies liées à la dénutrition, à la déshydratation et au manque d’accès à la santé ».

Au mois de décembre dernier, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) avait déjà demandé au gouvernement colombien de prendre des mesures pour « préserver la vie et l’intégrité » des enfants et des adolescents de l’ethnie Wayúu.

« Il y a eu une gestion insuffisante de la part de l’État pour lutter contre les risques auxquels les enfants Wayúu sont soumis, et pas seulement concernant la situation d’El Niño (phénomène climatique très présent en 2015-2016 qui a accentué la sécheresse dans cette région du monde), c’est une indifférence de nature historique concernant l’attention de l’État », a déclaré la Cour en fin de semaine.

Le directeur de l’ONG Fucai, Ruth Chaparro, a averti que les Indiens Wayúu se trouvent « au bord de l’extinction » et a dénoncé les mesures prises par le gouvernement jugées « absolument insuffisantes » car « elles ne s’avèrent pas pertinentes dans le désert ni même pour la culture Wayúu ».
Santos a convoqué une réunion sans précédent avec les autorités à tous les niveaux du gouvernement à La Guajira au mois de mai dernier où il a affirmé « plus un seul enfant ne doit mourir de dénutrition, que ce soit à La Guajira ou dans le reste du pays… La mort d’un seul enfant est une honte pour le pays ! », des propos engagés qui n’ont pas suffi à convaincre. Les Wayúu, sont un peuple autochtone installé dans le nord de la Colombie, une zone désertique où le peu d’eau dont cette communauté autochtone a besoin pour sa survie a tristement été utilisé à des fins mercantiles (industries minières).
Outre le problème du manque d’eau, l’absence d’accès à la santé est aussi une source de préoccupation majeure, en cas de maladie, les plus fragiles ne sont pas traités, ce qui entraîne des complications parfois mortelles.

La leader wayuú, María Tiller, de l’Association indigène Alejia Wakuaipa (« Retour à notre culture »), avait confié récemment que les problèmes dans cette région n’étaient pas récents et avait accusé l’État d’avoir délaissé La Guajira et sa population native : « Les communautés doivent se rendre jusqu’à la route pour chercher de l’eau… Je parle d’une distance de 15 à 20 km. La réalité de toutes ces communautés qui se trouvent là c’est l’absence de l’État ».

L’Institut colombien de protection de la famille (ICBF) a signalé, au cours de l’année 2015, 898 enfants souffrant de malnutrition dans La Guajira. Arelis Ufiana, représentant Wayúu et membre du haut Conseil d’administration de l’Organisation nationale indigène de Colombie, avait lui aussi affirmé que dans la Guajira, le problème de pauvreté, d’isolement et de discrimination est historique. Le gouvernement colombien a également été accusé d’être incapable de prendre des mesures concrètes, Arelis Ufiana a expliqué qu’il avait dû recourir aux médias locaux pour sensibiliser l’opinion publique sur la situation des enfants au sein de ses communautés parce que les organismes de santé ne prenaient pas en charge ces populations vivant dans ces zones reculées.