colombie14062016

À l’origine, les natifs Nukak se sont établis entre les rivières Guaviere et Inirida dans le sud de la Colombie. Ils appartiennent à l’un des six groupes qui composent les peuples autochtones « Makus ». Tous sont des chasseurs-cueilleurs vivant dans la partie haute du bassin de l’Amazonie brésilienne au nord-ouest. Habituellement, les Nukak, peuple nomade, vivent dans de petits groupes d’entre neuf et trente personnes au sein de la végétation luxuriante de la forêt tropicale et loin des rivières.

Mais depuis des années, les terres ancestrales des Nukak sont occupées par les cultivateurs de coca et envahies par la violence sanglante liée à la guerre civile en Colombie. En conséquence, de nombreux Nukak ont été contraints de fuir leurs foyers et de trouver refuge à la périphérie d’une ville appelée San José del Guaviare. Aujourd’hui l’espoir pourrait renaître avec l’accord de paix qui semble de plus en plus proche entre les autorités du pays sud-américain et la guérilla marxiste des FARC, mais le mal est déjà fait, le conflit et la violence ont poussé les indigènes à abandonner leur mode de vie et à adopter dans certains cas des comportements désolants.

En novembre 2015, le maire de San José del Guaviare déclarait (le département de Guaviare est situé au sud-est de la Colombie, dans la région amazonienne) : « Ce n’est pas une mauvaise chose qu’ils apprennent des éléments de notre culture, le problème c’est qu’ils apprennent des choses négatives comme l’utilisation de substances psychoactives, la consommation d’alcool, par ailleurs les risques de prostitution infantile et de déstructuration familiale sont importants » ajoutant « le peuple Nukak, être considéré comme en danger d’extinction, en tant que peuple nomade, cela devrait être une priorité, et dans cette optique leur situation devrait être réglée de toute urgence avant même la signature de fin de conflit ».

Aujourd’hui les sénateurs Sofia Gaviria, Luis Evelis Andrade et Alexander Lopez, tirent la sonnette d’alarme « les Nukak sont menacés par une extermination culturelle complète. La violence et les conflits armés ont dépouillé de leur terre la dernière tribu nomade. Le système de santé ne leur permet pas d’avoir la couverture dont ils ont besoin et ils souffrent d’un certain nombre de maladies qui ne sont pas traitées faute de médicaments et de personnel médical dans les bons endroits ».

Pour ces députés, les enfants de la communauté Nukak Maku seraient de plus en plus enclins à se prostituer, les enfants âgés de 10 et 12 ans s’aventurent dans le milieu de la prostitution, ont-ils dénoncé depuis le Congrès. Des enfants qui fument, consomment de la drogue ou reniflent de la colle pour calmer leur faim, des actes qui font partie de cette cruelle réalité.

Le conflit armé colombien a laissé au cours du demi-siècle passé au moins 220 000 morts et six millions de personnes déplacées. En Colombie, les réserves autochtones officiellement reconnues occupent 30% du territoire, et selon le dernier recensement de 2005, sa population était d’environ 1,4 million de personnes.

« Il est important que lors des négociations, le gouvernement et les FARC invitent les peuples autochtones et afro-colombiens (…) pour discuter des difficultés et des défis en raison du processus de paix, d’entendre leurs points de vue, parce que sans leur participation ce processus la paix ne peut être durable », a affirmé il y a quelques mois le représentant de l’ONU pour les droits de l’homme en Colombie, Todd Howland précisant « les peuples autochtones et les Afro-Colombiens sont les plus touchées par le conflit armé en Colombie » pour justifier sa prise de position.

Au mois de décembre dernier, le sénateur du Pôle Démocratique, Alexander López, déclarait : « Les enfants des populations autochtones Nukak Maku vivant dans la périphérie de la ville de San José del Guaviare, à Agua Bonita, sans eau, sans nourriture, sans soins médicaux, sans que le gouvernement local ou national n’agisse ».