colombie12072016

« La plus récente quantification de champs de coca en Colombie par les Nations Unies révèle une augmentation des cultures sur tout le territoire national de près de 39 % entre 2014 et 2015 », a déclaré jeudi dernier le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas. Selon le dernier rapport connu des Nations Unies sur les cultures de coca en Colombie, elles sont passées de 48 000 hectares en 2013 à 69 000 en 2014. Ce rapport indique également que le pays sud-américain a produit environ 442 tonnes de cocaïne en 2014.

Cette augmentation des cultures illégales est imputée selon les autorités à la suspension des pulvérisations aériennes, aux facteurs climatiques et à la protection légitime de zones naturelles protégées en terres indigènes.

Selon le ministre, cette propagation est également liée aux tractations depuis trois ans pour signer l’accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), principale guérilla œuvrant sur le territoire et qui fait du narcotrafic sa principale source de revenus, selon les autorités. Depuis la fin 2012, le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les Forces armées révolutionnaires de Colombie rebelles négocient à Cuba pour signer un accord de paix définitif afin de mettre fin à plus d’un demi-siècle d’hostilités entre les deux parties.

L’un des points déjà abordés sur la table des négociations est la lutte contre le trafic de drogue; la culture de la feuille de coca est en effet l’un des problèmes qui affectent le plus cette nation sud-américaine et le narcotrafic est également l’un des ingrédients du conflit armé.

« Les producteurs ont obtenu une plus grande productivité concernant leurs cultures et les groupes illégaux ont réussi à organiser un mouvement de protestation contre l’éradication forcée des champs », a ajouté Villegas.

L’extension des cultures est particulièrement marquée dans les départements de Nariño, Putumayo, Cauca et Caqueta, tous situés dans le sud-ouest du pays, et aussi au nord de Santander (nord-est), ils concentrent 81 % des hectares de coca cultivés sur l’ensemble du territoire. Chiffre éloquent, 17 % de la production nationale a lieu dans la municipalité de Tumaco (Nariño).

Le membre du gouvernement de Manuel Santos ne s’avoue pas pour autant vaincu même s’il fait part de « sa préoccupation », et a confirmé la volonté de l’État sud-américain de lutter contre toutes les formes de criminalité.

Le ministère a indiqué que 14 295 hectares ont été détruits en 2015 et 10 178 ont été éradiqués durant le premier trimestre 2016.

Bo Mathiasen, représentant de l’ONUDC en Colombie, a déclaré dans un rapport présenté à Bogotá que « 87 % de cette augmentation a eu lieu sur les territoires qui ont déjà été affectés en 2014, les mêmes endroits où la situation est plus complexe, car les cultures illicites sont liées avec le trafic de drogues illégal, la restriction des marchés, le manque de sécurité et une présence institutionnelle insuffisante. »

La stratégie implique l’incorporation de 7000 hommes des forces de sécurité dotés de moyens d’éradication et de l’utilisation du glyphosate, mais uniquement à partir du sol au moyen de grenades. Cette dernière forme, autorisée par le Conseil national des stupéfiants, est prête à être mise en œuvre.

« Sur une journée moyenne on éradique environ manuellement entre 7 ou 8 hectares de plants de coca », a affirmé un policier de la brigade antidrogue ajoutant « c’est très lent, il faut que la sécurité soit maintenue dans la région en raison de la présence possible de mines antipersonnel, sans oublier les blocus des paysans. Un seul jour de pulvérisation pourrait couvrir 800 hectares de plantes de coca ».

Selon le rapport présidentiel, depuis le début de l’année 2016, 2 965 laboratoires clandestins ont été démantelés et 158,8 tonnes de cocaïne ont été saisies, ce qui représente une lutte active et continue contre le crime organisé dédié au trafic de drogue.

La Colombie dépasse le Pérou et la Bolivie concernant le volume productif de coca. Le manque de terres, permettant des cultures autres que la feuille de coca, continuent par ailleurs à alimenter l’activité des cultures illicites. On estime que près de 70 % des cultivateurs de coca ne sont pas propriétaires de leurs terres et cultivent des terres publiques parce qu’ils trouvent plus rentable de cultiver la petite feuille verte sur des surfaces qui ne leur appartiennent pas.

L’ONUDC a souligné que la Colombie « reste le pays en Amérique du Sud à fournir le plus d’efforts dans la confiscation de la cocaïne, le pays contribue à un tiers des saisies mondiales. En 2015 (…) elles ont augmenté de 71 % passant de 148 tonnes saisies en 2014 contre 252 tonnes en 2015 ».