perou06062016

Les candidats au second tour de la présidentielle péruvienne (élections qui ont eu lieu le dimanche 5 juin) devront attendre le dépouillement total des bulletins de vote pour connaitre les résultats définitifs, mais en ce lundi 6 juin, il semblerait que la candidate Keiko Fujimori ait perdu de peu contre son rival Kuczynski.
L’économiste de centre-droit Pedro Pablo Kuczynski arrive, selon les derniers résultats, en tête des suffrages avec un léger avantage sur son adversaire Keiko Fujimori, une victoire serrée contre sa rivale à l’occasion d’un suffrage très disputé dans un pays partagé où la tournure des élections a déclenché toutes les passions.

Avec 89,53 % des bulletins de vote dépouillés, Kuczynski, ancien banquier de Wall Street et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, a obtenu 50,52 % des voix contre 49,48 % pour Fujimori, des chiffres publiés par le Bureau national des processus électoraux (ONPE) sur son site Internet. Le chef de l’agence, Mariano Cucho, a précisé que les résultats définitifs « seront probablement connus vendredi, samedi ou dimanche en attendant d’incorporer les votes en provenance de l’étranger ».

« On n’a pas encore gagné. Nous devons attendre les résultats officiels. Nous devons être vigilants pour défendre nos votes », a déclaré dimanche Kuczynski à ses partisans appelés PPK, acronyme du nom et de son parti, Peruanos por el Kambio.
Pendant ce temps, Fujimori dont la déception se lisait sur son visage malgré un sourire de façade a également remercié les « 50 % » de Péruviens qui ont donné leur soutien et elle leur a demandé d’attendre patiemment les résultats finaux ».
« Nous attendons avec prudence, car toute la nuit les voix des différentes régions nous parviennent, les votes de l’étranger, et le vote rural du Pérou profond. Nous sommes donc optimistes », a-t-elle affirmé.

Près de 23 millions de Péruviens ont été convoqués dimanche pour voter dans les 5 337 bureaux de vote afin de choisir le successeur de l’actuel président de gauche, Ollanta Humala, pour la période 2016-2021. Ces derniers jours, Kuczynski, 77 ans, ancien ministre des Finances durant le gouvernement d’Alejandro Toledo, a réussi à voler l’avantage donné dans les sondages (pendant la campagne) à Keiko Fujimori, 41 ans, fille de l’ancien président emprisonné Alberto Fujimori (1990- 2000).
« Nous n’avons pas encore gagné. Nous avons reçu ces résultats préliminaires avec optimisme et modestie, mais il faut attendre les résultats officiels », a déclaré Kuczynski lors d’un bref discours donné devant des centaines de partisans.
Keiko Fujimori a remporté le premier tour des élections présidentielles, qui se sont tenues dimanche 10 avril, elle avait réuni 39,85 % des voix, contre 21,01 % pour Kuczynski, arrivé en seconde position.

Au cours des dernières semaines, Kuczynski, a renforcé sa rhétorique contre Keiko Fujimori, du parti des Forces populaires : « Nous ne voulons pas entendre parler de narcoÉtat qui va tous nous tuer. Par conséquent, la sécurité combat la drogue, les stupéfiants, le trafic de drogue, les connexions douteuses avec ces gens et la politique », a déclaré Kuczynski, 77 ans, au cours de son meeting de clôture de campagne à Lima, faisant clairement référence à sa rivale.

La politique quadragénaire dont le charisme est évident porte sur elle l’ombre de son célèbre père Alberto, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et violations des droits humains.
Dans le même temps, de nombreux Péruviens ont attribué à la politique paternelle sa capacité à combattre la guérilla du Sentier Lumineux et à planter les bases de la croissance économique au Pérou.
Keiko Fujimori a été la première dame pendant le règne de son père, quand elle avait seulement 19 ans. En 2006, elle a été élue membre du Congrès en 2011 et a perdu de justesse l’élection contre l’actuel président, Ollanta Humala.
Fujimori a recueilli les votes parmi les classes inférieures, qui cherchent en elle la réincarnation de l’État fort de son père pour combattre le crime, la principale préoccupation de 70 % des Péruviens, mais aussi des problèmes de base tels que l’accès au logement. Durant cette campagne électorale, elle a promis de lancer le Plan Pérou qui inclut un programme économique libéral et qui doit favoriser « un boom des investissements dans les infrastructures productives afin d’obtenir un impact positif sur la population en terme de pauvreté et d’inégalité ».
Fujimori s’est rapproché néanmoins de l’idéologie défendue par son père en insistant sur le thème de la sécurité et en faisant part de sa volonté de résider « dans un pays où nous vivons en paix et sans crainte ».

Kuczynski est essentiellement soutenu par la classe moyenne supérieure urbaine et pleinement anti-fujimoriste. Bien que de nombreux Péruviens pensent que le «gringo» (surnom péjoratif donné par les habitants des zones rurales à ce politique élevé à la sauce nord-américaine) est trop âgé pour gouverner, il est l’un des rares grands hommes politiques au Pérou qui n’ait pas été impliqué dans des scandales de corruption, un point qui semble avoir joué en sa faveur. Si les résultats partiels sont confirmés, K.Fujimori, aura perdu pour la deuxième fois la possibilité de devenir la première femme à diriger la nation sud-américaine après avoir échoué aux élections en 2011 contre le président sortant Ollanta Humala.